mardi 30 novembre 2021
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Confinement :
« Il faut passer Pâques à la maison »

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Depuis la mise en place du confinement en principauté, les agents de la sûreté publique sont fortement sollicités pour contrôler les déplacements de la population et veiller au bon respect des mesures.

Le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, explique à Monaco Hebdo comment ses services se sont réorganisés en pleine crise sanitaire du coronavirus. Interview.

Quelles sont les missions principales de la sûreté publique pendant le confinement ?

Notre mission principale, c’est d’assurer, de jour comme de nuit, le respect des décisions et le respect du confinement. La deuxième mission importante est le respect de l’ordre public. Nous sommes sensibles à la problématique des nuisances sonores, ce qui représente deux interventions par nuit, en moyenne, car le confinement peut amener une certaine exacerbation qui fait que les gens peuvent être irritables. Pour le moment, ça se passe bien, il n’y a pas de problème particulier. Mais nous sommes très vigilants à cette problématique, ainsi que celle des différends de voisinage. Car des nuisances sonores peuvent déboucher sur un différend de voisinage.

Quoi d’autre ?

Un autre point très important, c’est les violences intra-familiales. Dans les missions essentielles, il y a aussi la sécurité intérieure. L’actualité (1) nous montre que la menace terroriste n’en est pas moins forte pendant la crise sanitaire. La vigilance demeure et doit rester constante. Enfin, dans le cadre de la réouverture de certains chantiers, nous n’avons pas vocation à entrer sur les chantiers mais à l’extérieur des chantiers, nous devons nous assurer qu’il n’y a pas de promiscuité entre les ouvriers lorsqu’ils arrivent ou lorsqu’ils sortent, qu’il n’y ait pas d’attroupement, pas de regroupement… Pour le moment, nous n’avons pas constaté de manquements avérés.

Quelles mesures ont été prises concernant les violences intra-familiales ?

Deux nouvelles mesures viennent renforcer le dispositif en place. On a prévu le signalement des violences à un pharmacien et la possibilité de donner l’alerte à la police par e-mail (), 24 heures sur 24. Et si un témoin venait à assister à ce type de problème, les anciens moyens perdurent. C’est-à-dire le 17 ou le 93 15 30 15 pour nous signaler immédiatement le problème qui pourrait survenir.

D’autres mesures ?

Il existe aussi une procédure d’hébergement d’urgence ainsi que la possibilité de solliciter à tout moment, de la part des autorités judiciaires, une ordonnance de protection qui permet d’interdire les contacts électroniques ou physiques entre les conjoints. Nous travaillons en partenariat avec les autorités qui s’occupent de ce type violences, c’est-à-dire avec Céline Cottalorda, déléguée interministérielle pour la promotion et la protection des droits des femmes (lire son interview publiée dans Monaco Hebdo n° 1146), avec le département des affaires sociales, avec la direction des services judiciaires et avec l’association d’Aide aux victimes d’infractions pénales (AVIP).

© Photo DR

En France, les violences conjugales sont en hausse de + 30 % depuis le début du confinement : qu’en est-il à Monaco ?

En France, il y a effectivement une grosse augmentation. Mais pour le moment, nous n’avons pas eu de cas. Nous avons eu des différends de voisinage, des problèmes de nuisances sonores à la marge mais nous avons, pour le moment, été préservés concernant les violences intra-familiales.

Vous venez pourtant de renforcer le dispositif pour ce type de violences ?

C’est de la prévention. Nous mettons en place tous ces dispositifs. Si le confinement devait perdurer, on est prêt si jamais il y avait une montée en puissance de ce type de contentieux.

Comment la sûreté publique fait-elle respecter le confinement ?

Dans une première phase, l’action de la sûreté publique a été une phase de prévention où nous rappelions les règles, la législation en vigueur. Nous avons été une police de proximité et une police d’accompagnement. Ce dispositif a globalement bien marché mais nous avons aussi constaté certains petits relâchements comme des sorties à vélo, des sorties trop longues…

Quelles mesures avez-vous pris contre ces comportements ?

Nous sommes entrés dans une deuxième phase où, pour ne pas que ces relâchements augmentent et deviennent problématiques, nous avons commencé à verbaliser avec discernement. Nous continuons à contrôler, nous sommes même montés en puissance sur les contrôles, aussi bien sur les accès du territoire qu’à l’intérieur du territoire. Je veux d’ailleurs rendre hommage aux forces de police parce qu’effectuer un contrôle aujourd’hui, ça n’a rien de commun avec effectuer un contrôle il y a un mois. La pression psychologique n’est pas la même, les conditions physiques ne sont pas les mêmes.

