jeudi 9 décembre 2021
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La prison à l’épreuve du coronavirus

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À Monaco, la maison d’arrêt fait l’objet d’une attention particulière de la part des services judiciaires. Et pour cause, une propagation du coronavirus dans ce lieu clos serait un véritable désastre sanitaire.

Différentes mesures ont donc rapidement été prises pour protéger les détenus et le personnel pénitentiaire.

L e directeur des services judiciaires, Robert Gelli, l’avouait sans détour dans nos colonnes il y a quelques semaines (lire Monaco Hebdo n° 1146) : « La prison [est] une préoccupation majeure ». Il faut dire que la promiscuité et les difficultés du confinement en milieu carcéral mettent en danger surveillants et détenus. Et une épidémie de Covid-19 au sein de ce lieu clos serait le pire des scénarios. Le directeur des services judiciaires et Jean-Yves Gambarini, directeur de la prison monégasque, n’ont donc pas attendu longtemps avant de prendre des mesures pour éviter une crise sanitaire.

« Éviter que le virus n’entre dans la prison »

La première d’entre elles a été la prise de température systématique pour toutes les personnes — surveillants et personnes extérieures — qui entrent dans l’enceinte : « Quand les surveillants arrivent pour leur prise de service, le matin et le soir, ils sont contrôlés par les infirmiers. Et si l’un d’entre eux présente des signes anormaux, il est écarté et renvoyé chez lui », explique l’ancien commissaire de la police judiciaire de la Sûreté publique, Jean-Yves Gambarini. Il en est de même pour les visiteurs extérieurs. L’objectif étant d’« éviter que le virus n’entre dans la prison ». D’ailleurs, pour limiter le risque de contagion, le directeur de la maison d’arrêt, en accord avec le directeur des services judiciaires, a décidé de suspendre le temps de la pandémie toutes les activités faisant intervenir des personnes extérieures comme les visiteurs de prison ou les moniteurs de sport. « Les détenus en période de confinement sont un peu dans la même situation que les gens confinés chez eux. Ils doivent réduire leurs activités comme tout le monde, souligne Jean-Yves Gambarini, ils sont soumis à des restrictions, mais, globalement, pour eux, cela ne change pas grand-chose. Leur vie est moins bouleversée que ne peut l’être celle des gens qui sont à l’extérieur ». Afin de maintenir au maximum les activités et combler l’absence des intervenants extérieurs, la direction de la maison d’arrêt a fait appel au personnel pénitentiaire. Ainsi, les cours de musculation, « très prisés » des personnes incarcérées, sont aujourd’hui dispensés par un infirmier et des surveillants de la prison. L’accès au gymnase est lui toujours autorisé deux fois par jour, et les promenades se font comme d’habitude, par quartier, le matin et l’après-midi.

© Photo Monaco Hebdo.

« Quand les surveillants arrivent pour leur prise de service, ils sont contrôlés par les infirmiers. Et si l’un d’entre eux présente des signes anormaux, il est écarté et renvoyé chez lui » Jean-Yves Gambarini. Directeur de la prison

Maintenir le lien avec les familles

Dans ce contexte de pandémie mondiale, les autorités judiciaires monégasques ont toutefois décidé de maintenir les parloirs : « Les détenus peuvent être visités par leur famille s’ils le désirent. Mais nous avons pris la précaution d’utiliser non pas des parloirs ouverts, mais un parloir avec un hygiaphone de façon à éviter une éventuelle contamination », indique Jean-Yves Gambarini. Malgré cette autorisation, les demandes se font rares car les détenus font preuve de « responsabilité » souligne le directeur de la prison et demandent à leur famille, souvent loin de Monaco, de ne pas se déplacer. Pour compenser cette diminution du nombre de visites et maintenir le lien avec les familles, la direction de la maison d’arrêt accorde désormais 15 minutes de téléphone par jour, « toutes destinations confondues », à tous les détenus au lieu des 10 minutes hebdomadaires habituelles (10 minutes par jour pour les détenus ayant de l’argent). Une décision prise en accord avec le directeur des services judiciaires, Robert Gelli.

Réorganisation

Du côté du personnel, les effectifs ont été réduits au niveau du greffe et du secrétariat en raison d’une activité pénale moins importante en période de confinement. « Une permanence est toutefois assurée de 8 heures à 18 heures », précise Jean-Yves Gambarini. Le nombre de surveillants a aussi légèrement diminué du fait de la fermeture d’un quartier de la prison. Enfin, des équipes fixes ont été formées et les plannings modifiés afin que « ce soit toujours les mêmes qui travaillent ensemble ». L’objectif étant, encore une fois, de limiter les allers et venues au sein de l’établissement et donc éviter tout risque de contagion. En revanche, point de réserve confinée comme à la Sûreté publique : « Nous sommes une petite structure au point de vue personnel. Donc on n’a pas la possibilité d’avoir une réserve confinée comme peuvent le faire des plus gros services », explique le directeur de la maison d’arrêt. Et si les équipes venaient à être touchées par le coronavirus, Jean-Yves Gambarini sait qu’il peut compter sur le renfort de quelques membres du personnel « actuellement en congés ». Voire de « réduire encore un peu les effectifs présents chaque jour si nécessaire ».

© Photo Monaco Hebdo.

