lundi 26 octobre 2020
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Haut conseil pour le climat : « Insérer le plan de reprise dans les limites du climat et non l’inverse »

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Créé en 2018 par Emmanuel Macron, le Haut conseil pour le climat, a rendu son second rapport annuel. Il dresse un constat froid et limpide : malgré quelques progrès, l’action des pouvoirs publics en faveur du climat demeure bien insuffisante au regard des objectifs fixés.

C’est un marronnier. Les rapports d’institutions scientifiques sur le climat s’amoncellent, et, chaque année, le constat est le même : l’urgence se fait toujours plus pressante et l’action toujours insuffisante. Le second rapport annuel du Haut conseil pour le climat (HCC), « Redresser le cap, relancer la transition », disponible sur son site Internet en accès libre, ne dit pas autre chose que les autres institutions expertes dans le domaine du climat : les avancées sont trop maigres et trop lentes. Organisme consultatif indépendant créé en France en novembre 2018, au début du mouvement des Gilets jaunes, le HCC est composé de 13 scientifiques regroupant une diversité de disciplines comme l’économie, la sociologie, la géographie, et, bien sûr, la climatologie. Il est « chargé d’émettre des avis et recommandations sur la mise en œuvre des politiques et mesures publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France ». Cependant, bien qu’implanté dans le pays voisin, les recommandations que cet organisme propose peuvent être usuelles pour Monaco. Surtout, les analyses d’émissions de gaz à effet de serre en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) contenues dans le rapport concernent Monaco ; la principauté étant enclavée dans cette région, la pollution ne s’arrêtant pas aux frontières. La région Paca est la cinquième région la plus émettrice de gaz à effet de serre, dépassant même légèrement la région Île-de-France. En cause, les transports et l’industrie, responsables de la majorité des émissions. Les données disponibles datent de 2017. Rapportés à la population et à la richesse, la région Paca demeure, là aussi, parmi les plus polluantes de France.

Un plan de reprise sans contraintes écologiques

Malgré un constat ferme et critique sur les politiques menées, le HCC « constate des progrès dans la gouvernance, un accroissement des annonces, mais pas d’avancée structurelle quant au rythme de baisse des émissions ». Le HCC insiste sur l’absolue nécessité d’inclure la contrainte climatique dans chaque politique publique. « Il faut insérer le plan de reprise dans les limites du climat et non l’inverse. Les premières dispositions du gouvernement dans le plan de reprise ne vont pas dans le sens de nos recommandations. Les premières mesures de sortie de crise ont été tournées vers les secteurs très émetteurs de l’automobile, et de l’aviation sans conditionnalités fermes concernant leur évolution vers une trajectoire compatible avec les objectifs climatiques », a constaté Corinne Le Quéré, climatologue franco-canadienne, qui préside le Haut conseil pour le climat. Elle estime que « beaucoup de mesures de crise sont compatibles avec les objectifs climat » et que « le climat doit devenir un cadre de référence de l’action publique ». Le HCC identifie plusieurs mesures de sortie de crise qui sont compatibles avec les objectifs climat, en particulier : la rénovation énergétique des bâtiments ; les investissements dans les transports publics et les infrastructures de mobilité douce ; les mesures d’efficacité énergétique et d’électrification et la R&D dans l’industrie ; l’augmentation du stockage de carbone dans les sols et le développement des protéines végétales ; le déploiement des énergies renouvelables.

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« Rien n’a changé durant le confinement : nous avons les mêmes voitures, les mêmes routes, les mêmes systèmes de chauffage et les mêmes industries ». Le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant

