dimanche 23 janvier 2022
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« Cet appel est celui de la raison »

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Jean-Louis Grinda tend la main à Béatrice Fresko-Rolfo pour fusionner les listes Union Monégasque et Horizon Monaco. La réponse est attendue d’ici le 3 décembre.

Officiellement, l’ordre du jour de la conférence de presse Union Monégasque (UM) du 27 novembre 2017 était consacré à la formation, à la jeunesse, et au numérique (voir par ailleurs). Mais c’est bien sûr l’annonce faite en toute fin de réunion par la tête de liste UM, Jean-Louis Grinda, qui a capté l’attention de tous les journalistes présents : « Je propose solennellement à Horizon Monaco (HM) de nous réunir autour d’un projet commun, à équité de candidats, sur une liste unique ». À ce jour, UM a présenté 14 candidats dont 5 élus sortants, pendant que HM en affiche 15, dont 4 élus sortants. La main tendue de Jean-Louis Grinda à Béatrice Fresko-Rolfo n’a évidemment pas surpris grand-monde, dans la mesure où des rumeurs de tractations bruissent à ce sujet un peu partout, depuis plusieurs semaines déjà.

« Je propose solennellement à Horizon Monaco (HM) de nous réunir autour d’un projet commun, à équité de candidats, sur une liste unique »

 

« Division »

C’est par un calcul reposant sur la loi électorale que Grinda a, en partie, justifié sa décision de tenter de se rapprocher de HM. Jugeant qu’il faudra la « réformer d’urgence », cette loi pose les choses clairement : « Même si Primo ! faisait 40 % des voix, les deux autres listes [UM et HM — N.D.L.R.] se partageant, à égalité (30 % et 30 %) le reste des suffrages, l’effet amplificateur de la victoire n’octroierait aux minorités que 4 sièges… », a expliqué la tête de liste UM. Du coup, si trois listes se présentent aux élections nationales de février 2018, « la victoire ne sera pas impossible », mais « beaucoup plus difficile, la division des voix facilitera la tâche de notre concurrent », a estimé Grinda. Même si en face, Stéphane Valeri et Primo ! (lire notre article par ailleurs) jugent que cette alliance UM-HM a tout de « la carpe et du lapin », peu importe semble dire Jean-Louis Grinda. Pour cet élu, « cet appel est celui de la raison. C’est celui d’un groupe de femmes et d’hommes qui veulent croire que ce qui doit impérativement nous unir est plus fort que tout ce qui nous différencie. »

« Succès annoncé »

Mais bien sûr, au-delà de ces calculs arithmétiques, il y a aussi les idées. Jean-Louis Grinda a estimé que Primo !, « peut-être enivré par son succès annoncé », se « permet d’attaquer la presse », en faisant allusion au candidat de Primo !, José Badia, qui s’est vu retirer son titre honorifique de ministre plénipotentiaire via une ordonnance souveraine publiée le 17 novembre 2017. Une information relayée par nos confrères de Monaco-Matin, ce qui aurait « déplu », a ajouté Grinda : « Que Primo ! ait fait un communiqué parce que Monaco-Matin a décidé de faire la « une » sur ce sujet, les bras m’en tombent ! S’immiscer dans la bonne marche d’un journal en disant : « Vous ne devriez pas faire comme ça »… Mais de quoi je me mêle ! La démocratie n’est-elle pas en danger quand un candidat commence à donner des ordres à un journal ? »

« Muté »

Le leader d’UM a poursuivi, en évoquant « l’affaire Guillaume Rose ». Une « affaire » dans laquelle, le directeur du tourisme et des congrès, Guillaume Rose, a été muté « dans l’intérêt du service », par l’intermédiaire d’une autre ordonnance souveraine, publiée cette fois le 24 novembre 2017 : « M. Guillaume Rose, directeur du tourisme et des congrès, est muté, dans l’intérêt du service, en qualité de conseiller technique à la direction des ressources humaines et de la formation de la fonction publique. » Ce qui a entraîné une réaction de Primo !, par l’intermédiaire de deux communiqués de presse (lire notre article dans ce numéro). Là encore, Grinda pense que Primo ! « remet en cause l’autorité même du Prince. Remettre en cause l’autorité du Prince, c’est une première brèche et un premier pas vers un changement de régime. »

« C’est l’appel d’un groupe de femmes et d’hommes qui veulent croire que ce qui doit impérativement nous unir est plus fort que tout ce qui nous différencie »

 

« Apocalyptique »

Et puis, la tête de liste UM voit dans l’approche faite de Monaco par Stéphane Valeri un « tableau apocalyptique et donc excessif ». Et ce, alors que le leader de Primo ! a « occupé les plus fautes fonctions depuis 2003, c’est-à-dire 14 ans ! Il ne serait donc pas absurde de lui demander s’il ne se sent pas un peu responsable de tout ce qu’il dénonce. Mais cet exercice ne correspond visiblement pas à son état d’esprit actuel… » Dernier point avancé par Grinda : le « désir affiché et assumé » par Primo ! de professionnaliser la vie politique monégasque. Une idée « dangereuse » juge le leader d’UM, car elle « conduirait de facto à la transformation de notre régime, la monarchie constitutionnelle, en une monarchie parlementaire », dont « l’aboutissement inéluctable serait la fin de notre pays, tel que nous le connaissons aujourd’hui ». Pas question d’accepter cette « dérive » a lancé Grinda, tout en promettant de la « dénoncer » et de la « combattre », avec « toute la force de nos convictions ».

