mercredi 25 novembre 2020
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Jean-Charles Le Roux : « La suspension de peine de Maurice Agnelet ne change rien »

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Condamné à 20 ans de prison en 2014 par la cour d’assises d’appel d’Ille-et-Vilaine pour l’assassinat d’Agnès Le Roux, l’ex-avocat Maurice Agnelet, 82 ans, a bénéficié le 8 septembre 2020 d’une suspension de peine pour raisons médicales. La réaction de Jean-Charles Le Roux, le frère d’Agnès Le Roux.

Votre réaction suite à cette suspension de peine, pour motif médical, par le tribunal de l’application des peines de Caen ?

Pour nous, ce n’est pas une grande surprise dans la mesure où Maurice Agnelet a réclamé à plusieurs reprises sa libération, notamment en s’appuyant sur la loi Kouchner. Une libération qu’il n’avait jamais obtenue, alors qu’il a continué de contester sa condamnation. Cette fois, il a obtenu une suspension de peine en raison de son état médical.

De quoi souffre Maurice Agnelet ?

Je l’ignore. Je ne connais pas son état de santé. Nous avons juste été informés de cette décision, dont on ne connaît pas le détail. Ce que je sais, c’est que Maurice Agnelet a basé toute sa vie sur le mensonge et la dissimulation, donc je suppose qu’il a pu simuler. Mais c’est une affaire entre la justice et lui. Nous on n’est pas véritablement partie prenante. On est juste informés.

Le 11 avril 2014, Maurice Agnelet a été condamné à 20 ans de prison et il a passé 11 ans et 9 mois en détention : est-ce suffisant à vos yeux ?

Je n’ai pas envie de répondre à cette question. Nous, ce qu’on souhaitait, c’était que sa culpabilité soit reconnue. Malheureusement la meilleure chose que nous pouvions espérer, c’était d’avoir cette vérité judiciaire. Le reste ne dépend plus de nous. L’important, c’était sa condamnation. Peu importe le nombre d’années pendant lesquelles il restait en prison.

Qu’est-ce que vous ressentez aujourd’hui ?

Il n’y a pas de colère, mais plutôt de la résignation. On savait que ça pouvait arriver. C’est arrivé. Mais pour nous, ça ne change pas grand chose. Pour nous, cette affaire s’est arrêtée le 11 avril 2014 avec sa condamnation qui est devenue définitive, malgré tous les recours qu’a pu lancer Maurice Agnelet.

Renée Le Roux (1922-2016) et Jean-Charles Le Roux à Monaco, en avril 2006 © Photo Monaco Hebdo.

« Ma mère, Renée Le Roux (1922-2016), a mené l’essentiel de ce combat, en y mettant toute sa force et sa vitalité pour arriver à ce résultat. Après 37 ans de bagarre, nous sommes satisfaits que cette affaire se soit terminée en 2014. Du coup, la suspension de peine de Maurice Agnelet ne change rien. » Jean-Charles Le Roux. Frère d’Agnès Le Roux.

Cette suspension de peine est assortie d’interdictions pour Maurice Agnelet ?

Maurice Agnelet est interdit de déplacements en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) et à Monaco. Il lui est aussi interdit d’entrer en contact avec les parties civiles. Tout ça est symbolique. Il lui a aussi été demandé de ne pas parler de cette affaire, de ne pas écrire… En marge de la suspension de peine de Maurice Agnelet, la justice a pris un maximum de précautions, ce que nous apprécions. J’ai toujours une sœur qui vit à Monaco, même si moi je n’y suis plus beaucoup. Du coup, tout cela me semble logique.

Qu’attendiez-vous de Maurice Agnelet ?

Le combat que nous avons mené, c’était pour que sa culpabilité soit reconnue. Et nous espérions également que nous pourrions apprendre où se trouve le corps d’Agnès. Mais nous n’aurons jamais la réponse à cette question. Que Maurice Agnelet soit en prison ou pas, ça ne changera rien, il est dans le déni. Et c’est le seul trophée qui lui reste : ne pas nous avoir dit où était le corps d’Agnès. Nous n’avions aucun espoir sur ce sujet. Et comme on ne s’attendait à rien, on était sûr de ne pas être déçus.

C’est le seul mystère qui demeure ?

Pour Maurice Agnelet, c’est une sorte de jeu malheureusement. Lorsque le verdict est tombé à Rennes, en avril 2014, devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, lors de son troisième procès, juste avant qu’il ne soit embarqué par les gendarmes, Maurice Agnelet nous a regardés, mes sœurs et moi. Et il nous a fait un petit signe de la main, du genre « au revoir », comme une ultime provocation qui nous a laissés froid parce que ça ne nous a pas surpris de sa part.

Qu’attendez-vous encore de la justice ?

Cette affaire est définitivement jugée. La justice a mis le temps, puisque cette affaire a duré 37 ans. C’est très long. Mais la justice a fait son travail correctement, et nous en sommes reconnaissants. Ma mère, Renée Le Roux (1922-2016), a mené l’essentiel de ce combat, en y mettant toute sa force et sa vitalité pour arriver à ce résultat. Après 37 ans de bagarre, nous sommes satisfaits que cette affaire se soit terminée en 2014. Du coup, la suspension de peine de Maurice Agnelet ne change rien.

Affaire Le Roux : 37 ans de mystère et de rebondissements

Il aura fallu attendre 29 ans. En 1977, l’héritière du Palais de la Méditerranée, Agnès Le Roux, disparaît, sans que son corps ne soit jamais retrouvé. Et il aura donc fallu patienter jusqu’en 2006 pour qu’un premier procès se déroule devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes, à Nice. Maurice Agnelet est accusé du meurtre de son ex-maîtresse, mais il est alors acquitté. En 2007, la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, le déclare finalement coupable. Agnelet est alors condamné à 20 ans de prison. Après six ans passés derrière les barreaux, Maurice Agnelet est remis en liberté en 2013, suite à une décision de la Cour européenne des droits de l’homme, qui condamne la France pour défaut de motivation de l’arrêt de la cour d’assises. Un troisième procès se déroule à Rennes, du 17 mars au 11 avril 2014. Alors âgé de 75 ans, Maurice Agnelet voit son fils Guillaume, qui lui avait jusqu’alors toujours apporté son soutien, provoquer un incroyable coup de théâtre. Guillaume Agnelet confesse devant la cour qu’il est persuadé que son père a tué Agnès Le Roux. Lors d’une visioconférence, le fils de Maurice Agnelet explique alors : « Ma mère m’a dit : « Je vais te dire qui est ton père ». Ils [Maurice Agnelet et Agnès Le Roux — N.D.L.R.] sont allés faire du camping dans un coin tranquille, près de Monte Cassino [en Italie — N.D.L.R.]. Il aurait, pendant son sommeil, tiré sur Agnès, puis hurlé pour demander du secours », a raconté Guillaume Agnelet, expliquant avoir gardé le silence pendant 37 ans « pour le bien de la famille ».

Pour lire l’interview de Katia Gabriel, avocate de Maurice Agnelet cliquez ici.

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