vendredi 3 décembre 2021
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Christian Venard : « Il faut réformer la question de l’obéissance dans l’Eglise »

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Rendu public le 5 octobre 2021, le rapport de la commission d’enquête Jean-Marc Sauvé sur la pédophilie dans l’Eglise catholique française, estime à 216 000 le nombre de victimes mineures de clercs et de religieux depuis 1950. C’est un véritable choc pour l’Eglise de France et, au-delà, notamment en principauté. La réaction de l’abbé Christian Venard, délégué épiscopal à la communication du diocèse de Monaco.

Votre réaction suite à la publication, le 5 octobre 2021, du rapport de la commission Jean-Marc Sauvé sur la pédophilie dans l’Eglise ?

Comme pour beaucoup de prêtres et beaucoup de fidèles catholiques, c’est d’abord l’effroi. Et puis, ici à Monaco, il y a un sentiment de gêne. Parce que nous sommes très proches de la France, et donc de l’Eglise de France. Et puis, en même temps, l’Eglise de Monaco, c’est l’Eglise de Monaco. Elle est totalement indépendante, comme l’Eglise italienne est indépendante de l’Eglise de France. Donc, c’est aussi un sentiment de prudence, d’amitié pour nos frères catholiques français. Nous, Eglise de Monaco, nous ne voulons pas nous placer en donneurs de leçons sur cette question-là. On prend en pleine figure ce qui arrive à l’Eglise de France, parce que c’est une Eglise dont on est très proche. Donc, à notre tour, on essaie de réfléchir à ces questions si douloureuses.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans ce rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) (1) ?

Comme beaucoup de gens, c’est le nombre de victimes. On peut discuter à l’infini, parce qu’on sait qu’il s’agit, entre autres, d’extrapolations. Mais ce qui ressort, et qui nous frappe très durement, c’est l’ampleur. La Ciase a parlé d’un phénomène « systémique ». Sur 70 ans, ça marque la vie de l’Eglise. Alors bien sûr, on pourrait s’attacher à regarder les plus de 95 % de prêtres, de religieux et de fidèles qui travaillent dans l’Eglise qui sont restés fidèles à leurs engagements. Malheureusement, il y a cette proportion de ceux qui ont blessé terriblement, je dirais presque qui ont tué dans l’âme des enfants, des jeunes. C’est quelque chose qui nous heurte profondément.

« Dans l’Eglise, le rapport au pouvoir est aussi un rapport sacré. Le pape n’est pas qu’un chef politique, il n’est pas que le chef de l’Eglise. Le pape est aussi le successeur du Christ à la tête de l’Eglise. Il est aussi le successeur de Saint Pierre. Voilà pourquoi le rapport de la commission Sauvé invite à une réflexion sur la question de l’obéissance dans l’Eglise. » Abbé Christian Venard. Délégué épiscopal à la communication du diocèse de Monaco. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Ce qui ressort, et qui nous frappe très durement, c’est l’ampleur. La Ciase a parlé d’un phénomène « systémique ». Sur 70  ans, ça marque la vie de l’Eglise »

Vous avez pensé aux victimes à la lecture de ce rapport ?

Bien sûr. Un adulte qui s’en prend sexuellement à un mineur commet un acte de terrorisme d’une violence inouïe vis-à-vis de cet enfant. Il provoque un tsunami intérieur. Jean-Marc Sauvé et sa commission évoquent un monsieur de 80 ans qui a fondu en larmes devant eux lorsqu’il a raconté ce qu’il a vécu quand il était enfant. Cette personne a vécu avec ça toute sa vie. Cela a peut-être profondément transformé sa vie, son rapport au corps, au corps des autres, sa vie de famille… J’ai l’exemple d’une fidèle qui a été abusée par un prêtre, et qui ne peut plus aller à la messe et entendre « ceci est mon corps ». Ça lui est insupportable. Donc j’accompagne cette personne depuis des années. De temps en temps, elle arrive à retourner à la messe.

De 1950 à 2021, 216 000 mineurs (2) ont été victimes de prêtres et religieux catholiques, et pourtant, il y a eu très peu de dépôts de plainte : comment expliquer cela ?

Un système de silence s’était mis en place. Heureusement que cette commission, créée, il faut le souligner, à la demande de l’Eglise de France, est enfin venue casser ce silence. En général, les institutions, quelles qu’elles soient, génèrent par elles-mêmes des modes de protection, et donc, du secret. Dans l’Eglise, cela a pris une connotation particulière pour deux raisons.

Lesquelles ?

