samedi 15 août 2020
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Premier satellite.
Monaco se lance dans l’espace

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Par le biais de l’entreprise Orbital Solutions Monaco, créée en principauté en 2019, Monaco va bientôt enregistrer son premier satellite dans l’espace. Un nanosatellite, dont l’envoi a été reporté par ArianeSpace plusieurs fois, et qui devra récolter des données météorologiques. Au profit d’autres États ou entreprises.

Initialement prévu le 18 mars 2020, le lancement de la fusée Vega depuis Kourou en Guyane, comportant 53 nanosatellites, avait été reporté au 18 juin 2020. Puis, par trois fois, pour cause météorologique, le lancement a été décalé. Le dernier programmé était dimanche 28 juin, mais des vents défavorables l’en ont empêché. Parmi tous ces nanosatellites parés au décollage, il y en a un qui retient particulièrement l’attention en principauté. Pour cause, il s’agit du premier satellite sous pavillon monégasque enregistré aux Nations unies envoyé dans l’espace. Et c’est à Monaco, via la start-up Orbital Solutions, qu’il a été assemblé. Cette entreprise monégasque a été fondée il y a un an, s’installant dans l’incubateur à start-up de MonacoTech. En très peu de temps, cette entreprise a été capable de réaliser ce nanosatellite, pesant 10 kilogrammes, mesurant 20 centimètres de long, sur 10 centimètres de large, et 30 centimètres de haut. Prêt à l’envoi, il devrait se trouver dans l’espace dès que les conditions météorologiques le permettront. Après plusieurs reports, Arianespace n’a pas reprogrammé de date de départ pour le premier « charter de l’espace », comme le décrit Stéphane Israël, le PDG du groupe français d’aérospatiale, en charge de l’envoi de la fusée. « Ces satellites vont servir à faire des démonstrations de télécommunication, de météorologie, d’observation de la Terre, a-t-il détaillé sur l’antenne de RTL le 19 juin 2020. Il y a un des satellites qui va viser à détecter les émissions de méthane au sol. Donc c’est un satellite à application environnementale, on le fait pour des Canadiens. Il y a un autre satellite qui va faire à la fois de la vidéo et de la prise d’images en temps réel. Avec ce lancement, on a vraiment toutes les applications de l’espace à bord d’une même fusée ».

Chute drastique des coûts

L’entreprise monégasque Orbital Solutions, dirigée par Francesco Bongiovanni, Italien, diplômé d’Harvard et ex-ingénieur chimiste qui a aussi travaillé dans la finance, est située à Fontvieille dans un petit laboratoire aux murs blancs. Seuls trois ingénieurs ont été nécessaires à l’assemblage du nanosatellite, avec des pièces achetées à l’étranger. « Dans ce genre de nouvelle industrie, personne ne sait tout faire. Donc on construit des alliances. Certains composants sont achetés en Europe, aux États-Unis. Ce n’est pas la peine de tout faire. Pourquoi aller refaire un module de batterie, si on peut en acheter un pas trop cher, et on peut le tester, le rafistoler un peu », décrit le PDG d’Orbital Solutions. Sourire aux lèvres, il dépeint le secteur de l’aérospatiale en pleine révolution. « C’est un secteur qui était complètement le domaine des très grosses organisations : Nasa, ESA, Thalès, etc. Parce que ça demandait des capitaux énormes, des énormes préparations. Maintenant, avec les nouvelles technologies, surtout du côté des satellites, la miniaturisation des satellites et des instruments qui vont dans les satellites, on arrive à un changement complet du secteur, avec des petites entreprises qui peuvent agir dans ce secteur. Maintenant un petit satellite, on arrive à le faire pour 1 million. Cent fois moins, deux cent fois moins, trois cent fois moins ». Une réduction des coûts seulement due à une réduction de la taille du satellite ? « On utilise beaucoup de composants, qui sont des composants standards. Cette grosse miniaturisation est surtout venue des smartphones. Par exemple, dans votre smartphone, vous avez le GPS, un accéléromètre, vous avez quelque chose qui prend la température, etc. Tout cela a été fait de plus en plus petit, et cela permet de faire des satellites. » Auparavant, on envoyait un seul gros satellite, aux alentours de « 600-700 millions d’euros », plus le lancement. Aujourd’hui, on peut en envoyer une « flotte » pour couvrir la surface du globe pour 1 million d’euros pièce. Un progrès ?

© Photo Edwin Malboeuf / Monaco Hebdo.

