samedi 31 octobre 2020
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Usages de drogues et produits sans substance à Monaco : une étude statistique peu sociologique

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Pour la première fois depuis sa participation à l’enquête européenne sur la consommation de drogues et addictions aux écrans chez les lycéens, Monaco a présenté ses résultats au public.

Les chiffres indiquent des consommations à la baisse. Mais l’indifférenciation des données selon des critères sociologiques ne permet pas d’identifier les causes pouvant conduire à des comportements addictifs.

Comme depuis 2007, Monaco a participé à la grande enquête européenne consacrée à l’étude des usages de drogues et autres addictions sans substance comme les écrans. Les résultats de cette étude, l’European School Survey Project on Alcohol and other Drugs (ESPAD), ont été présentés mercredi 23 septembre 2020 au Novotel de Monte-Carlo, en présence de quelques élus de la majorité Priorité Monaco (Primo !), de membres du gouvernement, ainsi que de quelques lycéens ayant participé à l’étude et de quelques parents. Cette enquête a été réalisée le 4 avril 2019, et l’ensemble des lycéens monégasques, ainsi que tous les collégiens âgés de 16 ans y ont participé (voir les résultats ci-après). Pour les pouvoirs publics, ces études statistiques représentent des outils d’aide à la décision. Mais en présentant un empilement de chiffres, uniquement recueillis sur la base d’un questionnaire anonyme, il n’est pas sûr que le gouvernement et le Conseil national puissent disposer d’une cartographie précise et nécessaire pour intervenir sur ces phénomènes. Les conclusions de l’étude, et les propos des experts présents, Stanilas Spilka, responsable scientifique de l’enquête Espad pour Monaco, Valérie Aubin psychiatre chef du service de psychiatrie au centre hospitalier princesse Grace (CHPG), Jean-François Golbroch, psychiatre addictologue, chef de service adjoint au CHPG, n’évoquent pas le volet répressif. Cette étude ne dit rien sur les causes qui déterminent ces comportements. Le questionnaire étant anonyme, aucune autre variable que celle de la différenciation physiologique, sexe féminin et sexe masculin, n’a été introduite dans le questionnaire. Les pourcentages ne disent donc pas grand-chose sur ce qui pousse à adopter des conduites addictives aux produits psychoactifs, comme le tabac, l’alcool et le cannabis, ainsi qu’une trop grande utilisation des écrans. Et, a priori, la différenciation sexuée ne semble pas être un facteur lourd dans le comportement, comme le montrent notamment de nombreuses études portant sur le genre et le sexe, les “gender studies”.

Des critères sociologiques absents

Stanislas Spilka, en charge de l’enquête et responsable scientifique à l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, explique la difficulté à pouvoir introduire des variables sociologiques dans ce type d’études : « On est sur des résultats liminaires. Effectivement, il y a peu de choses sur des critères sociodémographiques des populations observées chez les jeunes. On a tout de même une contrainte avec l’anonymat de confidentialité. Ça reste une question épineuse, il y a des précautions à prendre. Le questionnaire est limité dans ce champ-là. Les variables sur les inégalités sociales, en population adolescente, sont compliquées, car vous devez demander à l’adolescent de rapporter un indicateur de niveau social. Déjà, dans les enquêtes en population adulte, lorsqu’on demande les salaires, ça ne marche pas. Donc on donne des fourchettes. On ne va pas demander le salaire des parents. L’autre élément, c’est la profession des parents. Et, là aussi, un adolescent va vous mettre un métier. Derrière, les classifications vont du cadre supérieur au manœuvre. On a aussi le contexte familial, (famille nucléaire, recomposée, monoparentale). Ce sont des éléments qu’on mobilise après, ça ne vous a pas été présenté. Bien évidemment, on rentre ça dans des modèles statistiques, pour s’assurer que ce que l’on observe est bien porté par une inégalité sociale, par l’effet d’âge, par les effets de sexe. »

Des jeunes qui fument, boivent, et vont sur Internet

Que disent les chiffres de cette étude ? Les jeunes font la fête, ne lisent plus, vont beaucoup sur Internet, et en particulier les réseaux sociaux, et consomment des produits illicites. Est-ce grave ? Cela correspond-il à un réel danger de santé publique ? Les psychiatres présents ont répondu à ces questions, indiquant qu’à cet âge-là, la nocivité de ces produits et écrans est importante pour le cerveau en formation. Mais qu’il est également facile de corriger le tir, justement, car le cerveau a une capacité de régénération bien plus grande à cet âge-là. Ces études permettent également de voir une évolution sur le temps long, puisque cette enquête est menée tous les 4 ans depuis 2007. On peut ainsi observer une importante diminution de la consommation de tabac chez ces jeunes depuis 2011, ainsi que de l’alcool et du cannabis. En 2019, seuls 13 % des jeunes interrogés fumaient quotidiennement des cigarettes. Cette étude a également intégré des nouveaux usages, comme les paris d’argent et la cigarette électronique. En fin de séance, Marc Mourou, et Nathalie Amoratti-Blanc, élus au Conseil national, ont questionné les experts sur la consommation de chicha, ainsi que du CBD, le cannabis à la THC réduite. Ces produits n’étaient pas pris en compte dans le questionnaire, de même que le protoxyde d’azote, appelé aussi gaz hilarant, dont l’usage est apparu récemment dans l’espace public. En cause, une réactivité réduite, due à la préparation sur plusieurs années du questionnaire.

1) L’intégralité des résultats est à retrouver sur imsee.mc.

Quelques chiffres issus de l’enquête

Enquête réalisée tous les 4 ans auprès de tous les élèves âgés de plus de 16 ans, dans 35 pays européens

  • A Monaco, 1 369 lycéens ont répondu, soit 90 % de participation. Les questionnaires de 1 291 lycéens ont été retenus, les autres n’étant pas exploitables.
  • 92 % des lycéens interrogés ont déjà expérimenté l’alcool, 64 % en ont consommé au cours du dernier mois, et 10 % déclarent en avoir une consommation régulière
  • 38 % des lycéens interrogés disent avoir déjà fumé du cannabis, 16 % au cours du derniers mois, et 5 % ont une consommation régulière
  • 55 % des lycéens interrogés ont déjà fumé du tabac, 26 % au cours du dernier mois, et 13 % fument du tabac régulièrement
  • 31 % des lycéens interrogés déclarent passer plus de 6 heures sur les réseaux sociaux le week-end ou pendant les vacances

Source : www.imsee.mc/Publications/Enquete-ESPAD.

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