jeudi 20 janvier 2022
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Création de Monte-Carlo Riviera « C’est un acte de politique internationale »

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Au début du deuxième semestre 2022, l’État monégasque lancera une chaîne publique nationale baptisée Monte-Carlo Riviera. Ses programmes seront diffusés sur TV5MONDE. Laurent Anselmi, conseiller-ministre pour les relations extérieures et la coopération, et Salim Zeghdar, gérant de la SARL Monte-Carlo Riviera, expliquent à Monaco Hebdo les contours de cette future chaîne de télévision. Interview à deux voix. 

Quelle est l’origine de ce projet ?

Laurent Anselmi : Ce projet, ce n’est pas la création d’une nouvelle chaîne de télévision. Ce projet, c’est l’adhésion de la principauté de Monaco à TV5MONDE. L’origine de ce dossier, c’est donc un acte de politique internationale de la part de Monaco, qui consiste à intégrer un média international francophone, qui est la troisième chaîne regardée dans le monde après CNN et MTV [lire notre encadré – NDLR]. Ce média est créé par le biais d’un traité international. Voilà pourquoi ce sont les ministères des affaires étrangères qui sont les acteurs et les vecteurs de cette chaîne internationale, TV5MONDE.

Pourquoi l’État monégasque a décidé de miser sur TV5MONDE ?

L.A. : Parce que TV5MONDE, c’est la chaîne de l’ONU : dans tous les bâtiments de l’ONU, on peut voir TV5MONDE. De plus, il s’agit du seul média accessible sur toute la planète, y compris dans les zones de conflits, comme la Syrie, et même en Corée du Nord. On peut voir cette chaîne soit par des moyens de réception classiques, soit par une plateforme numérique que TV5MONDE a récemment développée.

L’objectif de cette nouvelle chaîne de télévision, c’est d’en faire un outil supplémentaire de promotion de la principauté ?

L.A. : L’objectif de Monte-Carlo Riviera, c’est de connaître et de faire connaître. Nous souhaitons faire valoir sur cette plateforme mondiale ce que nous sommes, et ainsi, aller au-delà des clichés habituels.

Salim Zeghdar : Nous voulons permettre à Monaco d’avoir une ouverture à l’international à travers un média et une télévision qui est TV5MONDE. Donc on pourra parler de l’actualité monégasque, et même de l’actualité de la Côte d’Azur, puisque cette chaîne s’appelle Monte-Carlo Riviera.

Monte-Carlo Riviera existe déjà, mais sous une autre forme ?

S.Z. : Actuellement, Monte-Carlo Riviera est une société anonyme à responsabilité limitée (SARL) qui produit et fournit à TV5MONDE depuis cinq ans des documentaires sur l’art de vivre en principauté et sur la Côte d’Azur. Cette SARL propose des sujets politiques, économiques, culturels, écologiques… Donc l’idée, c’est vraiment d’avoir une porte à l’international qui nous permette de communiquer, de nous faire connaître autrement.

« On aura d’un côté le média d’information gouvernemental, qui est Monaco Info, au sein de l’administration monégasque, et puis, de l’autre côté, nous aurons Monte-Carlo Riviera, qui sera une chaîne de service public correspondant aux exigences de TV5MONDE. » Laurent Anselmi. Conseiller-ministre pour les relations extérieures et la coopération. © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« L’objectif n’est pas de nous tresser des couronnes indues. L’objectif, c’est seulement de faire valoir ce que nous sommes »

Laurent Anselmi. Conseiller-ministre pour les relations extérieures et la coopération

Quelles retombées attendez-vous de cette future chaîne de télévision ?

S.Z. : Aujourd’hui, on démarre de zéro. Mais nous sommes à la septième saison des documentaires que l’on fournit en tant que Monte-Carlo Riviera pour le groupe TV5MONDE. Ce qui prouve que c’est plutôt un succès. Dans le Top 10 des émissions de TV5MONDE, on est dans les trois premières places. Au fil du temps, nous sommes passés de 13 émissions par an à 26 émissions, pour arriver aujourd’hui à 52 émissions par an. Il n’existe pas de Médiamétrie comme en France pour mesurer l’audience de TV5MONDE. Mais il y a environ 900 millions de foyers qui regardent TV5MONDE, et cette chaîne est traduite en 14 langues. En matière de retombées, cela peut donner envie à un certain nombre de gens à travers le monde de venir en principauté pour le tourisme ou pour développer des activités économiques avec Monaco. Car nous réalisons aussi des reportages sur l’économie en principauté et sur la Côte d’Azur.