Il tourne environ « 2 500 satellites » au-dessus de nos têtes, selon Stéphane Israël, d’Arianespace et « 34 000 objets de 10 cm ». La pollution spatiale est devenue un sujet important depuis plusieurs années

Pollution spatiale

Il tourne environ « 2 500 satellites » au-dessus de nos têtes, selon Stéphane Israël, d’Arianespace et « 34 000 objets de 10 cm ». La pollution spatiale est devenue un sujet important depuis plusieurs années. A tel point que celle-ci porte même un nom spécifique. « Car en plus des déchets abandonnés ou perdus par les différents programmes spatiaux, il faut compter avec le « syndrome de Kessler », scénario élaboré en 1978 par le consultant de la Nasa, Donald J. Kessler, dans lequel le volume des débris spatiaux atteint un seuil au-dessus duquel les objets en orbite sont fréquemment heurtés par des débris, augmentant de façon exponentielle le nombre de ces débris et la probabilité des impacts. Ainsi, même en arrêtant net les lancements aujourd’hui, le nombre de débris continuerait à augmenter par le seul effet du « syndrome de Kessler » (1). Concernant le satellite monégasque, Francesco Bongiovanni assure que celui-ci ne polluera pas. La raison ? Son placement en orbite basse et sa future auto-destruction. « La durée de vie est de trois à cinq ans. Nous, nos nanosatellites sont en orbite basse, et, de toute manière, quelques années après qu’ils aient fini leur durée de vie, peu à peu, ils rerentrent (sic) dans l’atmosphère. Comme ils sont assez près de la Terre, ils sont attirés petit à petit. Leur orbite baisse disons, et, à un moment, ils rentrent dans l’atmosphère et se désintègrent. » Cette désintégration ne cause aucun dégât dit-il, car « ça se désintègre en ions, en petites particules. Dans le cas des grosses stations, fusées, il y a eu des cas où des morceaux sont retombés sur Terre ». De son côté, toujours sur RTL, Stéphane Israël se veut optimiste : « On a encore beaucoup de place, là-haut. On les envoie sur des orbites différentes. Orbite moyenne, géostationnaire, orbite basse. » L’orbite basse se situe à seulement 540 kilomètres de la surface de la Terre. C’est sur celle-ci que se trouvera OSM-1 Cicero, le nanosatellite monégasque. Si le problème semble moindre s’agissant de ces satellites, qu’en est-il du reste ? « Il y a des solutions qui sont en train de naître, comme d’envoyer un satellite qui repousse les gros débris dans l’atmosphère pour se désintégrer. D’autres sont en train de penser à des bras mécaniques qui viennent les récolter. Les Nations unies demandent à ce que, au maximum 25 années après la fin de mise en service d’un satellite, il rentre dans l’atmosphère pour se désintégrer », informe Francesco Bongiovanni.

Technologie de pointe

Ce nanosatellite sera capable de faire un tour complet de la Terre en seulement 90 minutes. Et ce, par la simple force d’inertie. « Sans avoir de propulsion, il va à 27 000 km/h. C’est la mécanique céleste, c’est cette espèce de chute infinie », s’exclame l’entrepreneur monégasque. Seuls des panneaux solaires lui sont attachés, pour permettre des petits mouvements de réajustements. « Il a besoin d’énergie pour faire des petites manœuvres d’ajustement, être dans l’axe qu’il faut, envoyer les données. Il y a des panneaux solaires qui se déploient, avec un petit mécanisme ». Quelle sera l’application pour le nanosatellite monégasque une fois en orbite ? « Ce satellite va récolter des données atmosphériques par un système d’occultation radio, qui a été développé à la JPL/Nasa. C’est une technologie très pointue, qui permet en captant les signaux GPS des satellites GPS et leurs changements quand ils rentrent dans l’atmosphère en orbite basse, de déduire toute une série de données comme pression, température, vapeur d’eau etc. ». Une technologie de pointe qui permet à ce petit satellite de récolter des données météorologiques en s’aidant des satellites déjà présents. Un nanosatellite possède-t-il pour autant les mêmes capacités qu’un satellite plus imposant ? « Pour certaines choses, oui. Pour d’autres, certainement non. C’est-à-dire là où il faut de la puissance et de la place, on ne peut pas. Par exemple, un satellite qui doit faire des communications importantes, qui a besoin de puissance car il doit bouger des moteurs, orienter un télescope constamment, on ne peut pas car les panneaux solaires qu’il y a besoin pour ces puissances sont beaucoup plus gros. Ou alors, un satellite qui doit transporter une optique grosse pour aller voir des choses toutes petites sur la Terre, il n’y a pas la place », développe le patron d’Orbital Solutions. Toutes les données récoltées ne le seront pourtant pas au profit de la principauté, mais des Américains entre autres. « Les opérations, une fois que le satellite est en haut, sont suivies par nos partenaires industriels américains, pour la récolte de données puis ensuite ça se vend par exemple à l’agence météo américaine. Et ça va se vendre aussi à des entreprises en Europe. On est en train de parler à l’Inde, à Singapour ».

