lundi 6 décembre 2021
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Renoncement aux soins :
l’inquiétude des professionnels

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Effet collatéral de l’épidémie de Covid-19, le renoncement aux soins inquiète au plus haut point les professionnels du centre hospitalier princesse Grace, qui redoutent ses effets sur la santé des Monégasques.

Face à l’afflux de malades du Covid-19, le centre hospitalier princesse Grace (CHPG) a été contraint de déprogrammer certains soins et certaines consultations jugés non essentiels depuis le début de l’épidémie. Et c’est encore le cas aujourd’hui, puisque la chirurgie esthétique et bariatrique n’ont pas encore repris leur fonctionnement normal. Les déprogrammations sont certes moins nombreuses qu’au printemps 2020, mais elles sont loin d’être anodines pour les patients.

Déprogrammations : le CHPG rattrape son retard

« Ils savent que si on le fait, c’est pour leur bien. Nous n’avons pas forcément le choix non plus car de notre côté, déprogrammer une intervention ou une consultation est extrêmement insatisfaisant », reconnaît Benoîte de Sevelinges qui précise toutefois « ne pas être dans la règle absolue comme lors de la première vague ». Car les équipes du CHPG ont dû se creuser les méninges pour parvenir à reprogrammer les interventions reportées au printemps, en plein pic de l’épidémie de Covid-19, et ainsi rattraper leur retard. Désormais, elles n’entendent négliger aucune pathologie malgré des hospitalisations Covid en augmentation depuis quelques semaines. « Ce que l’on essaie de faire dorénavant, c’est programmer moins et à 48 heures, proposer une date d’intervention plus précoce à certains patients. […] Déprogrammer du cancer au bénéfice du Covid, c’est quelque chose que l’on ne peut plus entendre aujourd’hui. Une maladie ne doit pas être prioritaire par rapport à l’autre », explique la directrice de l’hôpital. Une adaptation indispensable pour éviter de perdre des patients en route. Car ce qui inquiète au plus haut point les professionnels, c’est bien le renoncement aux soins constaté depuis le début de l’épidémie.

Renoncement aux soins : des conséquences dramatiques

La peur d’être contaminé pousse en effet certaines personnes, parfois atteintes de maladies chroniques, à ne plus se rendre dans les établissements de santé et donc à renoncer à leurs soins et leur suivi. « Certaines personnes sont dans une telle anxiété qu’elles ne veulent plus venir à l’hôpital, alors que c’est probablement le lieu le plus sûr de vie collective », regrette amèrement Benoîte de Sevelinges. La directrice du CHPG pointe également l’impact de la crise sur la bourse des malades : « Le renoncement aux soins va aussi être un effet secondaire des effets économiques de la crise. On sait très bien que quand les gens sont en difficulté économique, ils ne viennent plus se soigner ». Une situation anormale que l’hôpital de Monaco tente d’endiguer par tous les moyens : « On réalise des opérations de communication ponctuelles dans les spécialités. Il y a aussi des programmes de rappel pour les gens qui n’ont pas reprogrammé leur intervention ou qu’on sait être en arrêt de traitement ».

Retards de diagnostic

Mais la situation la plus préoccupante pour Benoîte de Sevelinges concerne « les personnes dont la maladie n’a pas été diagnostiquée et qui, donc, ne sont pas dans une filière de soins ». Le renoncement aux soins conduit en effet à des retards de diagnostic ou des reports de traitement qui peuvent, à terme, avoir de lourdes conséquences sur la santé des patients. « Au mois d’octobre, on a fait 30 % de mammographies en moins qu’en 2019. C’est dramatique, alerte Benoîte de Sevelinges. Cela veut dire que la prévention du cancer du sein n’a pas été faite correctement dans la population féminine. Et l’on risque de détecter des cancers du sein à un stade qui ne sera pas précoce ». Même constat en chirurgie : « Les patients n’ont pas fait leur visite de contrôle, donc ils n’ont pas eu la prévention nécessaire ». Le message est donc clair : en cas de doute sur son état de santé, il est essentiel de consulter et de se soigner. Comme le dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.

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Monaco Hebdo