mercredi 20 octobre 2021
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« Un pasteur,
un homme de terrain »

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L’Argentin Jorge Mario Bergoglio est devenu le 13 mars dernier le 266ème souverain pontife. Un choix totalement inattendu qui a également surpris la communauté catholique de Monaco. Témoignages du père Alain Goinot, présent à Rome le soir de l’élection, et de l’archevêque de Monaco, Monseigneur Barsi.

Il était précisément 19h06. Après la fumée blanche, les cloches de la basilique Saint-Pierre ont retenti à toute volée. Le signe que les 115 cardinaux réunis en conclave dans la chapelle Sixtine avaient choisi le successeur de Benoît XVI, au 5ème tour de scrutin. Le mercredi 13 mars, l’Argentin Jorge Mario Bergoglio est devenu le 266ème souverain pontife. C’est le cardinal français, Jean-Louis Tauran, qui a levé le mystère. Aux alentours de 20 heures, il est apparu au balcon de la basilique Saint-Pierre pour prononcer la fameuse formule « Habemus Papam » (« Nous avons un pape »). « Il y avait plus de 100 000 personnes. C’était une immense émotion. Semblable à celle que j’avais ressentie au moment de l’élection de Jean Paul Ier et de Jean-Paul II. J’avais également eu la chance d’y assister, se souvient le père Goinot, parti à Rome en voiture avec une poignée de catholiques de Monaco. On se sent tout petit au milieu de cette foule immense. Mais ce que l’on sent surtout, c’est cette universalité de l’Eglise. Toutes les nationalités étaient présentes. Des drapeaux américains, libanais, brésiliens, espagnols, portugais flottaient dans les airs. On a véritablement le sentiment de vivre un moment historique. »

Peu de francophones
Une émotion mêlée à de la stupéfaction… Car l’archevêque de 76 ans de Buenos Aires ne faisait pas partie des favoris. Un conclave qui a donc déjoué tous les pronostics. « Les personnes présentes autour de nous avaient dans leur main des listes de prénoms. Angelo (Scola N.D.L.R.) pour le cardinal italien ou encore Marc (Ouellet N.D.L.R.) pour le cardinal canadien… Et lorsque le prénom « Jorge Mario » a été annoncé puis le « cardinal Bergoglio », il y a eu un long silence… Car personne ne s’y attendait, et peu, sans doute, le connaissaient… Je me souviens que la foule avait eu la même réaction lorsque Jean Paul II avait été élu », confie encore le père Goinot, qui a d’ailleurs été très sollicité par les médias français sur place. « Nous avons été interviewés à plusieurs reprises. Par Radio Notre Dame, TMC, France 3, ou encore Europe 1. Car les journalistes cherchaient désespérément des Français… Peu de francophones étaient en effet venus pour la circonstance. Ce qui les a d’ailleurs beaucoup surpris. »

Premier jésuite
A 700 km de là, à Monaco, dès que le nom du pape a été dévoilé, toutes les cloches des églises monégasques ont résonné à leur tour. Et chez les catholiques de la Principauté, une même stupeur. « Son élection a été à la fois une grande émotion et une énorme surprise. Car ce n’est pas l’un de ceux qui faisaient partie des papabiles. Personne réellement ne s’y attendait, explique Monseigneur Barsi. L’autre surprise, c’est la rapidité avec laquelle il a été élu. Après seulement deux jours de conclave. Il s’agit également du premier pape venant d’Amérique du sud et du premier jésuite élu. Les surprises ont donc été multiples. » Bergoglio est en effet le premier pape non-européen et latino-américain. Un continent qui abrite la plus forte communauté de catholiques. On parle de quelque 580 millions de fidèles. Une donnée qui a pu influer dans le choix de ce pape ? « Les cardinaux sont en effet allés chercher un pape « au bout du monde » comme il l’a lui même dit, sur un continent qui compte le plus grand nombre de baptisés du monde et qui recevra d’ailleurs en juillet prochain, les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Mais j’y vois davantage, un message d’universalité de l’Église », estime encore l’archevêque.