Une vitrine pour Monaco

Toujours dans une politique d’attractivité et de recherche de positionnement sur la scène internationale, Monaco conquiert ici un domaine qui lui était étranger : l’espace. Pour autant, elle le fait à la hauteur de ses moyens. Par un nanosatellite qui n’aura de monégasque que l’assemblage dans ses locaux de Fontvieille, et qui n’utilisera pas les données récoltées là-haut puisqu’elles seront vendues à diverses entreprises. Au-delà du symbole, le résultat est donc limité. Francesco Bongiovanni estime que les retombées viendront par d’autres circuits. « Pour Monaco, il y a un impact indirect, car c’est tout de même quelque chose de haut prestige. Personne n’aurait dit que Monaco allait faire ce genre de choses. Et c’est dans l’axe de la principauté sur l’environnement, le climat. Nous, on se focalise sur ces applications. […] Au niveau de l’économie, c’est un secteur qui s’ouvre, le secteur qui a le plus d’avenir, car c’est celui qui a le plus de croissance dans l’industrie aérospatiale. Et s’il y a 5 ans ou 10 ans, je vous avais dit : « On va faire de l’aérospatiale à Monaco », c’était absolument impensable, car il fallait des milliards et des grosses installations. Tandis que là, on a 300 m2, avec notre laboratoire, et on peut produire des choses pour l’espace. » L’entreprise compte bien poursuivre sa production aérospatiale après ce premier lancement, en accentuant le caractère transnational de celle-ci : « Vu que Monaco n’a pas de centre de recherche, nous construisons des alliances. Avec ces alliances, on met sur pied toute une structure financière pour lancer de nouveaux projets. Nous sommes très heureusement condamnés à être orientés le plus possible vers la collaboration internationale ».

Quelle plus-value pour l’environnement ?

Là aussi, soucieuse d’une image d’État-modèle en matière d’environnement, Monaco poursuit cette entreprise à l’international dans ce secteur nouveau pour elle. Mais que peut réellement apporter cette technologie dans la lutte contre le dérèglement climatique ? « Ça permet de faire certaines choses à un coût moindre par rapport à ce qu’on faisait classiquement du côté du climat. On est en train de voir des systèmes sur petit satellite pour détecter les gaz à effet de serre, de manière très précise ». Les identifier pour pouvoir les réduire ? « Une fois que vous les avez géolocalisés, ça permet de faire des solutions au sol. » Il n’est pas évident qu’un satellite soit nécessaire pour identifier des sources d’émissions de gaz à effet de serre déjà bien connues : transports et industries. L’intérêt est sans doute ailleurs comme l’explique également Francesco Bongiovanni. C’est l’entrée de la principauté dans le « New Space », comme l’écrit le communiqué envoyé précédant le lancement. Mais qu’est-ce que le « New Space » ? « C’est ce secteur de l’espace qui est fait avec les nouvelles technologies. Ce que fait Elon Musk [le PDG de Space X – N.D.L.R.], fait partie du New Space. C’est une nouvelle manière de penser les choses. Par exemple, il a dit : « On pourrait récupérer le premier étage des fusées, en le faisant retourner et se poser en marche arrière. » On a dit qu’il était fou. Avant, la fusée partait et c’était terminé. » Pour rappel, Elon Musk avait annoncé il y a quelques années son projet de coloniser Mars. « Ils vont y arriver. La technologie va y arriver, pour, du moins, envoyer des gens sur Mars. Les justifications, les objectifs ultimes, c’est autre chose. Quand les Américains ont envoyé le programme Apollo pour faire alunir le premier homme, il y a eu tout un tas de retombées du côté de la technologie qui sont arrivées. […] Je pense que c’est ce qui va se passer aussi. L’objectif plus immédiat qu’ils ont à la Nasa, c’est la colonisation de la Lune. Enfin, de faire des bases sur la Lune. » Des retombées de quel type ? « Sur les communications, les ordinateurs, les matériaux, les propulseurs, les moteurs, les antennes, sur tout. Ça donne une impulsion à tout un tas de technologies ». Grand rêve humain s’il en est, la conquête spatiale comporte tout de même aujourd’hui son lot de contraintes liées à la prise de conscience écologiste. Plus d’objets dans le ciel pour moins de pollution terrestre ? L’équation reste à résoudre.

1) La pollution spatiale, plus inquiétante que jamais, Hugo Jalinière, Sciences et avenir, 11 mai 2013.

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