dimanche 23 janvier 2022
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Vaccination Covid-19 Pourquoi ça plafonne

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Depuis quelques semaines, la vaccination contre le Covid-19 marque le pas en principauté. Début octobre 2021, le ministre d’État, Pierre Dartout, l’a déploré lors des séances publiques liées au budget rectificatif 2021, devant les élus du Conseil national. Monaco Hebdo a essayé de comprendre pourquoi.

« Soyons lucides : sans une augmentation significative du taux de vaccination, nous ne pourrons pas retrouver une vie économique et sociale normale. J’encourage donc toute personne en âge de le faire à sauter le pas et à effectuer ce geste pour elle-même, mais surtout pour les autres », a lancé le ministre d’État, Pierre Dartout, devant les élus du Conseil national, lors du vote autour du budget rectificatif 2021, le 8 octobre 2021. Le taux de résidents doublement vaccinés en principauté était de 75 % environ fin septembre 2021, et le taux d’incidence (1) était remonté à plus de 80 le 25 octobre 2021, contre 59 le 18 octobre 2021. Comme l’a souligné le ministre d’État, la vaccination marque donc le pas en principauté. Du côté du centre de vaccination installé dans les murs de l’auditorium Rainier III, la fréquentation a nettement baissé. Sur place, le nombre d’infirmières mobilisées est en chute libre et on est désormais davantage tourné vers des injections qui sont des troisièmes doses.

La situation semble se tendre, et un fossé s’est désormais creusé avec les opposants à la vaccination, qui semblent de plus en plus impossibles à convaincre

« Efficacité »

Les antivax ne désarment pas, même si les études en faveur de la vaccination se multiplient. À titre d’exemple, le 11 octobre 2021, deux rapports publiés par EPI-Phare, un groupement d’intérêt scientifique placé sous la double tutelle de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et de la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) a indiqué que « les personnes vaccinées de 50 ans et plus ont neuf fois moins de risque d’être hospitalisées ou de mourir du Covid-19 que les non-vaccinées », selon les auteurs de ces études, évoqués par Le Monde. Chaque samedi, les manifestations contre le passe sanitaire se poursuivent un peu partout en France, et notamment à Nice, où des incidents ont éclaté le 9 octobre 2021. Alors que le cortège avait interdiction de se rendre dans le centre-ville, des lacrymogènes ont été utilisées par les forces de l’ordre sur la place Masséna, pour interdire aux manifestants de se rendre sur l’avenue Jean-Médecin. La situation semble se tendre, et un fossé s’est désormais creusé avec les opposants à la vaccination, qui semblent de plus en plus impossibles à convaincre.

© Photo Raphaël Brun / Monaco Hebdo.

Avec un taux d’incidence qui tend à remonter à Monaco, et qui reste situé au-delà du seuil d’alerte, impossible de se laisser aller. Même si après presque deux ans de pandémie, l’envie est grande

« 100 % »

Parmi les arguments avancés par les antivax, l’idée que la vaccination n’empêche pas de tomber malade, ni de propager la maladie. Deux affirmations qui sont vraies, mais que le professeur Michel Carles, infectiologue au CHU de Nice, nuance fortement dans l’interview qu’il nous a accordée et qui est à lire dans ce numéro : « Dire cela, c’est avoir une posture approximative. Oui, le vaccin n’empêche pas le portage du Covid-19. Mais cela ne signifie pas que l’efficacité du vaccin à prévenir le portage est de 0 %. Cela veut dire qu’il est possible d’avoir des gens vaccinés et qui sont porteurs de virus. […] La plupart du temps, si on attrape le Covid-19 malgré un schéma vaccinal complet, on développe des formes moins sévères. Ce qui se traduit par une proportion de patients vaccinés hospitalisés qui est extrêmement faible par rapport aux non-vaccinés. » Lorsque l’on interroge les personnes doublement vaccinées qui sont tombées malades, c’est surtout l’incompréhension et la déception qui prédominent. « Je ne comprends pas pourquoi je suis tombée malade. J’étais persuadée d’être protégée. Comment c’est possible ? », se demande Blanche, 37 ans [lire son interview, par ailleurs — NDLR]. De son côté, Michel Carles dit « comprendre » la « déception des personnes vaccinées qui sont tombées malades. Mais une étude publiée il y a quelques mois dans le New England Journal of Medicine, montre que l’efficacité du vaccin au sixième mois après la vaccination est probablement plus de l’ordre de 60 % que de 90 %. Ce qui signifie que quatre personnes sur dix ont une protection vis-à-vis du virus qui est moins bonne, ce qui les expose à la maladie. […] Aucun vaccin n’est efficace à 100 %. Je ne sais pas pourquoi on a laissé croire ça aux gens. Laisser penser que ce vaccin anti-Covid-19 est la réponse absolue, totale et imparable à cette pandémie, est une grosse erreur de communication. Donc les gens ont raison d’être déçus, parce qu’on leur a faussement laissé penser que le vaccin était la solution unique et complète face à la pandémie de Covid. »

Hausse

Or, la solution ne peut pas reposer que sur le vaccin anti-Covid-19. Tous les experts le disent : à la vaccination, il faudra ajouter le respect des gestes barrières, si on veut voir le taux d’incidence baisser suffisamment. Le seuil d’alerte est fixé à 50, et il était en principauté plus de 80 le 25 octobre 2021. Après être tombé à 30 en septembre 2021, ces derniers jours le taux d’incidence est reparti à la hausse, ce qui n’étonne pas les experts. Si les personnes doublement vaccinées baissent complètement la garde, et reprennent « la vie d’avant », le virus continuera immanquablement de circuler, comme l’explique le professeur Michel Carles : « L’arrêt des mesures barrières sera possible quand le taux d’incidence sera à zéro, ou quasiment. Quand il n’y a plus de circulation virale, la vaccination permet d’arrêter les mesures barrières. Mais dès que l’incidence remonte, il faut remettre en place les mesures barrières. » Avec un taux d’incidence qui tend à remonter à Monaco, et qui reste situé au-delà du seuil d’alerte, impossible de se laisser aller. Même si après presque deux ans de pandémie, l’envie est grande.

1) Le taux d’incidence correspond au nombre de cas positifs enregistrés sur les 7 derniers jours, rapporté à 100 000 habitants.

Pour lire notre article “Covid-19 : « En étant vaccinée, je me sentais protégée »”, cliquez ici.

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