vendredi 3 décembre 2021
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Coty-Lancaster fermé dans la négociation

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Après l’annonce d’un plan de licenciements visant majoritairement la production (lire Monaco Hebdo n° 1128), l’usine monégasque de Coty-Lancaster ne veut rien lâcher.

Du moins, pas ce qu’attendent les salariés, qui souhaitent partir avec un montant digne de leurs années de travail.

Coty-Lancaster persévère dans le mutisme. L’antenne monégasque se refuse toujours à communiquer toute donnée motivant le plan de licenciements. Ni aux salariés, ni à la presse. Pour toute donnée, il nous a été indiqué le rapport annuel du groupe. Mais celui-ci ne contient que des données globales, rien sur la situation monégasque. Aujourd’hui, l’inspectrice du travail Corinne Van Klaveren le demande, la loi l’exige : cette entreprise doit communiquer ses chiffres. « Ils nous ont dit qu’ils n’allaient pas donner le bilan comptable. Pour eux, l’usine est bénéficiaire, donc ça ne servirait à rien d’avoir les chiffres. Par ailleurs, on apprend que le groupe vient d’acheter la marque de Kylie Jenner pour 600 millions de dollars. C’est normal ça ? », demande de façon rhétorique Diego Manuguerra, délégué syndical de l’union des syndicats de Monaco (USM), et inclus dans le plan de licenciement. La réalité économique du groupe est toujours floue pour les salariés en proie à un plan de licenciements annoncé début novembre 2019. Mais selon Mariane Frasconi, déléguée syndicale du syndicat des activités industrielles de Monaco (SAIM), et également déléguée européenne représentant le site monégasque devant la direction générale, la suppression des postes est « légitime ». « On a remarqué une baisse de volume depuis quelques mois. On est très endetté. Le groupe Coty est en pleine restructuration. En Europe, il y a 1 000 emplois qui sont sacrifiés. Il a été décidé, puisque ça allait mal, de ne fabriquer que des produits avec un revenu conséquent. Donc, la principauté s’est trouvée très impactée. Cette année, on a eu une baisse de volume de 25 %. C’est énorme. Ils ont tiré, tiré, tiré, mais, à un moment donné, il faut prendre des décisions. Avec les restructurations et les nouveaux projets, on ne va pas redémarrer avant 2023. » Elle regrette en revanche « la façon dont ça se fait, ça, ce n’est pas légitime ».

Les salariés en grève

Vingt-quatre postes, majoritairement dans la production, devaient être supprimés. Pour l’instant, trois ont pu être sauvés, grâce à un départ volontaire et à des mesures de reclassement, qui doivent s’accompagner de formations. Mais les salariés visés, et d’autres par solidarité, n’entendent pas en rester là. Après une première journée de mobilisation le mercredi 6 novembre 2019, pendant laquelle les délégués du personnel ont rencontré l’inspectrice du travail, ainsi que les dirigeants, les négociations ont été entamées. Les premières discussions n’ont pas abouti à une contrepartie jugée suffisamment intéressante pour les salariés. Dès lors, les salariés souhaitent poursuivre le combat d’une autre manière. Lundi 25 novembre, à midi, ils se sont mis en grève, et se sont réunis à une soixantaine sur le parvis du stade Louis-II. Le lendemain, ils étaient à nouveau présents, tout aussi nombreux. La solidarité s’organise. La plupart des corps de métier de l’entreprise étaient présents : ingénieurs, administratifs, et production. Mardi 26 novembre, « la direction et les délégués du personnel se sont rencontrés. La direction a quitté la table des négociations en indiquant qu’elle ne négocierait pas tant que les salariés seraient en grève », indique le communiqué de l’USM.

Des contreparties jugées insuffisantes dans la négociation

Pas d’indemnités supra-légales de licenciement. Tout juste les indemnités minimales prévues par la convention collective française des industries chimiques. Celle-ci contient des dispositions légèrement plus avantageuses. De plus, ce qui émerge pour l’instant, c’est que les ouvriers de la production devraient bénéficier des mêmes indemnités de départ que les agents de maîtrise. Même si, comme le nuance Lena Hanns, de l’Union des syndicats monégasques (USM), « on parle de quelque chose de pas énorme ». Coty-Lancaster ne veut rien lâcher dans la négociation. Ou si peu. « C’est juste des petits aménagements de la convention. Il n’y a pas de proposition concrète de réelle indemnité en dehors du conventionnel. » C’est sur ce terrain que se situe surtout la négociation : les indemnités de départ. « L’argent, ils l’ont. Je suis sûr qu’ils l’ont ! », affirme Mariane Frasconi. La convention collective française pour la chimie stipule que, pour les salariés justifiant de plus de 15 ans d’ancienneté, l’indemnité corresponde à huit dixièmes du salaire mensuel brut par année de présence. La direction a proposé d’augmenter le solde de formation de 5 000 à 15 000 euros. Et une prime de 10 000 euros en cas de retour à l’emploi dans les 12 mois suivant le licenciement. « Nous, ce qu’on a proposé, c’est ce qu’a eu Mecaplast à l’époque. Soit 2 000 euros par année d’ancienneté. »

Trois questions à la direction du Travail

Quel rôle jouez-vous dans les négociations ?

Au-delà de la vérification des dispositions légales et conventionnelles (contrôle des priorités légales de débauchage, dispositions légales relatives aux indemnités de congédiement et préavis, dispositions de l’avenant n° 12 à la Convention collective nationale du travail), le service de l’inspection du travail assure un rôle d’accompagnement dans les discussions entre la direction et les représentants du personnel en encourageant le dialogue. Cela se traduit par des rencontres et des points d’étape téléphoniques tout au long des négociations. Le service de l’inspection du travail reste à l’écoute des parties et se rend disponible pour répondre à leurs interrogations.

Avez-vous demandé aux dirigeants de Coty-Lancaster de communiquer des chiffres sur la situation du groupe ?

Conformément aux dispositions de l’avenant n° 12 à la Convention collective nationale du travail du 5 novembre 1945, la direction doit informer des facteurs économiques ou techniques qui sont à l’origine du projet de licenciement collectif. C’est pour satisfaire aux dispositions susmentionnées, que sur sollicitation des représentants du personnel, le service de l’inspection du travail a demandé aux dirigeants de la Société anonyme monégasque (S.A.M) Coty-Lancaster de communiquer des éléments comptables certifiés en complément des données déjà communiquées et ce, pour permettre aux délégués du personnel de bénéficier d’une information économique et technique suffisante pour remplir leur rôle consultatif.

Pouvez-vous engager des sanctions s’ils ne le font pas, car ils ne respectent pas l’avenant 12 de la convention collective nationale du travail ?

S’agissant de dispositions conventionnelles, le service de l’inspection du travail n’a pas le pouvoir de dresser de procès-verbal. Pour autant l’inspection du travail joue là encore un rôle d’intermédiaire en appelant l’attention de la direction sur le nécessaire respect des textes conventionnels. Cette intervention, lorsqu’elle est nécessaire, permet d’obtenir un résultat positif.

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