dimanche 28 novembre 2021
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Le CHPG s’équipe de robots chirurgicaux dernier cri

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Une chirurgie plus précise, plus sûre et moins invasive. Telle est la promesse des deux robots Da Vinci dernière génération, dont a fait l’acquisition le centre hospitalier princesse Grace.

Le centre hospitalier princesse Grace (CHPG) ne s’en est jamais caché, il souhaite devenir une référence en proposant des prises en charge de qualité avec des équipements à la pointe de la technologie. Et dans cette quête d’excellence, l’établissement dirigé par Benoîte de Sevelinges a franchi une nouvelle étape en se dotant, en début d’année, de deux robots chirurgicaux dernière génération. Baptisés Da Vinci X, ces derniers apportent un réel bénéfice pour le patient mais aussi pour le praticien qui opère dans des conditions plus confortables par rapport à une chirurgie traditionnelle.

Robot chirurgien

Imaginez une sorte d’araignée géante opérer un malade grâce à ses pattes robotisées équipées d’une mini-caméra haute définition et d’instruments de chirurgie. Le tout commandé par un chirurgien installé devant un écran à quelques mètres de là. L’image semble tout droit sortie d’un film de science-fiction et pourtant il s’agit bien de la réalité. Aujourd’hui, la robotique s’invite partout, y compris dans les blocs opératoires. Et le CHPG n’échappe pas à la tendance puisque les chirurgiens monégasques disposent depuis quelques mois de deux nouveaux robots chirurgicaux dernière génération. Ils sont composés de trois éléments : une console de commande, une colonne vidéo et donc des bras articulés qui vont « opérer » le patient. « Mais le chirurgien reste maître, insiste le docteur Maurice Chazal, chef du service chirurgie générale et viscérale au CHPG. On n’est pas encore dans le robot avec l’intelligence artificielle qui va opérer à la place du chirurgien. Peut-être qu’un jour cela viendra. Mais, pour le moment, c’est le chirurgien qui opère avec le robot ». En effet, installé derrière une console à proximité du patient, le praticien commande à distance les bras du robot qui reproduisent ses gestes à l’identique en éliminant tout tremblement parasite. Il peut ainsi commander les instruments, déplacer la caméra, déclencher la coagulation… Les instruments articulés lui permettent par ailleurs d’accéder plus facilement à certaines zones peu accessibles et améliorent grandement la précision de son geste.

« On n’est pas encore dans le robot avec l’intelligence artificielle qui va opérer à la place du chirurgien. Peut-être qu’un jour cela viendra. Mais, pour le moment, c’est le chirurgien qui opère avec le robot »

Docteur Maurice Chazal. Chef du service Chirurgie générale et viscérale au CHPG

Haute précision

Car c’est bien là tout l’intérêt de ces bijoux de technologie. Grâce à ces robots, les praticiens sont nettement plus précis par rapport à une chirurgie traditionnelle. « La console transmet les mouvements du chirurgien à des outils très perfectionnés, très fins et avec une vision très précise. Ainsi, le chirurgien peut faire des gestes extrêmement fins, au millimètre », confirme le docteur Chazal. Cette précision est également renforcée par une vision en trois dimensions, qui permet au chirurgien de visualiser l’anatomie du malade avec un fort grossissement sans avoir à ouvrir le ventre. Il peut même s’interrompre quelques instants durant l’intervention pour réfléchir et demander des conseils à ses collaborateurs afin d’adopter la meilleure stratégie chirurgicale. Les robots chirurgicaux offrent donc de nombreux avantages aux praticiens du CHPG : « Le robot que nous avions jusqu’à présent était difficile d’utilisation pour les chirurgiens digestifs. À chaque fois que l’on voulait changer de partie de l’abdomen, il fallait débrancher le robot, le déplacer et le rebrancher. Ce n’était donc pas très fluide, c’était long et dangereux. Ce nouveau robot permet de tout faire sans déplacer le robot. Il est donc désormais possible de faire de la chirurgie digestive », se félicite le chef de service loin d’être le seul convaincu au sein de l’établissement monégasque. « Les chirurgiens sont très demandeurs parce que tout le monde a bien compris quelle est l’avancée technologique et quelles sont les possibilités que nous avons. Nous allons pouvoir faire des gestes chirurgicaux que nous faisions avec difficulté auparavant, avec plus de facilité et plus de fiabilité. C’est vraiment l’avenir. »