Dans l’Eglise, le rapport au pouvoir est aussi un rapport sacré. Le pape n’est pas qu’un chef politique, il n’est pas que le chef de l’Eglise. Le pape est aussi le successeur du Christ à la tête de l’Eglise. Il est aussi le successeur de Saint Pierre. Voilà pourquoi le rapport de la commission Sauvé invite à une réflexion sur la question de l’obéissance dans l’Eglise. Deuxième raison : dans l’Eglise, il n’existe pas de séparation des pouvoirs, comme cela existe depuis Montesquieu (1689-1755) dans beaucoup de pays occidentaux, avec la séparation du pouvoir judiciaire, législatif et exécutif. Un peu comme à Monaco, où la justice est rendue au nom du prince, les lois sont votées au nom du prince, et le gouvernement agit au nom du prince. Du coup, l’évêque, a tout pouvoir sur les prêtres. Et au pouvoir spirituel, vient donc s’ajouter un pouvoir temporel.

« Le fait, souligné par la commission Sauvé que 80 % des victimes dans l’Église sont des jeunes garçons, pose des questions. C’est sans doute ces questionnements qui avaient poussé Benoît XVI à souhaiter un contrôle plus attentif de la maturité affective des candidats au sacerdoce, en particulier de ceux présentant des tendances homosexuelles »

Le rapport de la commission présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État, montre qu’en France, l’Eglise catholique est le premier lieu de socialisation où ont été commis de tels délits et crimes, en dehors de la famille : c’est une surprise pour vous ?

C’est une surprise. On ne s’y attendait pas, même si ça n’était pas inimaginable. Sous réserve d’enquêtes qui seraient menées dans d’autres grandes institutions, les chiffres sont surprenants. Avec beaucoup d’honnêteté, la commission Sauvé rappelle que l’immense majorité des cas de pédophilie se déroulent dans le cadre de la famille. Les violences sexuelles commises dans l’Église représenteraient 4 % du total des violences de ce type dans la société française, en moyenne de 1950 à 2020, ce qui représente sur l’ensemble de la population de plus de 18 ans : 0,17 % des femmes et 0,69 % des hommes qui ont été agressés sexuellement pendant leur minorité par des clercs et des religieux ou religieuses catholiques. Quoi qu’il en soit, il n’y aurait qu’un seul cas de pédophilie sur 70 ans, ce serait un cas de trop. Parce que derrière, c’est la vie de quelqu’un qui est en jeu. Mais on pensait voir le milieu scolaire ou le milieu associatif sportif être davantage touché par ce type de crimes. Quoi qu’il en soit ces chiffres doivent être pris, comme nous le dit le pape, comme un moment de confusion et de honte pour nous.

Certains clercs auraient décidé de rejoindre l’Eglise afin de pouvoir être en contact avec des enfants ?

On sait que les gens qui sont attirés sexuellement par des enfants, vont chercher des lieux où ils pourront être en contact avec eux. C’est vrai dans l’Eglise, dans le milieu associatif, dans le milieu sportif… Bref, dans tous les lieux qui réunissent des enfants. Objectivement, l’Eglise a été très naïve pendant très longtemps sur ces questions-là. Elle l’est sûrement moins aujourd’hui. Et elle le doit beaucoup au pape Benoît XVI.

Pourquoi ?

D’abord et essentiellement parce que c’est le premier pape qui a vraiment décidé de faire passer les victimes avant le bien de l’institution ecclésiale. Il l’a souvent répété : tant pis si l’Église doit souffrir de cette horrible vérité, mais les victimes doivent recevoir justice. Ensuite, parce que le fait, souligné par la commission Sauvé, que 80 % des victimes dans l’Église sont des jeunes garçons, pose des questions. C’est sans doute ces questionnements qui avaient poussé Benoît XVI à souhaiter un contrôle plus attentif de la maturité affective des candidats au sacerdoce, en particulier de ceux présentant des tendances homosexuelles. Enfin, c’est lui qui a édicté des règles nouvelles juridiques plus sévères et contraignantes contre les prédateurs clercs dans l’Église.

© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« C’est là où le christianisme a irrigué la civilisation que s’est développé majoritairement le respect dû aux femmes et leur égalité face à l’homme. Cela dit, ce thème est un thème cher au pape François. Il y a évidemment des progrès à réaliser dans l’Église pour que le rôle des femmes y soit mieux reconnu »

La quasi-totalité des abus sexuels ont été commis par des hommes : cela interroge sur la place des femmes dans l’Eglise et sur le manque d’égalité femmes-hommes dans cette institution ?

