vendredi 26 février 2021
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Céline Cottalorda : «Oui, on peut oser embaucher une femme»

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L’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee) vient de publier une étude sur les femmes salariées du secteur privé (1) à Monaco.

La réaction de Céline Cottalorda, déléguée interministérielle pour les droits des femmes.

Quels sont les grands enseignements que vous tirez par rapport aux chiffres sur les femmes salariées du secteur privé publiés en janvier 2021 par l’Imsee ?

Le premier constat c’est qu’à Monaco, les femmes représentent 40 % des salariés du secteur privé, contre 60 % d’hommes. On est à peu près sur les mêmes chiffres pour la fonction publique, où il y a 42 % de femmes. A titre de comparaison, dans le secteur public monégasque, au niveau des cadres, on a quasiment 60 % de femmes pour 40 % d’hommes. Alors qu’au niveau mondial, seulement un cadre sur quatre est une femme, selon une étude publiée par ONU femmes en 2020. 

D’autres points de ce rapport ont attiré votre attention ?

En lisant cette étude, on remarque que le lieu de résidence des femmes du secteur privé est souvent plus proche du travail que les hommes. On peut supposer que l’explication tient dans l’organisation entre la vie familiale et la vie professionnelle, pour des raisons de commodités. 

La parité est une réalité dans combien de secteurs du privé pour les femmes ?

Sur 12 grands secteurs d’activités, 5 sont quasiment paritaires. Ce que je retiens dans les points positifs, c’est que le plus gros secteur en nombre de salariés, qui est le secteur des activités scientifiques, techniques, services administratifs et de soutien, est aussi celui qui est le plus proche de la parité, avec 47 % de femmes. En revanche, le secteur de la construction reste très masculin, ce qui est classique, avec seulement 9 % de femmes. A l’inverse, le secteur de l’administration, la santé, l’action sociale, est très féminisé avec 71 % de femmes. Beaucoup de femmes sont salariées à Monaco en tant que personnel de maison, et ce secteur est occupé à 80 % par des femmes. Globalement, on reste donc sur des schémas assez classiques en termes de grands secteurs d’activités. 

Quel est le profil type de la femme salariée du privé à Monaco ?

Presque une femme sur deux travaille à temps partiel, c’est-à-dire moins de 39 heures. Cela peut être un choix, mais, souvent c’est une obligation pour parvenir à concilier vie privée et vie professionnelle. Et souvent, encore aujourd’hui, c’est la femme qui fait le choix de travailler à temps partiel, et de se mettre un peu en retrait professionnellement, pour pouvoir s’occuper des enfants. C’est aussi souvent une femme qui travaille dans une petite entreprise. A Monaco, les femmes sont majoritaires dans les structures de moins de 5 salariés. Pour résumer, en principauté, la femme salariée du privé, habite plus près de Monaco que les hommes, elle est plutôt employée dans une petite structure, et elle peut être amenée à travailler à temps partiel.

Seulement 5 grands secteurs d’activité sur 12 sont paritaires à Monaco : comment développer davantage la parité ?

On peut déjà se satisfaire de ce constat assez équilibré. Mais on peut toujours faire mieux et plus. Pour atteindre cet équilibre entre les femmes et les hommes, il faut jouer sur la sensibilisation des acteurs économiques. Car aujourd’hui, on sait que les entreprises qui fonctionnent le mieux, et qui sont les plus rentables, sont celles où la mixité est plus élevée. Ne pas se priver de la vision du monde de 50 % de la population, c’est toujours un enrichissement pour le monde de l’entreprise. 

Ce travail de sensibilisation des entreprises a déjà commencé à Monaco ?

L’an dernier, pour la journée du 8 mars 2020, notre comité a mis en avant la mixité dans les métiers, pour montrer qu’une femme peut exercer n’importe quelle activité. Dans l’univers professionnel, l’idée, c’est qu’une femme est un homme comme les autres. Pendant le premier confinement, les hommes se sont retrouvés plongés dans l’univers familial, à devoir s’occuper de la maison, des enfants, et à devoir faire du télétravail. Cela a pu générer des discussions dans les foyers qui ont sans doute permis de se rendre compte que la vie de famille est très centrée autour de la femme. 

Comment favoriser le « souci de la mixité » dès l’embauche ? 

Pour le secteur privé, la direction du travail suit cette question de très près. En principauté, il n’existe pas, par exemple, d’offre d’emplois « genrée ». A Monaco, les entreprises ne recrutent pas un homme ou une femme spécifiquement pour tel ou tel métier. Mais, là encore, cela passe par de la sensibilisation. Je serais d’ailleurs ravie d’organiser une conférence sur ce sujet avec la fédération des entreprises Monégasques (Fedem). Il faut faire passer le message que oui, on peut oser embaucher une femme et qu’on peut leur faire confiance. 

Vous constatez des changements concrets ?

Dans la police monégasque, en 1986, il y avait moins de 2 % de femmes dans les effectifs. En 2021, elles sont 15 %. Il faut encore faire plus, mais il y a une évolution. La police a fait confiance aux femmes pour les mettre sur le terrain, sur des fonctions qui, à la base, n’étaient pas occupées par des femmes. Aujourd’hui, la police monégasque continue à les valoriser, et à leur confier des postes à responsabilités au sein des différents services de police. Enfin, dans la fonction publique, la rémunération de chaque emploi est définie par une grille indiciaire. Quand on recrute quelqu’un, un élève fonctionnaire par exemple, il passe un concours. Ensuite, il est classé sur une échelle, et au même indice. Que ce soit un homme ou une femme, il n’y a pas de différence. 

