mardi 20 avril 2021
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Grippe : « Il faut inciter les gens qui ont des facteurs de risque à se faire vacciner »

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Responsable de 37 hospitalisations au centre hospitalier princesse Grace (CHPG) en 2019, la grippe fait son retour en force dans la région en ce début d’année 2020.

Le seuil épidémique a été franchi le 15 janvier. Pour se protéger de cette maladie hautement contagieuse et potentiellement mortelle, le docteur Olivia Keïta-Perse, chef de service d’épidémiologie et d’hygiène hospitalière au CHPG, rappelle les bons gestes à adopter, et la nécessité de se faire vacciner pour les populations à risque. Interview. 

Disposez-vous de données chiffrées depuis le début de la grippe [cette interview a été réalisée le lundi 20 janvier 2020 – N.D.L.R.] ?

Depuis le début de l’épidémie de grippe, qui est assez récente puisque cette année nous avons une épidémie tardive, sept patients ont été hospitalisés en réanimation sur la région. Ils ont été victimes de grippes graves, et un patient en est décédé. Sur la France, le nombre de grippes graves en réanimation est de 135. Et il y a eu 11 décès en France pour des grippes graves.

Pourquoi la grippe frappe-t-elle en hiver ?

Parce que le virus se transmet dans une ambiance froide. Quand il fait chaud, il ne survit pas dans l’environnement. C’est quand il fait froid que nous avons ces épidémies. Ce n’est d’ailleurs pas le seul virus à faire ça. Les virus comme le VRS, Virus Respiratoire Syncytial [virus responsable de la bronchiolite – N.D.L.R.], se développent plutôt en période plus froide, et pas trop l’été. C’est essentiellement lié au virus lui-même, et à sa survie dans l’environnement.

Jusqu’à présent, les températures sont pourtant relativement douces pour la saison ?

Il y a aussi les facteurs de circulation dans la population. Ce n’est pas pour rien qu’on est la deuxième région touchée après l’Île-de-France. C’est parce qu’il y a beaucoup de flux de personnes qui vont et qui viennent. On sait qu’il y a un rapport entre la circulation du virus et la circulation des personnes.

Comment se transmet le virus de la grippe ?

Dans le jargon médical, on parle d’une transmission par gouttelettes. On porte le virus dans la salive, car il se fixe sur les voies aérodigestives supérieures. Or, quand la personne tousse, éternue, parle… elle émet des gouttelettes qui peuvent être chargées de virus. La transmission se fait de cette manière. Après, le virus peut aussi persister quelques heures sur une poignée de porte, un bouton d’ascenseur, les rampes dans les transports en commun… Dans ce cas, on peut contaminer nos mains et en se frottant le nez ou la bouche. Mais ce n’est pas le plus gros de la contamination.

Quels sont les symptômes de la maladie ?

C’est assez stéréotypé et peu spécifique. La grippe donne de la fièvre, des courbatures, de la fatigue, le nez pris, et parfois on tousse un peu. Ce ne sont pas des signes très spécifiques. D’ailleurs, de temps en temps, des personnes vaccinées font un syndrome grippal lié à tout à fait autre chose que la grippe, un autre virus. Elles pensent que c’est la grippe, alors que ce n’est pas la grippe.

Existe-t-il des formes atypiques ?

Dans certains cas graves, on peut avoir une pneumonie, donc une atteinte pulmonaire qui est au premier plan, notamment chez les gens jeunes quand ils font des grippes très graves d’emblée. C’est à ne pas confondre avec la pneumonie, qui vient compliquer la grippe chez une personne âgée par exemple.

Comment diagnostique-t-on une grippe ?

En période épidémique, votre médecin généraliste n’est pas censé vous faire de test, parce qu’on se base sur la probabilité que ce soit une grippe. On a néanmoins à disposition des TROD, c’est-à-dire des tests rapides d’orientation diagnostique. Un peu comme cela se fait pour les angines. À l’hôpital, on utilise surtout des techniques basées sur la présence du virus dans la sphère ORL. On parle de PCR, qui est un test pour vérifier qu’il s’agit bien du virus de la grippe.

Ces tests sont fiables à 100 % ?

