lundi 17 janvier 2022
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“Certains individus sont plus forts que l’intérêt général”

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Me Richard Mullot. Avocat
« Les pouvoirs publics essaient d'insuffler de l'optimisme. Mais l'effet d'annonce non suivi d'acte concret semble peu satisfaisant. » Me Richard Mullot. Avocat. © Photo Monaco Hebdo.

Après avoir donné la parole aux élus, Monaco Hebdo poursuit sa série d’interviews. Objectif : analyser la situation de Monaco, en posant une même série de questions à des acteurs de la Principauté. Cette semaine, des professions libérales s’expriment. Notamment l’avocat Richard Mullot. Propos recueillis par Raphaël Brun.

Monaco Hebdo : Comment vous jugez la situation actuelle de Monaco sur le plan économique, financier, administratif, de la qualité de vie et du fonctionnement général ?
Me Richard Mullot : Impossible de parler de la situation globale de Monaco sans évoquer la crise. Monaco a du mal à amorcer son redémarrage économique. Les pouvoirs publics essaient d’insuffler de l’optimisme. Mais l’effet d’annonce non suivi d’acte concret semble peu satisfaisant. Exemple : les outils juridiques et financiers ne sont plus adaptés aux attentes des investisseurs. De plus, les promesses en matière législative ou administrative sont ralenties. Ce qui entraîne des hésitations à investir en Principauté. Autre exemple : les trusts sont méconnus à Monaco, alors que la demande existe. Et comme les fondations ou la fiducie sont des mécanismes attractifs pour les patrimoines importants, il faut les développer. Il y a aussi la baisse de la qualité de vie, les problèmes de circulation, une sécurité en perte de vitesse, des choix urbanistiques discutables… Au fond, on a l’impression que la tendance est plus au rafistolage rapide et provisoire qu’au choix réfléchi et au long terme.

M.H. : Comment vous expliquez cette situation ?
R.M. : Le Prince Albert a donné des signes forts qui doivent guider Monégasques et résidents. Ses directives concernaient essentiellement innovation, compétitivité, éthique et protection de l’environnement. Mais beaucoup tardent à se mettre au travail. Résultat, les retards sont là.

M.H. : Pourquoi beaucoup de dossiers semblent aujourd’hui bloqués ou au point mort ?
R.M. : Il manque une cohésion générale. Car tout le monde tire un peu la couverture à soi. Peur des changements ou manque d’efficacité ? Difficile à dire. Voilà pourquoi la réforme de l’administration est une priorité absolue.

M.H. : Ces freins sont-ils dus à des lobbys d’intérêts divers qui s’opposent donc à la volonté d’excellence du Prince Albert ?
R.M. : J’ai parfois l’impression que certaines institutions ou département de l’Etat semblent davantage concernés par l’union d’intérêts particuliers que par l’intérêt général. Ce qui peut donner l’impression que certains individus sont plus forts que l’intérêt général. Or l’intérêt général, c’est suivre les objectifs et directives donnés par le Prince.

M.H. : La crise est aussi en cause ?
R.M. : C’est un facteur aggravant. Mais la crise n’a fait qu’accentuer le pessimisme ambiant. Les gens manquaient peut-être un peu de repères. Car Monaco a entrepris diverses évolutions. Alors que le monde a connu de grands bouleversements. Mais je refuse d’être pessimiste. Parce que Monaco a beaucoup de qualités.

M.H. : Aujourd’hui, quelles sont les conséquences concrètes de cette situation ?
R.M. : De moins en moins de gens semblent amener leur business à Monaco. Et de plus en plus s’intéressent à la Principauté uniquement pour un investissement financier. Sans apporter un savoir faire ou une activité. Or, on entend que des locaux industriels sont disponibles, offerts à la location à prix d’or. Si de l’argent placé à Monaco peut repartir facilement du jour au lendemain, une entreprise qui s’installe ici, c’est plus durable, avec ressources et emplois locaux à la clef. Mais ce qui m’inquiète vraiment, ce sont des Monégasques ou les résidents partis à l’étranger pour étudier ou travailler et qui ne reviennent que pour les vacances. Si de l’extérieur, Monaco ne fait plus rêver ceux qui y sont attachés, il faut alors se remettre en question.

M.H. : Quelles propositions con-crètes faire pour améliorer ou sortir de cette situation ?
R.M. : Dans mon secteur d’activité, de nombreuses réformes législatives sont attendues : les codes sont en cours de réforme depuis des années. Et certaines matières du droit des affaires sont toujours pas ou peu règlementées. D’ailleurs, il faudrait que les avocats soient associés à ces évolutions. Ce qui n’a pas toujours été le cas.

