lundi 17 janvier 2022
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Au revoir monsieur le Directeur

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Claude Péri
Le directeur de l'Education nationale monégasque part à la retraite sur un succès?: les chiffres records du baccalauréat. © Photo Monaco Hebdo.

Après 41 ans de bons et loyaux services dans l’enseignement, en France et à Monaco, et un an et demi à la tête de la direction de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports, Claude Péri s’en va. Juste avant son départ à la retraite, il tire un bilan du système éducatif pour Monaco Hebdo.

Propos recueillis par Aline Lambert.

Monaco Hebdo?: Pour commencer, une petite réaction par rapport aux résultats du bac??
Claude Péri?: C’est la première année où il y a des résultats aussi exceptionnels. Aux lycées Albert 1er et François d’Assise Nicolas Barré, il y a 213 reçus sur 214. Dans l’enseignement technologique, il y a trois échecs. Au niveau du baccalauréat professionnel, sur les 188 inscrits, 180 ont réussi. Ce sont des chiffres tout à fait impressionnants.

M.H.?: Une raison??
C.P.?: Je crois que le système éducatif monégasque donne la preuve qu’il est bien adapté, performant. On a la possibilité d’avoir des professeurs détachés de qualité et de remplacer très rapidement un enseignant malade. Cela fait que les élèves sont rarement amenés à travailler sur leurs livres tous seuls.

M.H.?: La France réfléchit actuellement à une réforme des rythmes scolaires. Qu’en pensez-vous??
C.P.?: Personnellement, je trouve que les rythmes scolaires sont assez bien adaptés, ils ont fait leur preuve. C’est sûr qu’il est difficile de se placer par rapport à la France, où la population est bien plus hétérogène qu’à Monaco. Il a été mis en place, cette année, un enseignement dans des lycées de l’académie de Nice où des élèves ont cours le matin et sport l’après-midi. Personnellement, je n’y crois pas trop. On met toujours en avant les systèmes scandinave, allemand, italien ou autres, mais le bon vieux système français a, je pense, fait ses preuves. Il me semble assez adapté à l’esprit français. Je crois que l’éducation fait partie de la culture d’un pays.

M.H.?: Serait-il possible que Monaco teste le modèle allemand, comme en France??
C.P.?: Je ne pense pas que le gouvernement décide de faire des tests à l’aveugle. Pourquoi choisir le modèle allemand et pas le suédois ou finlandais?? La France expérimente ce système. Attendons de voir ce que ça donne. Puis on verra si la France pense que c’est un bon système ou s’il va être abandonné, comme beaucoup d’autres qui ont été testés.

M.H.?: Que pensez-vous de l’enquête Pisa qui classe très bien les systèmes éducatifs de Finlande ou d’Allemagne??
C.P.?: A Monaco, je ne pense pas que l’on puisse adapter ces systèmes d’évaluation qui sont très compliqués. On travaille sur un trop petit nombre. S’il y a un échec ou deux au baccalauréat, la moyenne de réussite chute énormément. Je crois qu’il faut rester modeste. Monaco, c’est un pays dans lequel il y a 6?000 élèves. On travaille grosso modo sur un gros établissement scolaire français.

M.H.?: Si la France raccourcissait les vacances scolaires d’été, comme cela est en discussion, que ferait Monaco??
C.P.?: Nous suivons les emplois du temps, les services, les programmes, tout ce qui se fait en France. Parfois on l’adapte légèrement, parce qu’à Monaco, il y a des spécificités comme l’enseignement du monégasque. Mais tant que ça reste au stade expérimental, on attend que quelque chose d’officiel et de définitif se mette en place et peut-être on fera ces changements. L’expérience récente de la semaine de quatre jours à l’école primaire montre que peut-être, il y a eu précipitation, puisque maintenant la France revient en arrière… On s’est aperçu que c’était mettre un petit peu trop de charges sur les épaules des enfants. Donc on revient à l’enseignement traditionnel. Je pense que, là aussi, il est urgent d’attendre.

M.H.?: Vous êtes dans l’éducation depuis 41 ans, comment voyez-vous l’évolution de l’enseignement, comme le niveau des élèves ou les programmes, parfois chargés??
C.P.?: C’est ce que l’on reproche à l’enseignement français, qui a tendance à ajouter des chapitres sans rien retirer, car les enseignants de chaque matière veulent absolument que leur matière fasse partie des programmes. Personnellement, je ne vois pas de grosses différences entre aujourd’hui et il y a 40 ans. Je pense même que si l’on prend les résultats au baccalauréat de l’époque où j’étais élève en terminale, ils étaient moins bons que ceux de nos élèves aujourd’hui. J’ai plutôt l’impression que ça va de mieux en mieux.

M.H.?: Que serait-il indispensable de changer selon vous??
C.P.?: Pour moi, rien. Ça fonctionne bien. Quand on voit les résultats que l’on a, je ne vois pas pourquoi on voudrait changer. C’est un peu jouer les apprentis-sorciers. Quand on a plus de 95 % de réussite dans les différents examens, c’est qu’on est suffisamment performant. Et les 5 % des élèves qui n’ont pas eu leur diplôme, l’ont en général l’année suivante. Qu’un élève ait son bac à 18 ou à 19 ans, ça ne change pas grand chose dans la suite de ses études et dans sa vie professionnelle par la suite.

M.H.?: Dans le cadre d’une meilleure alimentation, un projet de loi pourrait bientôt mettre en place des repas bio à l’école et dans la restauration collective qu’en pensez-vous??
C.P.?: Je ne peux en penser qu’une chose, c’est qu’on appliquera la loi. Cette année déjà, on a mis en place des composantes bio dans les repas des élèves.

M.H.?: Et à propos de l’interdiction des produits sucrés dans les distributeurs??
C.P.?: On a demandé au chef d’établissement de supprimer les boissons ou friandises trop sucrées. Ça se fera en passant par des eaux minérales, des fruits frais. Simplement, ça demande au fournisseur qui alimente ces distributeurs d’être beaucoup plus réactif. Une pomme en hiver, on peut peut-être la conserver longtemps, surtout si elle est dans une cour de récréation, mais l’été avec la chaleur, c’est peut-être de la nourriture sur laquelle il faut être attentif.

M.H.?: Quand est-ce que cela pourrait être mis en place??
C.P.?: L’année prochaine, je pense. Mon successeur (Isabelle Bonnal, N.D.L.R.) en parlera à la rentrée et indiquera de quelle manière ces distributeurs vont être alimentés.

M.H.?: Enfin, un petit bilan de votre année et demie en tant que directeur de l’Education nationale??
C.P.?: Je pense que j’ai pu effectuer le travail qui m’a été demandé avec pas mal de sérénité, en apportant mon expérience d’enseignant et de chef d’établissement. J’ai l’avantage de bien connaître le milieu éducatif, ce qui permet d’emmagasiner une expérience que l’on peut ensuite utiliser quand on passe à un travail d’étape supérieure. On a pu mener à bien nos différents dossiers, qui sont nombreux et concernent à la fois le sport, l’éducation, les activités culturelles en milieu scolaire… Tout a fonctionné sans anicroche.

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