Avec les TROD, on peut avoir de temps en temps des faux positifs, c’est-à-dire que le test est positif, alors que ce n’est pas vraiment le virus parce qu’il y a des réactions croisées. En ville, on peut se contenter de ces tests, car, sauf cas de complications ultérieures, la grippe va évoluer de façon favorable. En revanche, à l’hôpital, on a besoin d’un test fiable, parce que les personnes qui consultent à l’hôpital sont susceptibles de rester, parce que la présentation est plus grave, que les antécédents sont préoccupants… Dans ce cas, on a besoin de tester et d’être sûr que c’est une grippe. Et, en général, on fait des PCR.

Quels sont les traitements de la grippe ?

Comme c’est un virus, on n’a pas d’antibiotiques. On a des antiviraux, deux en particulier. Et surtout un qui s’appelle oseltamivir, mais qui est réservé aux formes graves. Normalement, ce virus reste au niveau de la sphère ORL. Mais chez les patients fragiles, qui ont une pathologie sous-jacente, des antécédents particuliers, il va se développer ailleurs dans l’organisme. Et c’est à ce moment-là qu’on va pouvoir donner des antiviraux qui vont l’atteindre à ce niveau-là.

Les autres traitements sont symptomatiques [traitements qui agissent uniquement sur les symptômes – N.D.L.R.] ?

Absolument. Pour le « commun des mortels », c’est un traitement symptomatique. Donc il s’agit essentiellement de médicaments contre la fièvre et on conseille aussi de se reposer.

Combien de temps est-on contagieux ?

C’est une grande question qui est à l’origine d’une étude que nous menons au CHPG. C’est lié au portage du virus dans la sphère ORL. Nous sommes en train de l’étudier. Mais c’est quelques jours, probablement entre 5 et 8, plutôt 8 d’ailleurs. Et on peut être contagieux un peu avant d’avoir des symptômes.

Comment éviter d’attraper la grippe ?

Deux grandes catégories de prévention. Tout d’abord, la vaccination pour tous les gens à risque de grippe grave et pour le personnel médical et paramédical. La vaccination n’est pas encore une obligation pour le personnel soignant. Une réflexion est menée en France sur le caractère obligatoire que pourrait prendre cette vaccination. À Monaco, c’est aussi encore une incitation même si à l’hôpital, on essaie de faire du buzz sur cette vaccination pour inciter le plus de professionnels de santé possible.

Et pour les personnes qui ne sont pas vaccinées ?

L’hygiène des mains est très importante, que ce soit avec de l’eau et du savon, ou avec un produit hydro-alcoolique. Il faut se couvrir la bouche quand on tousse, éternuer dans le pli de son coude pour ne pas recontaminer ses mains, utiliser des mouchoirs jetables… Ce sont des règles d’hygiène de base, efficaces dans la communauté.

Existe-t-il différents types de grippe ?

Oui. Cette année, on a deux virus qui circulent, comme il y a deux ans. L’année dernière, on a eu essentiellement du virus A, alors que deux ans auparavant, on avait eu un virus A et un virus B. Comme il y a deux ans, du virus B avait circulé de façon plutôt importante. Cela a eu une incidence sur la composition du vaccin. Donc, depuis deux ans maintenant, l’année dernière et cette année, on a rajouté une souche vaccinale de virus B. C’est-à-dire qu’avant, on avait trois souches dans le vaccin : deux souches A et une souche B. Désormais, depuis 2019, on a deux souches A et deux souches B. Et cette année, sur les premiers indicateurs, on a du virus A et du virus B qui circulent. En France, en ville, on a à peu près 50-50 de A et de B. À l’hôpital, on a plutôt deux tiers de A et un tiers de B.

« La vaccination est importante pour les femmes enceintes. La grippe peut être une maladie extrêmement grave chez elles »

Comment le vaccin contre la grippe est-il élaboré ?

Ce n’est jamais le même vaccin d’une année sur l’autre. Car, d’une année sur l’autre, ce ne sont pas les mêmes virus qui circulent. Le virus de la grippe a comme particularité de muter sur le plan génétique. Ce sont en général de petites mutations. De temps en temps, ça peut être de très grosses mutations, et, dans ce cas, c’est assez grave, car ça occasionne des pandémies, c’est-à-dire des grippes qui touchent tout le monde. Mais tous les ans, le virus est un petit peu différent. Ce qui fait que, dans la population générale, il y a quand même une espèce d’immunité de groupe, donc les épidémies sont finalement un peu contenues.