Quatre secteurs polluants

Ce rapport a permis d’identifier les secteurs les plus polluants, et qu’il faut donc cibler en priorité. « Les quatre grands secteurs émetteurs sont le transport, responsable de 30 % des émissions, suivi des trois secteurs de l’agriculture, du bâtiment et de l’industrie. Ils sont chacun responsables pour 18 à 19 %. Les transformations structurelles ne sont pas engagées dans aucun des quatre secteurs les plus émetteurs », déplorent les membres du HCC, par la voix de sa présidente, Corinne Le Quéré. Le HCC met aussi l’accent sur une « transition juste », en associant bien plus largement les citoyens aux décisions politiques, enjoignant ainsi à ne pas répéter l’erreur de l’augmentation de la taxe carbone, perçue comme injuste et à l’origine du mouvement des Gilets jaunes. A ce titre, le HCC salue l’initiative de la Convention citoyenne pour le climat, dont les propositions ont été rendues publiques une dizaine de jours avant ce rapport. En résumé, « si une seule recommandation devait être conservée de ce rapport, elle serait de bannir tout soutien aux secteurs carbonés du plan de reprise et de l’orienter le plus possible sur des mesures efficaces pour la baisse des émissions de gaz à effets de serre », écrivent les scientifiques du HCC. Ils regrettent le manque de contrepartie au soutien économique accordé par les pouvoirs publics. « Les dispositions sont peu contraignantes et n’incluent pas de mesures d’évaluation. En bénéficiant de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour aider à la reprise économique, les entreprises françaises pourraient être sollicitées plus fermement par des mesures contraignantes. » Corinne Le Quéré a ajouté pendant la visioconférence avec la presse annonçant la sortie du rapport, que « rien n’a changé durant le confinement : nous avons les mêmes voitures, les mêmes routes, les mêmes systèmes de chauffage et les mêmes industries ». Le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant.

Croissance et écologie incompatibles ?

En 1972, Dennis Meadows, scientifique américain du Massachusetts Institute of Technology (MIIT), publie avec trois autres confrères le rapport Meadows à la demande du Club de Rome, qui pour la première fois, alerte les pouvoirs publics et l’opinion sur les limites terrestres de la croissance. Ce rapport conclut à l’insoutenabilité d’un modèle de civilisation fondé sur une croissance démographique et économique exponentielle. Questionnée à ce sujet, la présidente du HCC paraît optimiste. « Dans le passé, la croissance économique a été liée de très près sur des décennies à l’augmentation de l’énergie et des émissions. Mais dans les deux dernières décennies, on voit un découplage relatif. C’est-à-dire que la croissance économique augmente plus rapidement que les émissions. On voit même un découplage absolu dans plusieurs pays, où les émissions diminuent alors que la croissance économique augmente. Ce découplage, par contre, est moins évident quand on regarde l’empreinte carbone, que quand on regarde les émissions territoriales qui sont reportées aux Nations unies. […] Ce qui est clair, c’est que de prendre des décisions strictement économiques sans tenir compte des problématiques du climat, de l’environnement en général, ça ne va pas du tout. Il faut que les décisions économiques soient en accord avec les objectifs carbone que l’on s’est fixés. » Pour autant, difficile d’analyser ce couplage-là à l’échelle d’un pays, lorsqu’on pense, par exemple, aux délocalisations d’industries qui déplacent la pollution dans un pays tiers. « On peut en particulier retenir des travaux académiques que la causalité entre croissance de la consommation d’énergie et croissance de la richesse varie au cours du temps et selon les pays, et qu’il est improbable d’obtenir des réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) suffisantes à court terme en ne comptant que sur un découplage des émissions et du produit intérieur brut (PIB) : il est nécessaire de compléter de telles mesures par des mesures de sobriété et un respect strict des objectifs quantitatifs de réduction d’émissions », ajoute-t-elle. Des objectifs de sobriété a priori incompatibles avec l’installation de la technologie 5G dont l’arrivée en France, mais également à Monaco dans une moindre mesure, provoque de nombreux débats (lire Monaco Hebdo n° 1114 et 1139). Au-delà des risques pour la santé que peut représenter la 5G, mais qui ne sont pas avérés à ce jour, l’accroissement important de la capacité d’échanges de flux de données vient contrevenir quelque peu aux exigences de sobriété énergétique. La 5G doit permettre un débit dix fois plus rapide que le réseau 4G. Une invitation à consommer davantage de données. Alors que, comme le note le rapport du HCC, « la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a pas progressé en 2019. Une baisse de 0,9 %, c’est loin des 3 % de réduction par année attendus dès 2025. Le réchauffement climatique continue de s’aggraver. L’année 2019 a été la plus chaude pour la température de surface en Europe et a été marquée par deux vagues de chaleur, et une sécheresse exceptionnelle. C’est pourquoi nous devons redresser le cap, et relancer la transition bas carbone ». Malgré une mise en pause du monde entier pendant quelques mois, l’année 2020 devrait également battre des records de température.

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