Il est difficile d’appliquer des règles de la société civile (la parité par exemple, dont on voit qu’elle n’est déjà pas simple dans la société) à une société « particulière » comme l’est une religion. Je note, malgré tout, que c’est là où le christianisme a irrigué la civilisation que s’est développé majoritairement le respect dû aux femmes et leur égalité face à l’homme. Cela dit, ce thème est un thème cher au pape François. Il y a évidemment des progrès à réaliser dans l’Église pour que le rôle des femmes y soit mieux reconnu.

Comment détecter les éventuels prédateurs sexuels qui voudraient rejoindre l’Eglise ?

Il faut déjà miser sur la maturation dans le temps. Un jeune homme d’une vingtaine d’années qui veut devenir prêtre, ne sera pas ordonné avant environ huit ans de formation. Ce qui donne le temps de le voir évoluer au contact de jeunes, dans un cadre où il n’est pas tout seul, et où on peut détecter un comportement inapproprié. Mais il est sans doute nécessaire d’améliorer l’appréciation de la maturité affective de quelqu’un qui veut aller vers le sacerdoce. Est-ce que cette personne est suffisamment stable dans ses rapports avec les autres ? Est-elle capable de se situer dans des rapports sains avec les gens qui l’entourent ?

Les mesures pour lutter contre ces crimes ont-elles trop tardé à être mises en place ?

Le rapport Sauvé note qu’en France, l’éducation nationale a été capable de réagir beaucoup plus vite que l’Eglise. Elle a mis en place des mesures très concrètes pour lutter contre la pédophilie. Ce qui montre que l’Eglise a des marges de manœuvre et des leviers à actionner. En revanche, l’éducation nationale française n’a pas été capable de mener cette enquête sur 70 ans que l’Eglise a commandée et financée pendant deux ans et demi.

« Si le pénitent me dit qu’il a commis des crimes atroces, et qu’il me demande de l’aider à aller se dénoncer, je le ferai. En tout cas, nous devons mettre tout notre poids pendant la confession pour pousser celui qui nous confierait un crime à aller se dénoncer. S’il ne l’accepte pas, je dois lui refuser l’absolution. Mais, pour l’instant, on ne peut pas aller au-delà »

« Le secret de la confession est plus fort que les lois de la République » a indiqué Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, sur franceinfo le 6 octobre 2021 : qu’en pensez-vous ?

À Monaco, évidemment, les choses sont différentes, parce que nous ne sommes pas en République, nous sommes dans un État catholique. Cela veut dire que les lois internes de l’Eglise ici à Monaco sont respectées de manière encore plus particulière. Je note qu’en France le secret de la confession est connu et reconnu par les lois de la République, et notamment par une jurisprudence constante qui l’assimile au secret professionnel. Ce secret professionnel est reconnu par la République. Mais je crois que nous parlons de deux ordres différents. Il y a un ordre qui est celui des lois humaines, donc en France les lois de la République, et à Monaco, les lois de la principauté. Et puis, il y a un ordre spirituel. De ce point de vue là, la confession relève d’un autre domaine, qui est spirituel. L’enjeu profond de la confession, c’est ce qui se passe entre celui ou celle qui se confesse, et Dieu.

Si un fidèle vous confesse un crime, que faites-vous ?

Le secret de la confession ne m’appartient pas. Quand quelqu’un vient se confier à moi, je ne suis pas propriétaire de l’accusation du pénitent. Le seul propriétaire, c’est le pénitent et Dieu. Si le pénitent me dit qu’il a commis des crimes atroces, et qu’il me demande de l’aider à aller se dénoncer, je le ferai. En tout cas, nous devons mettre tout notre poids pendant la confession pour pousser celui qui nous confierait un crime à aller se dénoncer. S’il ne l’accepte pas, je dois lui refuser l’absolution. Mais, pour l’instant, on ne peut pas aller au-delà.

Que faudrait-il changer par rapport au secret de la confession ?

Pour certains crimes, et notamment pour les crimes liés à la pédophilie, on pourrait interdire à un simple prêtre de donner l’absolution sur sa propre initiative. Il devrait en référer au préalable à son évêque. Dans tous les cas, il faudrait mieux former les prêtres à la confession, comme le recommande d’ailleurs la commission Sauvé.

Longtemps érigées en principe, la dissimulation et la non-dénonciation d’infractions pénales doivent-elles cesser au sein de l’Eglise ?

Je ne crois pas qu’on puisse dire que cela a été érigé en principe. D’ailleurs, ce n’est pas ce que dit le rapport de la Ciase. Il ne s’agit pas d’un principe, mais d’un mode d’agir « systémique », précisément contraire aux principes de vérité, de charité. C’est une déformation monstrueuse, au sein d’une institution composée d’êtres humains faillibles. Une piste me semble première, suggérée dans un cri de souffrance par le président de l’association La parole libérée, François Deveaux : « Soyez humains ! », a-t-il lancé aux évêques. Oui, il faut, a minima, commencer par développer des vertus humaines : courage, franchise, dévouement, sens du service, justice… Avant de vouloir tout habiller d’un vernis de vertus surnaturelles !