L.A. : À travers cette chaîne de télévision, nous voulons aussi faire valoir Monaco dans des dimensions qui sont évidentes pour nous, mais qui sont peu connues du grand public. Il y a, par exemple, le sujet de la coopération internationale, que je connais bien. La principauté est le premier contributeur per capita au commissariat pour les réfugiés. La principauté est très présente en termes de coopération sur la lutte contre la malnutrition, la promotion des droits de la femme dans la bande saharienne. Monaco est aussi dans l’assistance aux sapeurs-pompiers dans un certain nombre de pays du tiers-monde. Nous souhaitons aussi promouvoir l’action du prince et de son gouvernement en ce qui concerne l’environnement sur le plan national et international. L’objectif n’est pas de nous tresser des couronnes indues. L’objectif, c’est de seulement de faire valoir ce que nous sommes.

Vous espérez d’autres retombées ?

S.Z. : Rejoindre TV5MONDE permet de placer Monaco au même niveau que des pays comme la France, le Canada, la Suisse et la Belgique. Puisque les ministres des affaires étrangères de ces pays-là siègent tous au sein de TV5MONDE. Donc Laurent Anselmi siègera également et aura une voix égale à celle des autres ministres. À partir du moment où Monaco sera associé au sein de TV5MONDE, cela permettra peut-être aussi de développer d’autres relations internationales plus étroites.

Vous visez particulièrement quels pays via TV5MONDE ?

S.Z. : TV5MONDE se décompose en zones : Amérique, Asie, Europe, Orient, Moyen-Orient, Afrique… On ne vise pas un pays en particulier. Aujourd’hui, ce qui nous intéresse c’est d’avoir l’ouverture sur l’ensemble du réseau de TV5MONDE. Nous voulons que la principauté soit connue partout.

L.A. : Ce qui m’intéresse dans ce dossier, c’est qu’un Vietnamien regarde le journal de Monte-Carlo Riviera. Ou quelqu’un dans le Pacifique, ou en Serbie… Ce qui nous séduit vraiment, c’est cette couverture planétaire proposée par TV5MONDE.

TV5MONDE a aussi lancé une plateforme numérique gratuite, TV5MONDEplus ?

S.Z. : Lancée en septembre 2020, la plateforme numérique gratuite TV5MONDEplus, qui repose sur le même principe que Netflix, propose du contenu qui est stocké et accessible sans limite de temps. Cela permet de constituer une immense bibliothèque. Quelques mois après son lancement, il y a déjà eu plus de 500 millions de téléchargements.

TV5MONDEplus a été lancée le 9 septembre 2020 et présentée comme un  « Netflix de la francophonie » : Monte-Carlo Riviera sera donc bien intégreé à cette plateforme de streaming francophone gratuite ?

S.Z. : Les reportages de Monte-Carlo Riviera sont déjà intégrés à TV5MONDEplus. Ensuite, la future chaîne de télévision Monte-Carlo Riviera aura son contenu qui sera présent sur cette plateforme numérique.

Pourquoi créer une nouvelle chaîne de télévision, alors que Monaco Info existe déjà ?

L.A. : Nous avons créé une nouvelle chaîne de télévision parce que la représentation des États au sein de TV5MONDE est réalisée par des chaînes de télévision de service public. TV5MONDE est donc une agrégation de chaînes de service public qui correspondent à des standards communs. Et notamment l’indépendance des journalistes et l’indépendance des lignes éditoriales. C’est pour ça que nous avons créé Monte-Carlo Riviera qui est une chaîne de service public.

S.Z. : Monaco Info n’est pas une chaîne de télévision nationalisée, c’est une chaîne d’État. Or, dans sa charte, TV5MONDE demande d’avoir une chaîne publique indépendante, même si elle dépendra bien entendu de l’État, puisque l’État y sera actionnaire.

« Monte-Carlo Riviera peut donner envie à un certain nombre de gens à travers le monde de venir en principauté pour le tourisme ou pour développer des activités économiques avec Monaco »

Salim Zeghdar. Gérant de Monte-Carlo Riviera

Ce qui pose un problème à TV5MONDE, c’est que Monaco Info est directement géré par la direction de la communication du gouvernement monégasque ?

L.A. : Monaco Info est un instrument de communication du gouvernement princier. Quelque part, cela fait partie du centre de presse du gouvernement. Alors que la chaîne de service public Monte-Carlo Riviera devra être l’alter ego de France Télévisions, de la RTBF, ou de Radio Canada qui sont des structures qui répondent à d’autres standards.