“Il faut moderniser l’administration”

Après avoir donné la parole aux élus, Monaco Hebdo poursuit sa série d’interviews. Objectif : analyser la situation de Monaco, en posant une même série de questions à des acteurs de la Principauté. Cette semaine, des professions libérales s’expriment. Notamment le chirurgien dentiste Raphaël Rigoli. Propos recueillis par Raphaël Brun.

Raphaël Rigoli. Chirurgien dentiste.
« Ces freins sont dus à des lourdeurs administratives plutôt qu'à des lobbys. » Raphaël Rigoli. Chirurgien dentiste. © Photo D.R.

Monaco Hebdo : Comment vous jugez la situation actuelle de Monaco sur le plan économique, financier, administratif, de la qualité de vie et du fonctionnement général ?
Raphaël Rigoli : D’un point de vue économique, je n’ai pas constaté de baisse d’activité. Mais je suis sur un secteur médical. Du coup, je suis moins concerné par la crise par exemple. Au niveau administratif, il y a des lourdeurs qui sont liées au fonctionnement. D’ailleurs, je pense que c’est un problème qu’on retrouve sans doute aussi en France. Résultat, quand on est face à l’administration, on a parfois des délais d’attente assez incompréhensibles. Pour la qualité de vie, ça fait 35 ans que je vis à Monaco. L’Etat fait de gros effort pour faciliter le logement des Monégasques. Maintenant, depuis le passage à l’euro, en 2002, on a pris une claque au niveau du pouvoir d’achat. Mais on garde l’avantage de pouvoir vivre ici en sécurité. Même si j’aimerais voir plus de caméras et plus de policiers. Notamment la nuit. Quant aux travaux, c’est vrai qu’ils provoquent parfois des nuisances. Mais je les accepte car c’est pour avoir des bâtiments de meilleure qualité ensuite.

M.H. : Comment vous expliquez cette situation ?
R.R. : Je pense qu’il y a eu le passage à l’euro en 2002. Et ensuite la crise bien sûr. Même si à Monaco, on est quand même assez protégé. Notamment au niveau de la sécurité de l’emploi et du logement. Surtout que Monaco traverse mieux la crise que d’autres pays. L’avantage c’est que comme la Principauté est un petit pays, c’est mieux géré et mieux gérable bien sûr.

M.H. : Pourquoi beaucoup de dossiers semblent aujourd’hui bloqués ou au point mort ?
R.R. : Difficile à dire. Mais je peux parler de mon expérience personnelle. Mon cabinet est situé dans un immeuble domanial. Or, j’ai eu beaucoup de mal à obtenir ce local. En tout, ça m’a pris entre 6 mois et 1 an. Mais je ne sais pas pourquoi ça a été si compliqué et si long.

M.H. : Ces freins sont-ils dus à des lobbys d’intérêts divers qui s’opposent donc à la volonté d’excellence du Prince Albert ?
R.R. : Là encore, c’est difficile à dire. Mais si c’est le cas, je ne sais pas si c’est pour des raisons personnelles ou si c’est tout simplement parce que certains fonctionnaires ont du mal à communiquer de manière efficace d’un service à l’autre. En tout cas, j’aurais plutôt tendance à penser que ces freins sont en fait dus à des lourdeurs administratives plutôt qu’à des lobbys.

M.H. : La crise est aussi en cause ?
R.R. : L’économie est toujours en mouvement. Avec des secteurs d’activité qui marchent aujourd’hui et plus vraiment quelques temps après. Ce qui permet à d’autres secteurs de prendre la relève. Mais bien sûr cette crise a permis de mettre les choses à plat. Car les entreprises les plus solides sont toujours là et les autres ont disparu. Cela dit je pense que cette crise a eu un véritable impact. Mais elle n’explique pas tout. Car le passage du franc à l’euro a joué un rôle.

M.H. : Aujourd’hui, quelles sont les conséquences concrètes de cette situation ?
R.R. : Pour moi, au niveau professionnel, je n’ai ressenti aucune conséquence. Il faut dire que je ne suis pas un commerçant qui vend un produit, mais un service médical. Mais j’essaie de baisser les coûts au maximum.

M.H. : Quelles propositions con-crètes faire pour améliorer ou sortir de cette situation ?
R.R. : Il faut moderniser l’administration. Même si j’ai de bons rapports avec les Caisses sociales. Mais il ne faudrait pas que les Caisses pensent que si les dépenses augmentent c’est parce que les dentistes font trop de soins ou exagèrent sur les tarifs. Ce qui n’est pas le cas. Car on ne fait que répondre aux besoins des clients.

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