Prénom François
Le « Pape des pauvres. » C’est en ces termes que la presse le qualifie depuis son élection, en raison de son mode de vie dénué de toute ostentation lorsqu’il était évêque de Buenos Aires. L’homme a en effet habité un petit appartement et a vendu son archevêché au profit des plus démunis. Il se déplaçait en métro et en bus, et passait ses week-ends dans les paroisses défavorisées au contact des prêtres des bidonvilles. « C’est une personne très humble, proche du peuple. Un pasteur et un véritable homme de terrain. Le fait que le pape ait choisi François comme prénom, est donc particulièrement riche en symbole, explique Monseigneur Barsi. Car François d’Assise est le saint de la pauvreté, de la simplicité. Le saint de la prière, de l’évangélisation. Et même le saint de la défense de la nature. C’est le patron des écologistes. » Un homme de terrain donc, alors que son prédécesseur Benoît XVI est davantage « un éminent théologien, un homme de raison qui a été longtemps à la Curie romaine, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Sa fonction était donc essentiellement d’être un enseignant. Un gardien de la foi. » Même dans les loisirs, les deux hommes se distinguent clairement… « Joseph Ratzinger est un musicien qui se détendait en jouant du piano. Alors que l’archevêque de Buenos Aires, c’est en regardant des matchs de football », sourit encore l’archevêque. Le pape François est en effet un fanatique du club de foot de Buenos Aires, l’équipe de San Lorenzo. Et possède même une carte de membre du club…

Dialogue avec l’Islam
Autres surprises de cette élection : l’âge du pape, 76 ans, et son état de santé puisqu’il vit avec un seul poumon depuis l’âge de 20 ans. « On imaginait en effet un pape un peu plus jeune. Mais en démissionnant, Benoît XVI a sans doute ouvert une perspective. Celle de dire que lorsqu’un pape est au bout de ses forces, il est en droit de renoncer à sa mission. Cette démarche l’a peut être encouragé à assumer cette lourde responsabilité. » D’autant que sa mission sera particulièrement lourde. Selon l’archevêque, de grands défis l’attendent : l’évangélisation du monde « en parlant un langage accessible à tous », régler les questions de la Curie romaine « en donnant plus de place à la collégialité, à la concertation, à la collaboration entre l’évêque de Rome et les évêques locaux. » Mais aussi développer le dialogue inter-religieux et « en particulier avec l’islam », soutenir les chrétiens d’Orient. Et enfin travailler pour la fraternité entre les hommes…

« Votre simplicité et votre proximité ont déjà touché les cœurs »
La messe d’inauguration du ministère du Pape François s’est déroulée le mardi 19 mars devant 132 délégations étrangères dont 31 chefs d’Etat. Pour cette occasion, le couple princier s’était rendu place Saint Pierre à Rome, tout comme Monseigneur Barsi. Dès l’élection du nouveau Pape, Albert II et son épouse Charlène avaient tenu à adresser un message au souverain pontife. « La princesse et moi-même vous exprimons les vœux très déférents et fervents que nous formons pour que votre pontificat soit jalonné de grandes satisfactions et porte de nombreux fruits. Votre simplicité, votre proximité, spécialement des plus démunis, ont déjà touché les cœurs », indiquait le prince dans son courrier. Avant d’ajouter : « Ma famille et moi-même joignons nos prières à celles des catholiques de Monaco pour que, sous votre autorité morale, l’Eglise transmette avec joie et ardeur au monde d’aujourd’hui, dans la diversité des cultures, le message dont elle est dépositaire. » A noter que le 22 mars à 19 heures, une messe d’action de Grâce sera célébrée en son honneur à la Cathédrale de Monaco.//S.B.

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Monaco Hebdo