Si cette main tendue de Jean-Louis Grinda est acceptée par HM, reste à savoir qui deviendra la tête de liste de cette nouvelle entité UM-HM. « Je ne suis pas dans la tambouille électorale », a répondu Grinda

 

« Résister »

Si cette main tendue de Jean-Louis Grinda est acceptée par HM, reste à savoir qui deviendra la tête de liste de cette nouvelle entité UM-HM. « Je ne suis pas dans la tambouille électorale, a répondu Grinda. Je suis dans la décision politique. Quand je vois le foutoir de ces derniers jours, il est évident qu’il y a un problème de fond. Il faut donc s’unir pour résister. Les Monégasques trancheront. » Et en cas d’échec, rien de dramatique, assure Grinda : « Le 11 février, si je gagne les élections, ce sera très bien. Mais si je perds, ma vie ne changera pas. Ce n’est pas le cas de tout le monde… » Les contacts auraient donc été très officiellement lancés juste après cette conférence de presse, le 27 novembre 2017 « à 12h25 », a dit Grinda, en regardant sa montre. En fin de journée, HM a publié un communiqué, expliquant que Béatrice Fresko-Rolfo « prône depuis le début, un rassemblement d’idées, même divergentes, et regrette de voir que la liste UM ait réduit la problématique subtile d’une union à une question de parité arithmétique. » Une certitude : il faudra aller vite. Puisque, pour Grinda, tout devra être décidé « dans la semaine », d’ici le 3 décembre donc, à la veille du premier meeting de HM, qui pourrait se transformer en un meeting HM-UM. Ou UM-HM ?

 

Jeunesse : UM veut un régime de sécurité sociale étudiant

UM souhaite voir créer de nouvelles séries technologiques dès la classe de seconde, dans le domaine des arts. Notamment un bac technique de la musique et de la danse et un bac sciences et technologies du design et des arts appliqués (STD2A). Parmi les autres pistes évoquées par la candidate Martine Eva Rosticher, la prolongation des BTS à Monaco jusqu’à un niveau de bac +3, une meilleure information à destination des Monégasques qui partent étudier à l’étranger sur le statut de ressortissant extra-communautaire qui est le leur, une augmentation des bourses d’études « pour tous », la création d’un régime de sécurité sociale étudiant car « jusqu’à 26 ans l’étudiant monégasque est rattaché à l’assurance de ses parents », et enfin donner l’accès à la cité internationale, à Paris, pour les étudiants monégasques. Mais aussi créer « à Monaco et autour » des logements étudiants, « une sorte d’internat », pour les élèves de l’école supérieure d’arts plastiques (Esap), de BTS et des universités de la région proche. Et permettre aux étudiants et écoles monégasques d’intégrer le programme d’échange européen Erasmus, dans le cadre des négociations avec l’Union européenne (UE). Quant à la formation en alternance, UM demande à ce qu’elle soit davantage « mise en avant » et encadrée, a souligné le candidat Eric Battaglia.

 

Formation : « Pour être plus efficaces »

UM propose de créer un « droit à la formation pour tous les salariés, du privé comme du public ». Avec un compte « formation professionnel individuel » de 24 heures de formation par an ou sur 3 jours. Et un maximum de 120 heures cumulables sur 6 ans (au-delà, 12 heures par an, jusqu’à un plafond de 150 heures). UM réclame également un accès au « bilan de compétence pour tous » et une « assistance » à l’accès aux validations d’acquis par l’expérience. Le financement serait assuré par un « fonds » abondé par les patrons, « l’Etat assurant la stabilité, en garantissant la structure. »

 

Numérique : « Faire de Monaco un pays pilote »

Le candidat Guillaume Galtier a proposé de créer un “fab lab”, c’est-à-dire un laboratoire de fabrication ouvert au public, avec du matériel high-tech mis à disposition, comme des machines-outils pilotées par ordinateur par exemple. « Ce qui est idéal pour créer des prototypes, a insisté Galtier. Ce serait aussi un lieu de rencontres. » Autre proposition : le lancement d’une commission consultative au Conseil national pour travailler sur « l’impact du numérique sur la Principauté et son économie ». Enfin, ce candidat souhaite développer à Monaco les Massive Open Online Courses (Moocs), soit des cours sur internet, « gratuits ou à moindres frais, ouverts à tous, et sanctionnés par un certificat ou un diplôme ». Des cours destinés aux étudiants, aux salariés et aux personnes en recherche d’emploi.

 

 

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Monaco Hebdo