Quelles inégalités continuent de caractériser la situation des femmes salariées du privé en principauté ?

Pour le savoir précisément, on attend les résultats de l’étude plus globale de l’Imsee sur les salaires à Monaco. Dans le monde, à poste et compétences égales, les femmes sont payées 16 % de moins que les hommes. Il y a aussi la question de l’évolution des carrières. Lorsqu’elles donnent naissances à leurs enfants, les femmes se retrouvent éloignées du milieu professionnel. Pour celles qui le souhaitent, il faut leur donner la possibilité de se réinsérer au mieux et au plus vite professionnellement. 

Quand est-ce que sera publiée cette étude sur les salaires à Monaco ?

L’Imsee publiera les premiers indicateurs concernant les salaires à Monaco dans le courant de l’année 2021. Il faut rappeler que c’est la première fois que ce genre d’étude est réalisé en principauté, et que la crise sanitaire a, hélas, ralenti son travail. 

La situation semble s’améliorer pour certaines femmes cadres les plus diplômées, pendant que la situation stagne pour les femmes plus modestes, plus exposées aux restructurations, au chômage et à la précarité ?

Dans l’étude de l’Imsee, on voit que le secteur des activités financières et de l’assurance, qui est un secteur quasiment paritaire, est aussi un secteur dans lequel les rémunérations sont les plus élevées. Du coup, si on peut supposer que ce vous avancez est juste d’une façon générale, il faut peut-être le nuancer. La crise sanitaire a mis les professions dites « essentielles » en avant. Il s’agit de professions moins rémunérées, car parfois à temps partiel, et très souvent occupées par des femmes. On peut citer les postes de caissières de supermarchés, par exemple, ou encore certains métiers de santé. Le paradoxe, c’est que la pandémie de Covid-19 a mis sur le devant de la scène ces métiers essentiels à notre activité et, qui sont, d’une manière générale, moins rémunérateurs.

Donc, on ne peut pas dire qu’à Monaco les femmes occupent moins souvent que les hommes des postes de cadres ou de professions intellectuelles supérieures, et qu’elles sont plus représentées dans des secteurs où les salaires sont moins élevés, comme l’hébergement et la restauration, par exemple ?

Je manque de données précises pour répondre à cette question. Actuellement nous n’avons pas la possibilité de connaître précisément les diplômes des personnes recrutées en principauté, ou déjà en poste. En ce qui concerne les métiers, il faudrait disposer des fiches de poste de chaque salarié, pour pouvoir comparer précisément la nature des postes occupés. Mais en tout cas, dans le secteur public, la tendance est même à l’inverse. Dans le privé en principauté le secteur de l’hébergement et de la restauration est très développé. Mais depuis environ un an, c’est aussi un secteur lourdement touché par la crise sanitaire liée au Covid-19. 

© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« J’aimerais travailler avec l’éducation nationale, afin de créer un programme dédié à l’égalité. Par exemple en organisant des conférences, des jeux de rôle, ou en recueillant des témoignages. » Céline Cottalorda. Déléguée pour le comité pour la promotion et la protection des droits des femmes.

Quelle sera l’actualité du comité pour la promotion et la protection des droits des femmes en 2021 ?

Nous allons poursuivre notre campagne de communication annuelle sur l’égalité femmes-hommes. Ce travail a débuté fin 2020. L’objectif est de faire prendre conscience des inégalités pour faire évoluer les mentalités. Le concept de cette campagne, c’est que tout le monde a sa place pour faire évoluer les mentalités. Nous avons décidé de jouer sur le terme de « place » que nous avions déjà amorcé à l’occasion de la campagne contre les violences, avec le slogan : « La violence n’a pas sa place dans nos vies. » L’idée est aussi de mener une campagne inclusive, et d’amener les hommes à être partie prenante sur le sujet des droits des femmes. Elle sera visible essentiellement sur les réseaux sociaux, avec un hashtag #EgalitéJagis.

Comment sera déclinée cette campagne ?

Cette campagne sera déclinée par thèmes, aussi bien dans la sphère familiale, où nous aborderons les tâches domestiques quotidiennes et la question de la charge mentale, que dans la sphère professionnelle. Sur ce dernier thème, nous aborderons la mixité des métiers, la gouvernance d’entreprise, les écarts de salaires… On s’appuiera sur des données chiffrées et objectives, fournies notamment par l’Imsee pour étayer chacun de nos axes de communication. 

Quel sera le second sujet prioritaire pour 2021 ?

Le second sujet concerne l’éducation à l’égalité auprès des plus jeunes. Car on se rend compte que plus on responsabilise les jeunes tôt, et moins la question du genre, de l’égalité et des discriminations, est un problème. Pour eux, l’égalité femmes-hommes est quelque chose d’assez normal. J’aimerais donc travailler avec l’éducation nationale, afin de créer un programme dédié à l’égalité. Par exemple, en organisant des conférences, des jeux de rôle, ou en recueillant des témoignages. 

Quoi d’autre pour 2021 ?

Les femmes de talent ou expertes ne sont pas toujours bien identifiées par les décideurs. Une des idées serait de créer un réseau de femmes pour leur permettre de se connaître entre elles, d’oser davantage et d’avoir plus confiance en elles. Notamment pour accéder à certains postes, en apprenant à mieux se mettre en valeur. Ce réseau créera une entraide entre les femmes, comme le font les hommes au travers de certains clubs. Une série de portraits de femmes qui ont brisé le fameux « plafond de verre » sera prochainement diffusée sur Monaco Info.

1) L’étude de l’Imsee est disponible ici : https://www.imsee.mc/Actualites/Focus-Les-femmes-salariees-dans-le-secteur-prive.

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