Et sur quelles données se base-t-on ?

Sur la base de cette mutation du virus, cette espèce de « transformabilité » du virus, on doit adapter le vaccin pour que la réponse immunitaire fabriquée soit adaptée au virus qui va circuler. Tous les ans, le vaccin change un peu. Ce qui a circulé l’année précédente est étudié, ce qui circule dans d’autres régions du globe aussi car comme on n’a pas les mêmes saisons, le virus circule différemment. Des experts virologues, épidémiologistes, des scientifiques étudient ces variations et adaptent leurs recommandations, puisque le vaccin doit être mis en fabrication beaucoup plus tôt que l’épidémie. Il doit être disponible à partir de septembre ou octobre.

Le vaccin contre la grippe est-il efficace à 100 % ?

Non. C’est un vaccin qui n’est pas efficace à 100 %. Tout d’abord, parce qu’il y a cette incertitude sur la ou les souches qui vont circuler. Certaines personnes vont aussi être moins réceptives, et elles vont fabriquer moins d’anticorps. De plus, il est difficile de susciter une réaction immunitaire à partir d’un virus qui, finalement, s’accroche sur les muqueuses, et qui donne une réaction immunitaire un peu plus faible. Néanmoins, sur les populations à risque, des études montrent, notamment chez les personnes âgées, que le vaccin réduit de façon extrêmement importante les hospitalisations, les formes graves et les décès.

À qui s’adresse ce vaccin ?

Pour le vaccin, il existe des recommandations spécifiques. La vaccination est importante pour les femmes enceintes car la grippe peut être une maladie extrêmement grave pendant une grossesse. Il existe des cas de patientes enceintes qui partent en réanimation, avec des conséquences potentielles pour elles et pour le bébé à venir, même si on n’a pas eu à déplorer de décès. La femme enceinte, quel que soit le stade de la grossesse, est donc une vraie candidate à la vaccination.

Qui d’autres ?

Il y a aussi les patients au-dessus de 65 ans, et les patients porteurs de maladies chroniques, de bronchite chronique, de maladies cardiaques, les patients diabétiques, les patients porteurs du VIH… Il y a donc toute une liste de patients porteurs de maladies immunitaires… Les indications sont larges et détaillées dans les recommandations du Haut Conseil de santé publique.

Les enfants peuvent-ils être vaccinés ?

La vaccination n’est pas obligatoire chez l’enfant, sauf pour ceux qui seraient porteurs d’une malformation cardiaque ou d’une maladie particulière. Dans les collectivités d’enfants, la grippe peut se développer. Le meilleur conseil que l’on peut donner aux parents, c’est d’encourager leurs enfants à bien se laver les mains.

Existe-t-il des contre-indications à ce vaccin ?

Il y en a très peu. Il y a la vraie allergie à l’œuf, parce que le vaccin est fabriqué sur de l’œuf, l’ovalbumine, la principale protéine du blanc d’œuf, donc il s’agit d’une contre-indication.

Combien coûte ce vaccin et est-il remboursé ?

Il est remboursé pour tous les gens qui ont une indication à le faire, c’est-à-dire les patients porteurs d’une maladie chronique, d’un cancer, les plus de 65 ans… Normalement, la caisse de compensation ou la CPAM en France envoient à ces patients un bon de prise en charge avec lequel ils peuvent se rendre à la pharmacie, demander leur vaccin et le récupérer gratuitement. Pour les autres, le vaccin est payant. Il coûte aux alentours de 10 euros.

Les pharmaciens peuvent-ils vacciner contre la grippe ?

Oui, c’est le cas en France. Mais ce n’est pas encore le cas à Monaco.

Si vous aviez un message à faire passer, ce serait lequel ?

À une femme enceinte, je lui dirais de se faire vacciner. Il faut inciter les gens qui ont des facteurs de risque de grippe grave à se faire vacciner, car ça reste une mesure efficace. Même si le vaccin est beaucoup critiqué, il a un vrai impact positif, en étant, en plus, inoffensif.

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