La commission d’enquête recommande de faire prévaloir la justice pénale sur le droit canon, et de remettre en cause l’« excessive sacralisation de la personne du prêtre » : que pensez-vous de ces propositions ?

Cela me paraît assez curieux. Autant je peux comprendre que pour les périodes anciennes, avant 1960, il a pu y avoir cette « excessive sacralisation ». Autant, à partir des années 1970, c’est plutôt le contraire auquel on a assisté. Un équilibre doit être trouvé : le prêtre est un pauvre homme, comme chacun de nous. Il porte en lui une humanité blessée, avec ses qualités propres et ses défauts. Dans le même temps, il reçoit en lui une charge sacrée, de la part de Dieu et de l’Église, qui le dépasse, et à laquelle il doit se conformer. C’est une tension : pris au milieu du troupeau, faisant partie du troupeau, mais aussi « pasteur » mis à part. C’est très bien résumé en une belle phrase célèbre de saint Augustin, au IVème siècle (354 ap. J.-C. – 430 ap. J.-C.) : « Avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque ».

© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« L’expression « responsable mais pas coupable » qui remonte à l’affaire du sang contaminé en France, a du sens, que ce soit juridiquement, philosophiquement ou humainement. Car on peut ne pas être coupable de quelque chose, et s’en sentir néanmoins responsable. Je suis un simple prêtre, je n’ai jamais abusé d’un enfant et pourtant, je me sens responsable de ce que l’Eglise vit aujourd’hui »

La commission d’enquête estime que quelque 3 000 clercs (2) se sont comportés en pédocriminels : êtes-vous favorable à des poursuites judiciaires ?

Oui. Il y a les poursuites judiciaires vis-à-vis de ceux qui ont commis directement ces crimes et de ceux qui ont une responsabilité morale. C’est une évidence, tout comme leur dénonciation est aussi une évidence. Les poursuites judiciaires font partie de la phase de réparation pour les victimes. L’expression « responsable mais pas coupable » qui remonte à l’affaire du sang contaminé en France, a du sens, que ce soit juridiquement, philosophiquement ou humainement. Car on peut ne pas être coupable de quelque chose, et s’en sentir néanmoins responsable. Je suis un simple prêtre, je n’ai jamais abusé d’un enfant et pourtant, je me sens responsable de ce que l’Eglise vit aujourd’hui.

Faut-il également poursuivre au pénal ceux qui savaient et qui n’ont pas dénoncé ces crimes ?

C’est une vraie question. À titre personnel, j’y serais favorable, parce que je pense que ça participe aussi à une forme de réparation pour les victimes.

« Que l’Eglise accepte de regarder avec humilité cette réalité qui l’entache dans son humanité, c’est un pas en avant. Ça ne répare pas, mais j’espère que ça pourra aider des gens. Ça libère la parole. D’ailleurs, en l’espace de 24 heures, dès que le rapport a été rendu public, la Ciase a été contactée pour recevoir de nouveaux témoignages »

Quelles réparations l’Eglise peut-elle mettre en place ?

Les réparations financières sont nécessaires. Nous sommes dans une société où cela a du sens. On le voit d’ailleurs dans toutes sortes de procès, y compris dans le terrorisme. Mais ça ne suffit pas. Et d’ailleurs, beaucoup de victimes le disent. Ce n’est pas qu’une question d’argent. Au-delà des questions financières, il faut réparer, autant qu’on le peut. Mais on ne réparera jamais totalement de telles blessures avec de l’argent. Je le dis en tant que prêtre : il y a une réparation spirituelle. On doit porter cela dans la prière et dans la repentance, d’ailleurs le pape François nous y invite. Mais nous devons aussi être dans l’action. Il est temps que l’Eglise de Monaco, l’Eglise de France, l’Eglise d’Italie, bref, l’Eglise dans le monde entier, passe des simples paroles aux actes.

La commission Sauvé a évoqué une réparation financière pour les victimes ?

