lundi 17 janvier 2022
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Lutte contre le Covid-19 :
La vaccination des enfants fait débat

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Autorisée par l’Union européenne depuis le 25 novembre 2021, la vaccination des enfants âgés de 5 à 11 ans est loin de faire l’unanimité sur le Vieux Continent. Si certains pays l’ont adoptée sans restriction, d’autres, comme la France ou Monaco, préfèrent, pour le moment, jouer la carte de la prudence.

Faut-il vacciner les enfants de moins de 12 ans pour enrayer la propagation du Covid-19 ? Alors que la cinquième vague de l’épidémie continue de déferler sur le Vieux Continent, cette question agite et divise aussi bien l’opinion publique que la communauté scientifique. Si certains se déclarent favorables à une extension de la vaccination considérant que les enfants sont aujourd’hui devenus de puissants vecteurs de transmission du virus, d’autres se montrent plus prudents estimant que l’urgence demeure de vacciner les adultes tout en pointant que le vaccin n’empêche pas la circulation du virus et que les formes graves restent extrêmement rares chez les enfants. Pour trancher ce sujet sensible, les regards se sont donc naturellement tournés vers les autorités sanitaires compétentes. Mais, là aussi, quelques dissonances sont apparues, semant un peu plus encore la confusion.

« La recommandation du comité national monégasque de la vaccination est la même qu’en France, à savoir d’ouvrir la vaccination aux enfants fragiles âgés de 5 à 11 ans, sur prescription médicale »

Didier Gamerdinger. Conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé

Les États-Unis, premier de cordée

La première à avoir officiellement émis un avis sur la vaccination des enfants a été l’agence américaine des médicaments. Et pour cause, au pays de l’Oncle Sam, plus de 1,9 million de cas de Covid-19 ont été recensés chez les enfants âgés de 5 à 11 ans depuis le début de la pandémie. Plus de 8 300 ont dû être hospitalisés, et une centaine sont décédés de la maladie. L’augmentation fulgurante de l’incidence chez les enfants a donc contraint les autorités américaines à se pencher sur la question d’un élargissement de la vaccination pour tenter d’enrayer cette dynamique. C’est ainsi que le 29 octobre 2021, la Food and Drug Administration (FDA) a officiellement validé l’ouverture de la vaccination aux 5-11 ans avec le sérum de Pfizer-BioNTech, après avoir minutieusement examiné un ensemble de données transmises par le laboratoire d’une part, et les services sanitaires d’autre part. Rassurée quant aux potentiels effets secondaires du vaccin pour cette population, l’agence fédérale américaine a aussi été convaincue par les résultats de l’essai clinique mené par Pfizer sur environ 2 250 enfants, qui démontre une efficacité de 90,7 % contre les formes symptomatiques de la maladie. La commissaire par intérim de la FDA, Janet Woodcock, s’est félicitée de cette autorisation dans un communiqué , considérant que « vacciner les jeunes enfants contre le Covid-19 est une étape supplémentaire vers un retour à la normale ».

« Avant de prendre une décision définitive pour les autres enfants, il faudra consulter à nouveau le comité de vaccination. Il est probable que le comité se réunisse début janvier 2022. On posera alors la question s’il est opportun de vacciner, ou non, tous les enfants de 5 à 11 ans, et sous quelles modalités. Pour l’instant, ce n’est pas encore fixé »

Alexandre Bordero. Directeur de l’action sanitaire

L’Europe donne son feu vert

Un mois après le régulateur américain, c’est au tour de l’agence européenne des médicaments (European Medicines Agency – EMA) de donner son feu vert à la vaccination des enfants. Dans un avis publié le 25 novembre 2021, cette institution censée garantir l’évaluation scientifique, le contrôle et le suivi de la sécurité des médicaments à usage humain et vétérinaire dans l’Union européenne (UE) approuve l’immunisation contre le Covid-19 des enfants de moins de 12 ans. Après avoir évalué l’effet du vaccin Pfizer sur cette tranche d’âge, l’EMA estime que « les bénéfices l’emportent sur les risques, en particulier chez ceux qui présentent des pathologies augmentant le risque de covid-19 grave ». Elle souligne également dans son avis que les effets secondaires observés sont les mêmes que chez les adolescents, à savoir une douleur au point d’injection, une fatigue, des maux de tête ou encore des douleurs musculaires. Des effets généralement faibles ou modérés qui disparaissent au bout de quelques jours. Autre précision apportée par l’agence européenne, une dose de 10 microgrammes suffit chez l’enfant pour obtenir une efficacité d’environ 90 %. C’est trois fois moins que chez l’adulte pour lequel une dose de 30 microgrammes est administrée. Tous ces éléments ont donc amené l’EMA et la commission européenne à se prononcer en faveur de la vaccination des enfants considérant que « le vaccin Pfizer-BioNTech est sûr et efficace pour les jeunes enfants, et peut leur offrir une protection supplémentaire » selon les termes de la commissaire à la santé de l’Union européenne, Stella Kyriakides.

