dimanche 24 janvier 2021
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Centre scientifique de Monaco
“Notre budget n’est pas suffisant”

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professeur Patrick Rampal

Monaco Hebdo : L’origine du centre scientifique de Monaco ?
Patrick Rampal : C’est l’agence de la recherche en Principauté. Ses bases ont été lancées par le Prince Albert 1er. Nous sommes ses héritiers. Mais le centre lui-même a été créé en 1960 par le Prince Rainier. Au départ, il était uniquement consacré à la recherche en biologie marine qui s’est focalisée depuis 10 ans sur la biologie des coraux sous l’impulsion de Denis Allemand. Ce qui a permis d’obtenir une reconnaissance internationale dans ce domaine. Et avec le Prince Albert II, la dimension biologie des coraux est en train d’évoluer pour prendre un nouvel essor : participer à un laboratoire européen associé du centre national de la recherche scientifique (CNRS).

M.H. : C’est donc une nouvelle orientation ?
P.R. : Le centre a une composante principale qui est la biologie marine. Mais on va développer d’autres composantes. D’abord 2 d’entre-elles reliées plus ou moins à la biologie des coraux. Dans un de ces programmes, on s’est associé avec Yvon Le Maho (écophysiologiste, directeur de recherches au CNRS et membre de l’académie des sciences ndlr.) qui fait de la biologie polaire. Car il y a des points communs entre la biologie des coraux et une partie de la biologie polaire. Avec les effets du réchauffement climatique sur les milieux fragiles, comme le corail et la banquise. En parallèle, on a créé une autre composante, animée par Nathalie Hilmi, de l’international university of Monaco (IUM), qui concerne l’impact économique du réchauffement climatique dans le milieu méditerranéen.
A côté de ces deux composantes, il y a un grand sous ensemble qui se structure à la demande du Prince Albert II et qui a donné un formidable essor au centre, c’est la biologie médicale. Ce projet-là est indissociable du grand projet santé de la Principauté. Car il n’y a pas de soin performant et moderne sans l’association de la recherche médicale, de la formation et du soin.

M.H. : Le programme de cet axe biologie médicale ?
P.R. : Il a déjà démarré en 2009 en ce qui concerne la recherche clinique. Le centre a lancé sur l’ensemble des établissements de soins de la Principauté, c’est-à-dire le centre hospitalier Princesse Grace (CHPG), l’institut monégasque de médecine sportive (IM2S) et le centre cardio-thoracique un appel à projets de recherche clinique. On propose à des collègues intéressés par une réflexion sur leur activité et qui ont des programmes d’innovation qu’ils veulent développer, d’accompagner et de financer des programmes de recherche évalués par des experts extérieurs à Monaco.

M.H. : Exemple ?
P.R. : L’année dernière, grâce à un budget de 400 000 euros, on a lancé un projet qui a été présenté à l’ensemble de la communauté médicale. On a reçu 12 programmes de recherche qui ont été soumis à 2 experts français. Quatre de ces programmes ont été rejetés parce qu’ils n’atteignaient pas les standards scientifiques reconnus. Mais huit ont été retenus. Par exemple, il y avait un programme centré sur l’évaluation de différentes méthodologies dans une intervention urologique. Avec pour but final, de déboucher sur une publication scientifique.

M.H. : D’autres types de recherches ?
P.R. : Oui. D’ailleurs, depuis peu, on a relancé le nouveau programme pour l’année 2010. Parallèlement, on développe un domaine de recherche plus fondamental, appelé recherche translationnelle. En fait, c’est une application de la recherche fondamentale à la clinique. Mais elle ne peut pas se faire exclusivement en Principauté. Du coup, elle ne peut se faire qu’en partenariat avec un plateau technique plus important. Notre partenaire, c’est l’université de Nice, avec le pôle faculté de médecine. Un pôle où Gilles Pagès, un Monégasque directeur de recherche à l’institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), viendrait créer sa propre unité de recherche internationale de l’Inserm en Principauté. D’ailleurs, on finalise le programme pour démarrer en 2011. D’autre part, on a demandé l’intégration du centre scientifique dans le pôle de recherche d’enseignement supérieur euro méditerranéen qui a été créé par les universités de Nice, Paris VI, Gênes et Toulon. On va voir quand se fera la signature du projet.

M.H. : Mais vous n’avez pas de problèmes de locaux ?
P.R. : On recherche des locaux pour une période transitoire. Parce que l’idée, c’est que le jour où le nouvel hôpital sera construit, on puisse intégrer un bâtiment du CHPG pour accueillir nos activités en biologie médicale au contact même des équipes cliniques de l’hôpital. Un programme structurel avait été proposé par l’architecte parisien Claude Vasconi. Mais cet architecte qui avait été choisi pour le nouvel hôpital est décédé en décembre dernier. De plus, le projet a aussi été retardé par la crise économique. De toute façon, les 40 salariés qui travaillent au centre et les aquariums vont déménager fin 2011. Et si, pour l’instant, notre centre de biologie marine est abrité au musée océanographique, il va aller quai Antoine 1er. D’ailleurs, des travaux ont été entrepris en surélévation du bâtiment, au dessus du yacht club. A noter que les locaux de recherche seront au dernier étage et l’administration du centre sera au second. Ce qui nous permettra d’être en contact avec l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

M.H. : Quel est le budget du CSM ?
P.R. : L’état le finance à hauteur de 2 millions d’euros par an. Ce qui, compte tenu des ambitions du centre aujourd’hui, n’est pas suffisant pour mettre en oeuvre tous les projets. Du coup, il faudrait que cette somme soit augmentée. D’ailleurs, on est actuellement en pleine négociation.

M.H. : Vous assurez aussi la formation d’étudiants ?
P.R. : Oui. D’ailleurs, je voudrais que la formation que l’on assure en biologie marine ou au CHPG soit reconnue et labellisée. Dans ma spécialité, l’hépato-gastro-entérologie, on a posé notre candidature à l’union européenne des médecins spécialistes pour pouvoir être considérés comme un terrain de stage, habilité à former des spécialistes en gastro-entérologie. En revanche, on ne pourra pas délivrer de diplômes, car on n’est pas réellement affilié à l’université, en dehors de l’association qu’on aura dans le cadre du pôle de recherche. Mais on s’adossera chaque fois à des structures universitaires. D’ailleurs, le partenariat existe déjà entre la section biologie marine du centre et l’université de Strasbourg d’Yvon Le Maho, au niveau d’un laboratoire européen associé (LEA, (1)).

M.H. : Et pour la médecine ?
P.R. : En médecine, on a fait pareil entre la section médicale et l’université de Nice. Les thèses soutenues sont publiées. Et on va les développer en pensant à la création d’une prime à la publication. Car la visibilité d’une structure scientifique dépend du nombre et de la qualité des publications. Bref, il faut inciter les gens à publier : “publish or perish” (2) !

M.H. : Et ça marche vraiment ?
P.R. : Pour l’instant on n’a que de la recherche clinique. Mais on peut passer des partenariats avec des groupes plus fondamentaux. Je sais qu’il y a quelques études qui vont être proposées cette année grâce à un partenariat entre les cliniciens de l’hôpital de Monaco et les groupes de recherche Inserm de Nice ou Marseille.

(1) Un LEA est un laboratoire sans murs
répondant à un mode de coopération scientifique internationale. C’est une structure qui regroupe des laboratoires, des unités d’enseignement, de recherche et de développement décidés à centraliser des ressources humaines et matérielles pour collaborer sur des projets communs.
(2) “Publish or perish” : publier ou périr.

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