Si on reprend la comparaison avec les victimes du terrorisme, on sait que malgré des millions d’euros, ça ne réparera jamais le drame qui a été vécu. C’est évidemment insuffisant. Mais il faut néanmoins une réparation financière, parce que notre société ne comprend pas si cela n’est pas fait. Et cela concerne tous les domaines. Il faut une réparation morale. Sur cette question, le rapport Sauvé a un retentissement mondial, le pape lui-même l’a évoqué. Donc le fait que l’Eglise fasse ce travail, c’est une petite pierre. Que l’Eglise accepte de regarder avec humilité cette réalité qui l’entache dans son humanité, c’est un pas en avant. Ça ne répare pas, mais j’espère que ça pourra aider des gens. Ça libère la parole. D’ailleurs, en l’espace de 24 heures, dès que le rapport a été rendu public, la Ciase a été contactée pour recevoir de nouveaux témoignages.

Quelles réformes de fond doit entreprendre l’Eglise ?

La question de fond pour l’Eglise, et d’ailleurs le rapport de la commission Sauvé le mentionne, c’est la question de l’obéissance dans l’Eglise qu’il faut réformer. Nous devons réfléchir sur ce que cela veut dire d’obéir dans l’Eglise aujourd’hui. Ensuite, il y a aussi la question de la responsabilité des autorités ecclésiales. Je pense en particulier aux évêques. Il y a peut-être la nécessité d’une meilleure formation pour eux. Ils doivent réaliser qu’ils sont vraiment des chefs et qu’ils doivent assumer la responsabilité de ce qui se passe chez leurs subordonnés.

« Il n’y aurait qu’un seul cas de pédophilie sur 70 ans, ce serait un cas de trop. Parce que derrière, c’est la vie de quelqu’un qui est en jeu. Mais on pensait voir le milieu scolaire ou le milieu associatif sportif être davantage touché par ce type de crimes. » Abbé Christian Venard. Délégué épiscopal à la communication du diocèse de Monaco. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Vatican III ? Essayons déjà d’appliquer tout ce que Vatican  II a voulu mettre en œuvre ! Plus sérieusement, il y a une nécessaire refonte de la question hiérarchique dans l’Église, de l’obéissance, du rôle des laïcs et des femmes en particulier, du droit et des tribunaux propres à l’Église… »

La commission Sauvé voit dans la pédocriminalité dans l’Eglise catholique un phénomène « systémique » : certains estiment qu’un concile Vatican III devrait voir le jour (4) ?

Vatican III ? Essayons déjà d’appliquer tout ce que Vatican II a voulu mettre en œuvre ! Plus sérieusement, il y a une nécessaire refonte de la question hiérarchique dans l’Église, de l’obéissance, du rôle des laïcs et des femmes en particulier, du droit et des tribunaux propres à l’Église… Mais tous ces éléments sont, de fait, mentionnés dans le rapport de la Ciase. Il convient maintenant au peuple de Dieu et aux autorités ecclésiales de s’en saisir avec force et courage.

Que fait le diocèse de Monaco pour lutter contre les violences sexuelles ?

En 2019, le diocèse de Monaco a mis en place une cellule d’écoute avec un numéro de téléphone et un email. Nous sommes en octobre 2021, et nous n’avons pas eu un seul signalement. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il ne s’est jamais rien passé à Monaco. En tout cas, nous n’éludons pas ce problème. D’ailleurs, le 12 octobre 2021, le diocèse a organisé une conférence sur le thème « parlez-moi d’amour », et le sujet de la sexualité des adolescents a été abordé. Tout le monde a été invité, parce que l’Eglise de Monaco souhaite traiter de ce sujet de façon claire et transparente.

Que faire pour reconquérir la confiance perdue suite à cette affaire ?

Mère Teresa de Calcuta (1910-1997) avait cette réponse, que je fais mienne. À la question « qu’est-ce qui doit changer dans l’Église ? », elle répondait : « Vous et moi ». Tous, dans l’Église, nous sommes appelés à prier plus, à nous convertir, à changer de vie. Du Pape, au plus simple des fidèles…

1) Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) est à télécharger et à lire ici : https://www.ciase.fr/rapport-final/.

2) Ce chiffre grimpe jusqu’à 330 000, si on l’élargit aux violences commises par les laïcs.

3) Selon la commission d’enquête Sauvé, les prêtres et religieux abuseurs sont entre 2 900 et 3 200, ce qui représente près de 3 % de l’effectif total des prêtres et des religieux sur la période qui va de 1950 à 2020.

4) Le concile Vatican II a été refermé le 8 décembre 1965 par le pape Paul VI (1897-1978), qui avait succédé à Jean XXIII (1881-1963), mort en juin 1963. Ce concile de 2 500 évêques a transformé le visage du catholicisme et son expression.

Vidéo : notre interview de l’abbé Christian Venard sur le rapport Sauvé

Pour lire notre article “Rapport Sauvé, après le choc les réactions”, cliquez ici.

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Monaco Hebdo