« Les détenus peuvent être visités par leur famille s’ils le désirent. Mais nous avons pris la précaution d’utiliser non pas des parloirs ouverts, mais un parloir avec un hygiaphone de façon à éviter une éventuelle contamination » Jean-Yves Gambarini. Directeur de la prison

Protections sanitaires

Pour éviter d’en arriver à cette situation, la prison a équipé tout son personnel de masques chirurgicaux et tissus. Ces derniers sont lavés tous les jours par les infirmiers : « Cela nous permet d’équiper les personnels pour éviter soit qu’ils échangent le virus, soit qu’ils le passent éventuellement aux détenus. Tous les gens qui ont accès à la détention sont équipés en permanence », souligne Jean-Yves Gambarini. Concernant les stocks à disposition, le directeur de la maison d’arrêt reconnaît « avoir les mêmes problèmes que les autres services […] Nous avons un petit stock de masques. On n’en a pas beaucoup mais on en a. On est un établissement particulièrement fragile et sensible. Une épidémie qui frapperait les personnels ou les détenus serait particulièrement dommageable ». En cas de besoin, la direction de l’action et de l’aide sociale et la Croix-Rouge se tiennent prêtes à réapprovisionner la prison. En revanche, pas de masques pour les détenus : « Ils sont examinés régulièrement. Nous n’avons aucun détenu qui présente des signes de contamination. Si un détenu présentait des signes, il serait isolé des autres. Dans ce cas, on lui distribuerait des masques pour qu’il ne contamine pas les personnels ou s’il devait sortir à l’extérieur. On essaie de gérer les stocks que nous avons », confie le directeur de la maison d’arrêt. Désinfection des locaux, gel hydroalcoolique et gants, déjà utilisés en temps normal, viennent compléter l’arsenal de protection. L’épidémie de coronavirus n’a d’ailleurs « pas changé grand-chose », avoue Jean-Yves Gambarini, « l’organisation est plus ou moins toujours la même, dans la mesure où nous sommes déjà très habitués à des règles d’hygiène et de non-contact pour éviter justement que toute forme d’épidémie ne rentre ». Il faut dire que le directeur en a vu d’autres au cours de sa carrière : « Nous avons déjà été confrontés à des gens qui avaient la tuberculose ou des gens qui avaient des maladies infectieuses ou des maladies de peau. On est malheureusement un peu habitué à cette situation ».

Spécificités monégasques

En France, la surpopulation carcérale, conjuguée au risque de coronavirus, inquiète jusqu’au plus haut sommet de l’État. Les détenus s’entassent dans des petites cellules insalubres. À Monaco, les conditions de détention sont tout autres. S’il ne s’agit pas d’une « prison cinq étoiles avec vue sur la mer » insiste Jean-Yves Gambarini, la dizaine de détenus aujourd’hui incarcérés, contre une trentaine en temps normal, ont chacun leur propre cellule. Un atout majeur en période d’épidémie. À la maison d’arrêt de Monaco, les prisonniers bénéficient aussi d’un régime ouvert de détention. C’est-à-dire que « les cellules sont ouvertes, les détenus peuvent se déplacer dans les couloirs, aller dans les cellules de leurs codétenus durant la journée, ce qui permet de pallier l’absence de grande cour de promenade […] C’est un régime qui est différent des maisons d’arrêt françaises car l’établissement monégasque est unique. Toutes les catégories pénales se mélangent ». Pour prévenir toute crise sanitaire dans les établissements pénitentiaires, le gouvernement français a adopté une série de mesures, parmi lesquelles la libération anticipée de détenus malades ou en fin de peine. En France, au 1er avril 2020, 6 266 personnes incarcérées avaient été libérées depuis le début de la crise sanitaire. Une possibilité que n’avait pas écarté le directeur des services judiciaires, Robert Gelli, au cours de l’entretien accordé à Monaco Hebdo (lire Monaco Hebdo n° 1146). Tout en précisant que ces libérations éventuelles se feraient « au cas par cas ». À ce jour, aucune libération anticipée de détenu n’a été enregistrée à Monaco : « Il n’y a rien d’envisagé actuellement. Cela dépendra bien évidemment de la politique pénale du parquet et de la direction des services judiciaires. Mais a priori, personne ne rentre dans l’immédiat dans ces catégories », estime le directeur de la prison, Jean-Yves Gambarini.

les nouveaux détenus examinés et isolés à leur entrée

En raison des mesures de confinement prises pour endiguer la propagation du coronavirus, les tribunaux monégasques sont fermés depuis le 16 mars dernier. Par conséquent, l’activité judiciaire tourne au ralenti et les incarcérations se font rares. À Monaco, depuis le début de la crise sanitaire, un seul détenu a fait son entrée à la maison d’arrêt. Le directeur de la prison explique comment s’est effectuée la prise en charge de ce prisonnier en période d’épidémie. « Il s’agit d’un extradé qui venait d’Italie. Il a fait l’objet d’un examen médical classique avec prise de température. Et comme il venait d’une zone à risque, on l’a isolé dans un quartier. Cette procédure d’isolement d’un détenu est chez nous une procédure d’entrée. Chaque détenu qui arrive reste dans une phase d’observation, plus ou moins longue. On ne le met pas immédiatement avec les autres détenus », indique Jean-Yves Gambarini. Ce placement à l’isolement a pour objectif d’observer le prisonnier et d’évaluer son comportement (violent, suicidaire…) avant qu’il rejoigne les autres codétenus : « Un protocole particulier anti-violence, anti-suicide est mis en place et les détenus passent un temps plus ou moins long dans un quartier arrivant ». À leur arrivée à la maison d’arrêt, les personnes incarcérées font aussi l’objet d’un examen médical approfondi : « Ils sont examinés. Et s’ils y consentent, des prises de sang sont effectuées pour éliminer les risques d’hépatite ou d’autres maladies ». Et si un détenu présentait les symptômes du Covid-19, « il serait testé et soigné bien entendu. Il serait aussi isolé des autres et on lui distribuerait des masques pour qu’il ne contamine pas les personnels », précise le directeur de la prison. À ce jour, aucun cas positif au Covid-19 n’a été recensé à la prison. Si trois surveillants et deux détenus ont été testés, tous se sont avérés négatifs.

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