mercredi 21 avril 2021
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L’affaire Follieri rebondit à Monaco

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Condamné en 2008 à quatre ans et demi de prison aux Etats-Unis pour une rocambolesque escroquerie, Raffaello Follieri a aussi été sanctionné dans le volet monégasque de cette affaire. Aujourd’hui, ce dossier devrait faire jurisprudence. Explications.

 

« L’escroc qui venait du Vatican ». C’est ainsi que la presse a surnommé Raffaello Follieri. Cet Italien né le 28 juin 1978 à San Giovanni Rotondo a mené pendant cinq ans une véritable vie de playboy, faite de yachts, de jets privés, de fêtes et même d’histoires d’amour hollywoodiennes. Follieri est en effet connu pour avoir été en couple avec l’actrice américaine Anne Hathaway, notamment vue dans Le Diable s’habille en Prada (2006) de David Frankel. Tout lui réussit. Il fait la une des journaux people et la presse fait état de son train de vie très élevé. Follieri louerait un appartement de 750 m2 dans l’Olympic Tower avec une jolie vue sur Central Park pour 37 000 dollars par mois et posséderait un yacht de 40 mètres dans les Caraïbes. Entre autres.

 

Fuite

Le secret de cette réussite ? Prétendre représenter aux Etats-Unis les biens de l’Eglise catholique. Aux plus sceptiques, Raffaello Follieri donne des noms et explique qu’il a été envoyé en Amérique par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat auprès du Vatican entre 1991 et 2006. Mieux, il s’affiche avec le neveu de ce cardinal, Andrea Sodano. Dans le dossier du FBI, cité à l’époque par la Repubblica, on apprend que Follieri aurait même soudoyé un employé du Vatican pour obtenir « des informations, des contacts et des numéros de téléphone de hauts dignitaires des hiérarchies ecclésiastiques », explique ce journal. Et pour asseoir encore son pouvoir et sa légitimité, Follieri organise aussi des visites privées des jardins et des musées du Vatican.

Un stratagème qui lui permet d’acheter à bas prix des immeubles que plusieurs diocèses américains avaient été obligés de vendre pour payer les dommages-intérêts liés au scandale des prêtres pédophiles. Même chose avec des biens immobiliers de l’Eglise laissés à l’abandon : il les rachète très en dessous des prix du marché. Ce business dure de juin 2005 à juin 2007. Follieri crée une société d’investissements immobiliers qui a pignon sur rue. Mais Andrew Cuomo, procureur général de New York d’origine italienne, doute. C’est le début de la fin. Mais Follieri essaie tout de même de rebondir et se lance dans une fuite en avant. Il prétend alors qu’il est sur le point de racheter une chaîne de télévision catholique ou que l’Eglise l’a mandaté pour vendre de l’or. Il tentera même de faire croire qu’il est le directeur financier du Vatican, avant de finalement passer aux aveux. Le préjudice porte alors sur 4 millions de dollars et Follieri est condamné le 23 octobre 2008 à quatre ans et demi de prison. La justice lui confisque 2,4 millions de dollars et il est aussi condamné à indemnisé ses victimes à hauteur de 4 millions de dollars. En parallèle, une information judiciaire a été ouverte à Monaco pour recel d’abus de confiance. La justice américaine le soupçonne d’avoir dissimulé une partie de ses revenus en Principauté. Il est en fait question de transferts d’argent pour un total de 1,3 million de dollars dans deux banques monégasques, HSBC et J. Safra. La justice monégasque le condamne alors à un an de prison.

 

« Revirement »

Mais un arrêt rendu par la cour de révision le 24 septembre change la donne et devrait avoir un impact plus profond sur le droit monégasque. En effet, jusqu’à présent, un « prévenu relaxé ou condamné à l’étranger pouvait être poursuivi à Monaco pour le même fait, et ce même sous une qualification différente, violant ainsi le principe non bis in idem. Il s’agit d’un principe classique de la procédure pénale, selon lequel nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement pour les mêmes faits », explique Me Yann Lajoux, qui défend Raffaello Follieri dans le volet monégasque de cette affaire. Du coup, toute nouvelle poursuite contre la même personne, pour les mêmes faits devient impossible. « Cette règle qui interdit la double incrimination répond avant tout à un souci de protection des libertés individuelles de la personne poursuivie. Cet arrêt de principe opère un important revirement jurisprudentiel », estime Me Lajoux. En clair, une seule et même malversation ne peut pas déboucher sur une double déclaration de culpabilité. Me Lajoux confirme en tout cas la « satisfaction » de son client : « Surtout qu’il devrait bénéficier d’une relaxe sur renvoi après cassation ». Aujourd’hui, Raffaello Follieri vit quelque part entre Rome et Dubaï. Il se serait reconverti dans le négoce de pétrole. « Un livre doit prochainement sortir sur cette affaire », indique son avocat. L’occasion de raconter sa vérité. Et de revenir dans le jeu médiatique.

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