Par souci d’économie, plutôt que de créer une deuxième chaîne de télévision, pourquoi ne pas avoir répondu à la demande du Conseil national, faite en décembre 2020, et qui réclamait un changement de statut pour Monaco Info, afin de lui accorder une véritable indépendance journalistique ?

L.A. : Nous avions déjà la SARL Monte-Carlo Riviera, et c’est un choix structurel qui a été opéré. Cela n’empêchera donc pas Monaco Info de continuer. Les deux médias chemineront côte à côte. Ils développeront peut-être des synergies techniques. Mais on aura d’un côté le média d’information gouvernemental, qui est Monaco Info au sein de l’administration monégasque, et puis, de l’autre côté, nous aurons Monte-Carlo Riviera, qui sera une chaîne de service public correspondant aux exigences de TV5MONDE.

Aucune synergie ou échange de contenu ne sera possible entre Monaco Info et Monte-Carlo Riviera, par souci de réserver à cette dernière un contenu éditorial 100 % libre et indépendant ?

S.Z. : Monte-Carlo Riviera aura sa propre programmation et sa ligne éditoriale. Monaco Info aura la sienne. Après, si Monaco Info fait un superbe reportage sur les ballets de Monte-Carlo, sur une exposition ou sur l’orchestre philharmonique, on pourra peut-être monter ce sujet pour Monte-Carlo Riviera et diffuser des images. En revanche, si Monaco Info fait un sujet politique, on n’utilisera pas leurs images pour Monte-Carlo Riviera.

Quelle sera la ligne éditoriale de Monte-Carlo Riviera ?

S.Z. : La ligne éditoriale de Monte-Carlo Riviera aura deux axes. Un axe lié à ce qui relève de l’actualité régionale et monégasque. Dans l’actualité, on regroupe tout ce qui est politique, culturel, économique ou art de vivre. L’autre axe sera connecté à l’environnement et aux actions du prince et de son gouvernement. Avec des partenariats qui pourraient impliquer d’autres chaînes de télévision et d’autres fondations liées à l’environnement.

Qui pilotera cette nouvelle chaîne de télévision et quel sera l’organigramme ?

S.Z. : Il est encore trop tôt pour le dire. Pour le moment, Monte-Carlo Riviera est encore une SARL, dont je suis le gérant. Il est prévu de transférer cette SARL à l’État qui la transformera en société anonyme (SA) au 31 décembre 2021. Ensuite, l’État réorganisera l’organigramme. On travaille sur cet organigramme, sur le contenu, sur la ligne éditoriale… Mais c’est beaucoup trop tôt pour que l’on puisse en parler [cette interview a été réalisée le 3 septembre 2021 — NDLR].

Salim Zeghdar, quel pourrait être votre rôle dans cette future chaîne de télévision ?

S.Z. : Aujourd’hui, je suis le gérant de Monte-Carlo Riviera que j’ai créé en SARL pour pouvoir continuer à produire les émissions que je donnais à TV5MONDE. Au départ, je réalisais ces émissions au travers de ma structure Monaco Check In et de Monaco Live Productions. Lorsqu’on faisait 13 émissions par an, c’était facile. Mais quand on est passé à la livraison de 52 documentaires de 26 minutes par an, il a fallu imaginer une autre structure. Voilà pourquoi j’ai décidé de créer Monte-Carlo Riviera. Pour le moment, je passe le flambeau au 31 décembre 2021. Je ne sais pas si je poursuivrai cette aventure. Mais si on me le propose, je le ferai bien volontiers. En attendant, ma mission s’arrête au 31 décembre 2021. Car l’adhésion à TV5MONDE devrait intervenir d’ici cette date.

Quel sera le budget de fonctionnement nécessaire pour cette future chaîne de télévision publique ?

S.Z. : Je ne peux pas encore donner de chiffres. Mais, grosso modo, nous serons sur des budgets de fonctionnement de petites chaînes de télévision régionales, comme TV7 en Aquitaine par exemple. On débutera avec trois journaux télévisés par jour, matin, midi et soir, des talks shows et nos reportages. Les journaux télévisés seront retransmis sur TV5MONDE, puisque cela fait partie de leur cahier des charges. Les talks shows évoqueront des sujets monégasques ou régionaux.

« Monte-Carlo Riviera nous permettra de faire savoir ce qu’on fait à Monaco à l’international. On pourra donner une autre dimension aux actions du prince Albert II, à son gouvernement et aux actions politiques de la principauté. » Salim Zeghdar. Gérant de Monte-Carlo Riviera. © Photo Monaco Hebdo – Anne-Sophie Fontanet

« Pour le moment, Monte-Carlo Riviera est encore une SARL, dont je suis le gérant. Il est prévu de transférer cette SARL à l’État qui la transformera en société anonyme (SA) au 31 décembre 2021. Ensuite, l’État réorganisera l’organigramme »

Salim Zeghdar. Gérant de Monte-Carlo Riviera

Vous allez recruter combien de salariés ?