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La HAS approuve l’ouverture de la vaccination, sans obligation, à tous les 5-11 ans. Quelques jours plus tôt, vendredi 17 décembre 2021, le comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’était également prononcé en faveur d’une généralisation insistant toutefois sur le caractère facultatif de cette vaccination, et donc sur le libre choix des parents

La France avance prudemment

Depuis son autorisation, plusieurs pays européens ont lancé des campagnes de vaccination à destination des enfants de moins de 12 ans. C’est le cas notamment du Danemark et de l’Autriche, mais aussi de la Grèce, de l’Espagne, de la Hongrie, ou encore de la ville de Berlin, qui ont franchi le pas le 15 décembre 2021. À l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, mardi 21 décembre, l’Italie, la Pologne, les pays baltes, la Slovaquie, la République tchèque, le Portugal et la Suisse devaient également franchir le pas. En France, les autorités ont décidé dans un premier temps de ne recommander la vaccination qu’aux enfants à risque. Cette décision fait suite à un avis rendu le 30 novembre par la Haute Autorité de Santé (HAS) qui, après analyse d’un certain nombre de données épidémiologiques (nombre de cas, sévérité, facteurs de risque…) et de données sur l’efficacité du vaccin chez les enfants de moins de 12 ans, a préconisé la vaccination aux enfants « qui présentent un risque de faire une forme grave de la maladie et de décéder », ainsi qu’à « ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées ou vulnérables non protégées par la vaccination ». Prudente, l’autorité publique française indiquait être en attente de données supplémentaires et d’« auditions des parties prenantes » avant de se prononcer en faveur, ou non, d’un élargissement de la vaccination à l’ensemble des enfants âgés de 5 à 11 ans. « Ces auditions viseront à éclairer le rapport bénéfice/risque individuel de la vaccination des enfants pour lesquels le risque de survenue de forme sévère ou de décès est faible au regard du risque possible de survenue d’effets indésirables rares », précisait alors la HAS dans un communiqué. Un nouvel avis a finalement été rendu public lundi 20 décembre 2021. Et, sans surprise, l’autorité sanitaire approuve l’ouverture de la vaccination, sans obligation, à tous les 5-11 ans [lire notre encadré, par ailleurs — NDLR]. Quelques jours plus tôt, vendredi 17 décembre 2021, le comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’était également prononcé en faveur d’une généralisation insistant toutefois sur le caractère facultatif de cette vaccination, et donc sur le libre choix des parents. L’instance excluait également l’obligation d’un passe sanitaire pour cette tranche d’âge.

La principauté a d’ores et déjà reçu 100 doses de vaccins pédiatriques, qui seront administrées dès la semaine prochaine. Cette vaccination, qui devrait concerner une « trentaine d’enfants » à Monaco, se fera non pas à l’auditorium Rainier III, mais au centre hospitalier princesse Grace

Monaco temporise

Et Monaco dans tout ça ? Bien que les cas de contamination se multiplient ces dernières semaines dans cette frange de la population, en attestent les derniers chiffres communiqués par l’éducation nationale (1) sur le nombre de cas enregistré au sein des établissements scolaires de la principauté, l’exécutif a pris son temps sur ce sujet sensible, avant finalement de se rallier à la position française le 20 décembre 2021. C’est-à-dire d’abord recommander la vaccination aux enfants les plus vulnérables. « La recommandation du comité national monégasque de la vaccination est la même qu’en France, à savoir d’ouvrir la vaccination aux enfants fragiles âgés de 5 à 11 ans, sur prescription médicale, a expliqué en conférence de presse, le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé Didier Gamerdinger. Il s’agit soit d’enfants présentant des pathologies particulières, soit qui évoluent dans un foyer où il peut y avoir une pathologie particulière. On considère alors qu’il est préférable de vacciner l’enfant pour protéger l’entourage ». La principauté a d’ores et déjà reçu 100 doses de vaccins pédiatriques, qui seront administrées dès la semaine prochaine. Cette vaccination, qui devrait concerner une « trentaine d’enfants » à Monaco, se fera non pas à l’auditorium Rainier III, mais au centre hospitalier princesse Grace (CHPG), et plus précisément au centre de dépistage anonyme et gratuit, pour plus de sécurité. Pour les autres enfants, non fragiles, il faudra patienter un peu avant de pouvoir bénéficier du vaccin, car les autorités monégasques n’ont pas encore tranché sur cette question : « Avant de prendre une décision définitive pour les autres enfants, il faudra consulter à nouveau le comité de vaccination. Il est probable que le comité se réunisse début janvier 2022. On posera alors la question s’il est opportun de vacciner, ou non, tous les enfants de 5 à 11 ans, et sous quelles modalités. Pour l’instant, ce n’est pas encore fixé », a indiqué le directeur de l’action sanitaire, Alexandre Bordero.