Y a-t-il des inquiétudes chez les agents sur le terrain ?

Beaucoup de nos agents sont pères ou mères de famille. Nous accomplissons nos missions mais nous avons une vie à côté. Mais l’état d’esprit est bon, la mission est accomplie avec beaucoup d’investissement. Je n’ai pas de mouvement de retrait, pas d’état d’âme. Même si tout le monde y pense, moi le premier. Mais cela ne freine pas notre activité, nos prérogatives et nos missions.

Vous avez effectué près de 15 000 contrôles depuis le début du confinement, près de 3 800 le week-end dernier : le confinement n’est donc pas si bien respecté ?

Les chiffres les plus importants sont ceux de samedi parce que le samedi, il y a encore énormément de personnes qui viennent travailler. Et comme nous sommes aux frontières, nous contrôlons toutes les personnes qui rentrent en principauté et la majorité ont des attestations qui justifient leur présence pour leur travail. Ce n’est pas un focus sur le fait qu’il y a beaucoup de personnes dans la rue mais cela veut dire que beaucoup de personnes viennent travailler en principauté et nous les contrôlons.

Les contrôles aux frontières sont-ils systématiques ?

Ils sont mobiles. C’est-à-dire que tous les jours, nous faisons des horaires soit fixes, soit différents avec une grande mobilité. Mais des contrôles ont lieu tous les jours.

Les tarifs des amendes vont de 70 à 200 euros : comment sont-ils fixés ?

Nous appliquons ce qu’on appelle l’amende transigée à 100 euros. C’est 200 euros si vous allez au tribunal mais si vous la transigez et la réglez tout de suite, c’est 100 euros. La majorité, pour ne pas dire la totalité des amendes, c’est 100 euros.

À quoi correspond alors l’amende de 70 euros ?

C’est la fourchette prévue par le code pénal. Mais nous appliquons une amende transigée à 100 euros.

Avez-vous eu affaire à des récidivistes ?

Non, on n’a pas eu ce cas de figure. Les gens sont quand même dans la grande majorité respectueux. La volonté n’est pas de frauder. Il s’agit plus de manquements involontaires que d’une volonté de contourner le système.

À Monaco, il n’y a pas de justificatif de déplacement sauf pour les personnes venant de l’extérieur : comment se passent les contrôles ?

Pour les résidents de la principauté, la justification se fait oralement. Lorsque nous contrôlons les gens, nous les enregistrons. Et si une heure, deux heures après, nous les réinterpellons, nous avons une trace du contrôle précédent.

Avez-vous recours à la vidéosurveillance ?

La vidéosurveillance sert pour balayer les grands axes. Mais rien ne remplace l’humain. Je privilégie les patrouilles à pied ou en véhicule car il y a cet aspect pédagogique. On explique le pourquoi du contrôle et les règles de base. La vidéo peut servir, mais elle est accessoire. Ce n’est pas le moyen principal, c’est le rapport humain qui importe.

Quel serait votre message à la population ?

Le week-end de Pâques doit se passer à la maison. C’est une fête familiale, importante mais il faut passer Pâques à la maison. Cela aidera le personnel soignant et aussi les forces de police. Pâques est un week-end sur lequel on va porter une grande attention et qui est quand même une source d’inquiétude parce que traditionnellement, c’est une période festive. Il va falloir que chacun fasse abstraction de cela. D’ailleurs, ce week-end, les contrôles seront renforcés.

L’unité de préservation du cadre de vie (UPCV) est-elle toujours mobilisée ?

Entre deux et quatre vélos circulent chaque jour, au même titre qu’à la police maritime. C’est très pratique en termes de mobilité. Leur mission est aussi très orientée, car il ne s’agit plus de problèmes de circulation, de stationnement, d’incivilité… Mais ça peut être des problèmes de nuisances. Ils participent à l’action commune.

Depuis la semaine dernière, tous les agents ont reçu un kit sanitaire (masque, gants, gel) : le port du masque est-il obligatoire ?