S.Z. : Je ne sais pas encore. Mais on aura un petit groupe de journalistes. Il ne faut pas imaginer une structure dans l’esprit de France Télévisions. Au maximum, Monte-Carlo Riviera emploiera 10 ou 15 salariés. Je ne peux rien dire de plus. Tout ça est un peu prématuré. Nous avons décidé de répondre aux journalistes parce que, dans la presse, du côté français, on en parle et que cela suscite beaucoup de fantasmes. Mais c’est encore trop tôt pour en dire plus.

Combien coûte le droit d’entrée pour rejoindre TV5MONDE ?

S.Z. : Le droit d’entrée à payer pour TV5MONDE est en train d’être défini. Ce montant sera proportionnel, donc il sera demandé moins à Monaco qu’au Canada ou à la France. Ce n’est pas encore clairement défini, mais ce devrait correspondre à un budget d’environ trois millions d’euros chaque année.

Quel sera le profil des journalistes recrutés et comment garantir l’indépendance journalistique de cette future rédaction ?

L.A. : Nous recruterons des journalistes francophones. Pour le reste, trois instruments juridiques vont régir Monte-Carlo Riviera. Un arrêté ministériel précisera le cahier des charges. Il y aura aussi une charte de déontologie pour cette future chaîne de télévision. Cette charte sera une sorte de Bible pour la commission de déontologie qui sera créée au sein de cette chaîne. Cette commission sera la garante de l’indépendance des journalistes et de la ligne éditoriale.

Qui seront les membres de cette commission de déontologie ?

L.A. : Cette commission de déontologie réunira des membres qui offriront un profil avec une véritable longévité dans la presse, la communication, les affaires juridiques, la télévision… À cela, il faut ajouter d’autres dispositions. Notamment le fait que ce soit le conseil d’administration qui élise son président, qui ne sera donc pas nommé. De la même façon, le choix du directeur général de la chaîne et des programmes relèvera d’une décision prise dans le cadre de la chaîne de télévision. Il ne sera donc pas imposé par oukase de notre part. L’ensemble de ce dispositif a été validé dans le cadre de la négociation avec l’ensemble des partenaires de TV5MONDE. Ce dispositif répond donc à leurs attentes.

Quelle est la date de lancement de cette nouvelle chaîne de télévision ?

S.Z. : Toute la partie administrative vis-à-vis de TV5MONDE est actée. On n’a plus qu’à signer. Une réunion est prévue début décembre 2021 qui marquera notre entrée officielle dans TV5MONDE. On prévoit de lancer cette chaîne au début du deuxième semestre 2022, entre juillet et novembre 2022.

D’ici le deuxième semestre 2022, quelles sont les grandes étapes qu’il reste à franchir ?

S.Z. : La première étape sera donc la signature finale qui fixera notre entrée dans TV5MONDE. Ensuite, il faudra trouver des locaux, avant de mettre progressivement en place la structure et l’organigramme de Monte-Carlo Riviera. Tous les trimestres, il y aura une avancée avec pour but de pouvoir émettre soit en juillet 2022, ce qui est notre objectif. Mais on se donne jusqu’en octobre ou novembre 2022, si ça dérape un peu.

TV5MONDE veut être un « Netflix de la francophonie »

TV5MONDE est présenté comme le troisième réseau de télévision mondial, derrière CNN et MTV. Elle est diffusée dans environ 200 pays et proposée dans 14 langues. Depuis le 9 septembre 2021, TV5MONDE propose une plateforme de streaming francophone gratuite : TV5MONDEplus. Yves Bigot, directeur général de TV5MONDE présente cette plateforme numérique comme une sorte de « Netflix de la francophonie » [lire son interview dans ce numéro — NDLR]. Créée en 1984, TV5MONDE est détenue à 49 % par France Télévisions. Le reste du tour de table est assuré par France Médias Monde (12,64 %), RTBF et SSR (11,11 %), Radio-Canada (6,67 %), Télé Québec (4,44 %), Arte France (3,29 %), et l’INA (1,74 %). Dans les mois à venir, l’entrée de Monaco dans TV5MONDE va donc quelque peu modifier cette clé de répartition.

Pour lire l’interview d’Yves Bigot, président de TV5 MONDE, cliquez ici

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