La HAS approuve l’ouverture de la vaccination à tous les 5-11 ans

Son avis était très attendu. Après avoir, dans un premier temps, recommandé la vaccination aux enfants de moins de 12 ans à risque, la Haute autorité de santé (HAS) devait se prononcer sur une généralisation à tous les 5-11 ans. Dans l’attente de données supplémentaires et d’« auditions des parties prenantes » comme elle l’avait indiqué dans un communiqué en date du 30 novembre 2021, l’autorité publique française a finalement rendu un avis lundi 20 décembre 2021, dans lequel elle approuve l’ouverture de la vaccination à l’ensemble des enfants âgés de 5 à 11 ans avec la formulation pédiatrique du vaccin Comirnaty, du laboratoire Pfizer. « Les formes sévères de Covid-19 affectent rarement les enfants mais, lorsque c’est le cas, près de 80 % d’entre elles sont retrouvées chez des enfants sans comorbidités. Par ailleurs, dans le contexte de l’arrivée du variant Omicron, plus contagieux que le variant Delta, on peut donc s’attendre à une augmentation des cas de formes sévères chez les enfants », justifie la HAS dans un communiqué. Avant de préciser : « Dans sa formulation pédiatrique adaptée, le vaccin présente une très bonne efficacité contre les variants majoritaires circulant actuellement et sa capacité à prévenir les formes sévères est excellente. Ainsi, bien que moins important que chez les adultes, le rapport bénéfices/risques de la vaccination des enfants en bonne santé sur le plan individuel (établi par l’EMA et la FDA et confirmé par les données en vie réelle, portant sur plus de 10 millions d’enfants vaccinés) est-il favorable, en particulier dans le contexte actuel d’augmentation de l’incidence de la maladie en France ». La HAS émet toutefois quelques réserves. À savoir que cette vaccination ne doit pas être obligatoire, ni conditionner l’obtention d’un passe sanitaire. Sur ces deux points, l’autorité sanitaire rejoint le comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui avait rendu un avis identique vendredi 17 décembre 2021. La Haute autorité de santé préconise également de vacciner en priorité les enfants de moins de 12 ans scolarisés au collège afin, dit-elle, de « compléter rapidement la campagne de vaccination des enfants âgés de 12 ans et plus ». L’autorité sanitaire française milite enfin pour que la vaccination soit le fruit d’un consentement éclairé des familles évoquant « une décision médicale partagée » : « Au vu du faible niveau d’acceptabilité des parents pour cette tranche d’âge, il est particulièrement important que les informations nécessaires puissent leur être apportées et qu’ils aient la possibilité d’obtenir des réponses adaptées à leurs questions. La vaccination doit être présentée non comme une obligation mais comme une possibilité qui leur est offerte pour leurs enfants », insiste la HAS, qui se réserve le droit de revenir sur ces recommandations, compte tenu du « contexte encore imprévisible où la circulation du variant Omicron est source de nombreuses incertitudes quant au maintien de l’efficacité des vaccins à ARNm », peut-on lire dans le communiqué.

1) Invitée par Monaco Info à dresser le bilan du premier trimestre à l’école, vendredi 17 décembre 2021, la commissaire générale chargée de la direction de l’éducation nationale, Isabelle Bonnal, a révélé que « 4,4 % des élèves des établissements publics et privés sous contrat ont été testés positifs à la Covid-19 » au cours du premier trimestre 2021. Ces contaminations ont donné lieu à des dizaines de fermetures de classes, essentiellement dans l’enseignement primaire, a-t-elle par ailleurs précisé.

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Monaco Hebdo