« Nous allons pouvoir faire des gestes chirurgicaux que nous faisions avec difficulté auparavant, avec plus de facilité et plus de fiabilité. C’est vraiment l’avenir »

Docteur Maurice Chazal. Chef du service Chirurgie générale et viscérale au CHPG

Une meilleure récupération pour les patients

Si les chirurgiens du CHPG se frottent les mains à l’idée d’utiliser cette technologie, les patients peuvent aussi se réjouir. En effet, fini les grandes incisions au niveau de l’abdomen, désormais seules quelques petites ouvertures suffisent pour introduire les micro-instruments. Ainsi, la chirurgie est moins invasive et les risques d’infections diminuent. Et ce n’est pas tout : « Comme nous sommes plus précis, nous sommes meilleurs dans la qualité de l’exérèse [ablation – NDLR] des ganglions et des tissus, par exemple pour soigner un cancer. Et comme nous sommes plus précis, nous sommes aussi meilleurs dans la reconstruction, dans la dissection donc dans les risques de complications post-opératoires », explique le docteur Chazal. Et qui dit moins de complications, dit retour à la vie normale plus rapide : « Des équipes ont publié des résultats qui sont meilleurs en termes de cancérologie, de nombre de ganglions dans les curages [retrait chirurgical des ganglions – NDLR] ce qui est important pour la survie du malade. Mais aussi en termes de suites opératoires et de complications avec une diminution des complications et des durées d’hospitalisation. Le bénéfice global est donc important pour le patient ». Cette chirurgie robotique ou robot-assistée ne constitue pas une première en soi puisque cette technologie est déjà éprouvée depuis le début des années 2000 dans certains hôpitaux, notamment pour l’activité urologique. Mais cette dernière génération de Da Vinci offre de nouvelles perspectives car ils peuvent désormais être utilisés en chirurgie digestive donc, mais aussi dans d’autres spécialités comme l’ORL ou la gynécologie comme l’explique Maurice Chazal : « Jusqu’à présent, comme le robot dont nous disposions se déplaçait peu dans les mouvements, il était surtout utilisé par les urologues qui travaillent, eux, dans un coin de l’abdomen qui ne bouge pas, notamment le pelvis pour la prostate. En chirurgie digestive, nous avons besoin de nous déplacer dans l’abdomen, donc nous avions besoin de ce nouveau robot pour pouvoir le faire. Désormais toute la sphère digestive est concernée par cette chirurgie. Et nous commençons aussi à l’utiliser en gynécologie ».

© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

« La chirurgie de demain, c’est celle-là. C’est incontestable. Quels que soient les freins dus aux coûts, à la formation… on n’empêchera pas le progrès »

Docteur Maurice Chazal. Chef du service Chirurgie générale et viscérale au CHPG

Plusieurs mois de formation

Le champ d’application de la chirurgie robotique est donc large et il devrait encore se développer dans les prochaines années (lire par ailleurs l’interview du docteur Chazal). Car si ces robots sont aujourd’hui majoritairement, pour ne pas dire exclusivement, utilisés en thérapeutique (ablation de tumeurs, sutures…), dans le traitement du cancer par exemple, ils pourraient bien à l’avenir servir aussi au diagnostic. « Ils sont en train de développer des fibres qui vont pouvoir se diriger toutes seules dans les vaisseaux pour aller diagnostiquer, annonce le docteur Chazal. Mais pour le diagnostic, nous disposons déjà de beaucoup d’examens (PET-scan, IRM, scanner…) qui ne cessent de progresser. Nous avons plus besoin d’imageries que d’actions physiques comme un robot ». En attendant de voir débarquer ces évolutions, les praticiens du CHPG vont d’abord devoir se faire la main sur leurs nouveaux robots car plusieurs mois de formation sont nécessaires pour pouvoir les maîtriser complètement. « La formation est longue et difficile, reconnaît Maurice Chazal. Avant de commencer à opérer des patients, nous nous exerçons sur des simulateurs comme les pilotes d’avion, avec des étapes à franchir. Ensuite, nous nous déplaçons chez des opérateurs qui ont déjà de l’expérience pour apprendre. Enfin, pour les premières procédures, des opérateurs se déplacent chez nous pour nous accompagner ». D’après le chirurgien, cette formation longue et fastidieuse peut d’ailleurs représenter un frein au développement de ces techniques : « Il faut avoir la motivation. Il faut des chirurgiens qui ont envie de faire avancer les choses mais c’est notre état d’esprit ici à Monaco ».

© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

« Avec une telle technique, on ne peut pas se contenter d’un engin fiable à 99 %. Il faut qu’il soit fiable  à 100 %. Et c’est le cas »

Docteur Maurice Chazal. Chef du service Chirurgie générale et viscérale au CHPG

« Fiable à 100 % »

L’autre difficulté est financière. Un robot de ce type coûte en effet entre 1,5 et 2 millions d’euros auxquels s’ajoutent une maintenance annuelle estimée à plus de 100 000 euros selon le Comité d’évaluation des technologies de santé de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Un investissement certes conséquent mais indispensable pour le docteur Chazal, qui y voit un bon moyen de préparer l’avenir avec en ligne de mire l’arrivée du nouvel hôpital : « C’est l’avenir. La chirurgie de demain, c’est celle-là. C’est incontestable. Quels que soient les freins dus aux coûts, à la formation… on n’empêchera pas le progrès ». L’investissement en vaut donc la chandelle selon le chef de service du CHPG. Et ce, d’autant plus que les robots Da Vinci ont fait leur preuve depuis leur arrivée dans les années 2000. « Il y a très très peu de soucis. C’est vraiment un outil extraordinaire. […] Des tas de barrières technologiques et informatiques sont mises en place pour que toutes les éventualités soient prévues. Avec une telle technique, on ne peut pas se contenter d’un engin fiable à 99 %. Il faut qu’il soit fiable à 100 %. Et c’est le cas », assure le docteur Chazal. Et si jamais un problème venait à arriver, pas de panique, tout est prévu : « On peut enlever le robot et reprendre la main à tout moment. Et nous avons bien entendu une maintenance. Nous sommes reliés en permanence à une centrale et un ingénieur vient très souvent sur place. Il y a donc un suivi extrêmement important ». À ce jour, environ 6 000 modèles de robots Da Vinci X sont utilisés dans le monde.

© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

« Le robot n’opérera jamais seul »

Quatre questions au docteur Maurice Chazal, chef du service Chirurgie viscérale au CHPG

Peut-on imaginer des opérations à distance avec ce type de robots ?

Oui, cela a déjà été fait. La console est séparée du bras du robot. Donc ça communique par des câbles. Il y a eu des expériences. Si on change les câbles par des connexions Internet, on peut imaginer opérer à distance. La première question, c’est de savoir à quoi cela va vraiment servir. Et surtout, il peut y avoir des problèmes de connexion. Si vous avez une coupure Internet au moment où vous êtes en train d’opérer, vous n’avez plus la connexion avec le chirurgien. On peut donc l’imaginer [des opérations à distance – NDLR] mais est-ce qu’un jour on le fera vraiment ? Je ne suis pas sûr.

Et l’intelligence artificielle ?

Ce qui est plus imaginable en revanche, et qui se fera certainement, c’est le couplage de ce robot avec l’intelligence artificielle. On pourra alors rentrer le scanner du patient dans l’ordinateur avec les vaisseaux, avec toute l’anatomie… et le robot sera non seulement guidé par le chirurgien mais aussi par lui-même grâce aux examens qu’il aura reçus. Le futur, c’est le couplage de ce type d’engin avec l’intelligence artificielle. Car aujourd’hui, le chirurgien guide et décide tout. Le robot ne fait que ce que le chirurgien décide. Mais dans le futur, le robot pourra aussi décider.

Peut-on imaginer une chirurgie sans chirurgien ?

Le robot n’opérera jamais seul mais il participera plus activement, oui. Un peu comme nos voitures modernes qui nous aident de plus en plus. Le robot fera pareil. Google développe actuellement un robot avec l’intelligence artificielle. Pour l’instant, c’est secret. Personne ne sait ce qui se passe. Mais on sait qu’ils avancent dans ce sens.

La chirurgie robotique, c’est donc l’avenir ?

C’est l’avenir. C’est la raison pour laquelle quand nous avons eu la possibilité d’acheter ce robot, j’ai alerté l’hôpital sur la nécessité d’investir pour préparer l’avenir avec le futur hôpital. La chirurgie de demain, c’est celle-là. C’est incontestable. Quels que soient les freins dus aux coûts, à la formation… on n’empêchera pas le progrès. Comme on l’a fait avec nos téléphones, ça va être la même chose pour la chirurgie.

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Monaco Hebdo