Ce sont des masques tissus lavables. Ils sont très satisfaisants. Dès qu’il y a un contact avec le public, le port du masque est obligatoire. S’ils font une patrouille, seuls sur la voie publique, ce n’est pas forcément obligatoire. On a donné à chaque fonctionnaire de police un protocole d’utilisation très précis.

Qui lave les masques ?

Ce sont les agents. Nous leur avons donné un kit sécurisé. Il s’agit d’un petit sac plastique avec un zip. Lorsque le masque est utilisé, l’agent le remet dans ce sac et ensuite sa mission est de laver le masque mais aussi l’intérieur du sac plastique.

Les stocks de masques sont-ils suffisants ?

Chaque fonctionnaire de police est équipé. Après, nous demandons à la direction de l’action et de l’aide sociales, au fur et à mesure, du roulement lorsque nous en avons besoin et nous sommes réapprovisionnés.

Quelles mesures avez-vous pris pour le commissariat ?

Nous demandons à nos visiteurs de se laver les mains avec du gel devant nous. Nous leur prenons leur température et nous leur demandons de porter un masque chirurgical pour protéger les fonctionnaires qui sont amenés à les recevoir.

Effectuez-vous des désinfections des locaux ?

Oui, désinfection du commissariat, des cellules, des véhicules… Nous avons donc aussi pris des mesures au niveau des véhicules et des bâtiments.

Comment cela se passe-t-il pour les dépôts de plainte et les gardes à vue ?

Il y a une permanence judiciaire. Il y a très peu de gardes à vue car la délinquance est pratiquement nulle. Mais tout est prévu s’il devait y en avoir. Au même titre que pour les fonctionnaires qui doivent accompagner les gardes à vue. Il y a toutes les protections adéquates. Tout cela est mis en oeuvre.

Qu’en est-il du concours pour rentrer dans la police ?

Nous sommes d’habitude dans une période de concours. Nous avons besoin de ces concours pour compléter nos personnels. Pour l’heure, nous les avons suspendus. Ils sont simplement reportés. D’habitude, l’entrée en école de police a lieu au mois de septembre. Bien sûr, en fonction des délais, nous reporterons l’entrée à l’école. Dès que nous serons en mesure de le faire, nous ferons ces concours d’agents de police et de lieutenant de police.

Avez-vous déjà une visibilité pour le report ?

Non. Nous avons informé tous les candidats que le concours n’était pas supprimé, mais reporté. Ils seront recontactés dès que nous aurons un peu plus de visibilité et que nous en saurons un peu plus sur le déconfinement.

(1) Samedi 4 avril 2020, une attaque au couteau à Romans-sur-Isère (Drôme) a fait deux morts et cinq blessés. Le parquet antiterroriste a été saisi.

Confinement : 7 motifs de sortie autorisés

En principauté, 7 motifs de sortie sont autorisés pendant la période de confinement liée à l’épidémie de coronavirus. Tous les déplacements sont interdits, sauf :

1. les déplacements entre le domicile et le(s) lieu(x) d’exercice de l’activité professionnelle, lorsqu’ils sont indispensables à l’exercice d’activités ne pouvant être organisées sous forme de télétravail ou constituent des déplacements professionnels ne pouvant pas être différés ;

2. les déplacements pour effectuer des achats de fournitures nécessaires à l’activité professionnelle et des achats de première nécessité dans les établissements et commerces de proximité autorisés à accueillir du public ;

3. les déplacements pour motif de santé, à savoir consultations et soins ne pouvant être assurés à distance et ne pouvant être différés ; consultations et soins des patients atteints d’une affection de longue durée ;

4. les déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde des enfants ;

5. les déplacements brefs (de courte durée), liés : soit à l’activité physique individuelle des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive collective et de toute proximité avec d’autres personnes, soit à la promenade avec les seules personnes regroupées dans un même domicile, soit aux besoins des animaux de compagnie ;

6. les déplacements pour répondre à une convocation judiciaire ou administrative ;

7. les déplacements pour la participation à des missions d’intérêt général sur demande de l’autorité administrative.

Dans un communiqué, le gouvernement rappelle, par ailleurs, qu’« en aucun cas, les déplacements pour rendre une visite à un membre de sa famille ou à des amis ne sont autorisés. Il en est de même des déplacements pour se rendre à la campagne ou sur les bateaux ». Pour rappel, des amendes pouvant aller jusqu’à 200 euros peuvent désormais être dressées en cas de non-respect du confinement.

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Monaco Hebdo