jeudi 15 avril 2021
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Dépistage généralisé de l’obésité “Je suis sceptique”

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Enfant obèse
« L'obésité n'est pas la conséquence d'une mauvaise hygiène de vie qu'il suffirait de corriger pour définitivement guérir. » Patrick Tounian. Pédiatre à l'hôpital Armand Trousseau de Paris. © Photo D.R.

Le gouvernement français vient d’annoncer la mise en place, d’ici 2012, d’un dépistage généralisé de l’obésité chez les enfants. Les experts sont partagés. Explications avec le professeur Patrick Tounian, pédiatre à l’hôpital Armand Trousseau de Paris et spécialiste du sujet (1).

­­Monaco Hebdo : Ce dépistage généralisé, c’est une bonne idée ?
Patrick Tounian : Faut-il encore savoir en quoi consistera ce dépistage. Et surtout à qui il s’adressera. S’il s’agit de le proposer aux parents qui en font la demande, ça peut être un bon outil d’information. Si l’objectif c’est un dépistage de masse, on risque avant tout d’imposer des mesures de restrictions caloriques à des enfants et des familles qui n’ont rien demandé. Du coup, je suis beaucoup plus sceptique.

M.H. : Quel est le problème ?

P.T. : Soyons clair : l’obésité est une maladie constitutive et permanente. Un enfant obèse pourra réduire son poids par des régimes. Mais c’est comme un élastique : dès qu’il arrêtera, les kilos reviendront. L’obésité n’est pas la conséquence d’une mauvaise hygiène de vie qu’il suffirait de corriger pour définitivement guérir. La méconnaissance de cette réalité scientifique pourrait conduire à des comportements inadaptés de la part du corps médical en cas de dépistage généralisé.

M.H. : Mais en éduquant les plus jeunes, on pourra mieux gérer son poids une fois adulte ?

P.T. : La question est légitime. On se l’est d’ailleurs posée au sein de notre équipe. On a fait une étude sur des enfants obèses suivis jusqu’à l’âge adulte. Résultat : ni la précocité de la prise en charge, ni le suivi des restrictions n’influent sur le devenir pondéral. De plus, laisser un enfant obèse grossir n’entraîne pas de conséquences médicales graves. Il peut souffrir d’un peu d’asthme, voire de problèmes au niveau des hanches dans des cas exceptionnels. Donc, il n’est pas dramatique de laisser un enfant en surcharge pondérale pendant quelques années et attendre que sa motivation soit suffisante pour débuter des régimes.

M.H. : Donc vous pensez qu’il vaut mieux ne rien faire ?

P.T. : Pas du tout ! Mais il est préférable de mieux informer plutôt que de risquer une dramatique spirale de l’échec en imposant des régimes à des familles qui ne sont pas prêtes à les assumer.

M.H. : Le dépistage génétique de l’obésité infantile, c’est pour bientôt ?
P.T. : La composante génétique de l’obésité existe. D’ailleurs, des études le démontrent clairement. Certaines zones du chromosome présentent des particularités chez certaines populations d’enfants obèses étudiés. Mais on est encore incapable de spécifier quels gènes sont impliqués et avec quel rôle exact. On est donc loin d’un dépistage sur des tests génétiques. Mais c’est indiscutablement l’avenir espéré pour une prévention efficace.    l

(1) Obésité infantile : on fait fausse route ?, de Patrick Tounian et Safia Amor, Editions Bayard, 15 euros.

Votre santé, en bref

Alzheimer : beaucoup d’attente, peu de résultats ?

C’est la conclusion plutôt cinglante des experts américains du National Institute of Health (NIH) chargés d’évaluer les outils de prévention de la maladie. Après examens des différents essais cliniques sur le sujet, les sages estiment qu’aucun médicament, supplément alimentaire ou même intervention sur les modes de vie n’a à ce jour démontré son efficacité pour prévenir l’apparition de la maladie ou pour contrer son efficacité. Les experts plaident néanmoins pour un renforcement des recherches et travaux sur ce sujet sensible. Notamment autour de la stimulation des facultés intellectuelles.

Traitement suspect pour femmes enceintes

La revue médicale Prescrire vient s’inquiète à propos de l’Isofébril Vitamine C, un traitement proposé en automédication aux femmes enceintes pour lutter contre les états fébriles. Selon cette revue, ce traitement se composerait essentiellement de paracétamol et d’aspirine. Or tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont contre-indiqués, au minimum à partir du 6ème mois de grossesse. Il est donc conseillé de consulter son médecin avant de s’engager dans une automédication pendant sa grossesse.

La testostérone fait-elle dormir ?

La fameuse hormone qui aide aux biscottos favoriserait également le sommeil des hommes. C’est la conclusion d’une étude de chercheurs canadiens qui ont comparé la qualité de sommeil d’hommes de 23 et 53 ans. Le sommeil profond, c’est-à-dire celui qui aide le plus à la récupération physique, est 20 % moins important chez les hommes de 53 ans. Donc, chez ceux qui possèdent des taux de testostérone les plus faibles…

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