jeudi 20 janvier 2022
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Natasha Frost Savio :
« Rassembler les femmes victimes du cancer du sein et s’entraider »

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L’association Pink Ribbon Monaco organise les 3 et 4 octobre ses premiers awards récompensant des personnalités locales, victimes ou soutien, en cas de cancer du sein. L’actrice Jodie Foster fera spécialement le déplacement pour soutenir la cause. Les explications de Natasha Frost Savio, présidente de l’association.

L’histoire de Pink Ribbon Monaco ?

L’association a été fondée en 2011. Elle apporte son soutien aux victimes du cancer du sein et met en avant les méthodes de dépistage et de prévention. J’en suis la fondatrice et présidente depuis sa création.

Pourquoi l’avoir créée ?

J’ai été marquée par le nombre d’amis et de membres de ma famille touchés par un cancer. Après mes études aux États-Unis, j’ai voulu ramener ce sentiment de communauté et d’entraide qu’elles ont là-bas. Cette façon d’enlever la pudeur liée à cette maladie. Je voulais rassembler les femmes victimes du cancer du sein et s’entraider.

Quelle est la situation à Monaco ?

En mars 2018, j’ai été conviée au voyage de la mission permanente de Monaco aux Nations Unies à New York pour parler des résultats encourageants dans le nombre de dépistage per capita [par habitant — N.D.L.R.] et le suivi des patients souffrant de cancer du sein à Monaco. La principauté a en effet de très bons résultats en statistique. Ils arrivent à détecter les cancers en avance par rapport aux autres pays du monde.

Les jeudi 3 et vendredi 4 octobre auront lieu les premiers Pink Ribbon Awards : qu’est-ce qui vous a incité à les créer ?

Lors de cette visite, j’ai entendu le discours de l’athlète jamaïcaine Novlene Williams-Mills. Elle recevait une récompense pour l’inspiration qu’elle procure aux autres femmes atteintes du cancer du sein, ainsi que pour tous les efforts qu’elle a fait pour pousser les femmes à ne pas s’identifier à la maladie. Et montrer qu’il y a une vie après le cancer.

Quel est son parcours ?

Elle a subi un cancer du sein en 2012, puis une mastectomie. Puis, elle a dû endurer une chimiothérapie très importante. Pourtant, elle a quand même réussi à obtenir lors des jeux du Commonwealth l’argent lors de son épreuve individuelle, puis à être titrée sur le relais. Et elle a remporté par ailleurs le trophée de la Ligue de diamant en fin de saison. Bref, elle ne s’est pas laissée abattre.

L’inspiration est venue de là pour la création des récompenses monégasques ?

Oui, et j’ai aussi vu une statistique intéressante qui dit que 40 % des femmes se sentent démoralisées et ont du mal à s’identifier en tant que femme après leur maladie. Je voulais rapporter cette incroyable émotion aux gens d’ici.

L’organisation de vos awards se déroule sur deux jours : pourquoi ?

Le jeudi 3 octobre, Pink Ribbon organise à 17h au théâtre des Beaux-Arts une projection du film documentaire Be Natural (2018) réalisé par Pamela B.Green et produit, entre autres par Jodie Foster, Robert Redford et Martin Scorsese. Il retrace la vie d’Alice Guy-Blaché (1873-1968), dont le nom est tombé dans l’oubli, alors que cette femme française, née en 1873, est la première réalisatrice de cinéma au monde ! C’est ouvert sur réservation à tout public. S’en suivra un panel de discussions avec la réalisatrice Anne Fontaine, l’actrice Jodie Foster et la réalisatrice Pamela B.Green en français, animé par Sarah Lycett de Riviera Radio.

Et le vendredi 4 octobre ?

Le lendemain, à l’hôtel Métropole Monte-Carlo, nous remettrons les Pink Ribbon Awards. Il y aura un cocktail à l’espace Odyssée, puis un dîner concocté par le chef Christophe Cussac.

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« Nous voulions promouvoir le film documentaire Be Natural (2018) qui restaure la place des femmes dans l’histoire. En même temps, Jodie Foster se rallie à notre cause. Elle a toujours été très impliquée sur ces thèmes-là »

Quels sont ces prix ?

D’abord celui de l’inspiration pour une personne qui a réussi à faire quelque chose d’extraordinaire, malgré son cancer du sein. La lauréate est Julie Meunier, créatrice des Franjynes. C’est une battante, une femme formidable qui a eu un cancer du sein à 27 ans, et qui s’en est tirée. Il y a aussi le prix du soutien qui sera remis au docteur Georges Garnier, chef de service d’hôpital de jour en oncologie et médecine interne du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), où il travaille depuis 1999. Car c’est quelqu’un qui, au-delà de son métier, apporte son soutien incroyable à des personnes en détresse.

A quoi sera destiné l’argent récolté lors de cette soirée de gala ?

Il sera reversé au CHPG, afin qu’il puisse continuer son travail de dépistage et de recherche sur le cancer du sein.

Pourquoi l’actrice Jodie Foster s’engage auprès de vous ?

Déjà, nous voulions promouvoir ce film qui restaure la place des femmes dans l’histoire. En même temps, Jodie Foster se rallie à notre cause. Elle a toujours été très impliquée sur ces thèmes-là. C’est une actrice qui est une source d’inspiration pour toutes les femmes. Elle recevra un prix honorifique de la part de Pink Ribbon Monaco, du comité de protection et des droits des femmes et du gouvernement princier.

Pourquoi profiter de cet événement pour allier deux causes : le cancer du sein et les violences faites aux femmes ?

Ce sont des causes qui me tiennent à cœur. On m’a demandé de rejoindre le comité de protection et des droits des femmes de Monaco dès sa création. Le travail que je mène avec Pink Ribbon Monaco tourne autour de la sensibilisation et le réconfort. De fil en aiguille, l’association s’est tournée vers la cause des femmes en général, dont les violences, qui sont un sujet de plus en plus important. Ce qui est inquiétant, c’est qu’il y en ait de plus en plus. Mais ce n’est plus un sujet tabou. Comme le cancer du sein, ça effraie tellement de gens, qu’on avait peur d’en parler. C’est pareil pour les violences.

Les associations ont un rôle à jouer dans ce combat ?

On veut changer les mentalités. C’est ça le lien. Oui, elles ont un rôle à jouer pour mobiliser l’opinion publique. Dans ce comité, l’union fait la force. Les associations monégasques se sont réunies pour ça. Et Céline Cottalorda, sa présidente, fait un superbe travail.

Votre motivation est intacte ?

C’est compliqué de jongler entre vie professionnelle, personnelle et l’association qui prend de l’ampleur. Mais c’est quelque chose qui me tient à cœur, car on voit bien les résultats. Ça motive les gens.

Le prochain rendez-vous avec Pink Ribbon Monaco ?

La marche organisée en parallèle de la Monaco Run, le 16 février 2020. Cela commence vraiment à devenir un événement important.

Les données clés du cancer du sein à Monaco

Selon les données du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), celui-ci prend en charge environ 300 patientes dont 150 nouvellement diagnostiquées par an. En 2017, 102 patientes ont été opérées, 156 ont eu de la radiothérapie en séance, 111 ont eu de la chimiothérapie en séance. Sur les 148 patientes prises en charge en hospitalisation conventionnelle (hors séances) en 2018, l’âge moyen relevé est de 60 ans. 23 % ont moins de 50 ans et 14 % ont 80 ans ou plus. Leur lieu de résidence se trouve pour 25 % à Monaco, pour 36 % dans les quatre communes limitrophes et pour 16 % dans le Mentonnais.

Vidéo : 1 Question 1 Minute avec Natasha Frost de Pink Ribbon Monaco

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Monaco Hebdo