vendredi 3 décembre 2021
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Fondation prince Albert II : 15 ans d’actions en faveur de l’environnement

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La fondation prince Albert II fête cette année ses 15 ans d’engagement et d’initiatives en faveur de la protection de l’environnement et de la promotion du développement durable. L’occasion pour son vice-président, Olivier Wenden, de dresser un bilan de cette action et d’évoquer les grands défis environnementaux de demain.

Il flottait comme un parfum d’émotion et de nostalgie au Grimaldi Forum, vendredi 29 octobre 2021, lors de la traditionnelle remise des prix pour la santé planétaire. Et pour cause, ce soir-là, la fondation prince Albert II célébrait ses 15 ans d’engagement en faveur de la protection de l’environnement et la promotion du développement durable, tant à l’échelle locale qu’internationale. « Il est émouvant de penser que derrière les 700 projets que nous avons conduits ou soutenus au cours de ces années, grâce aux 90 millions d’euros que nous avons engagés, nous avons permis de mieux préserver des dizaines d’espèces, nous avons contribué à protéger des centaines d’écosystèmes, et nous avons aidé des milliers de nos contemporains », s’est ainsi félicité le souverain, fier du chemin parcouru par la fondation depuis sa création en juin 2006. Au moment de dresser le bilan de ces quinze années d’actions, le prince Albert II n’a pas non plus manqué de remercier chaleureusement et de saluer le rôle, ô combien précieux, de celles et ceux (équipes, donateurs et partenaires), qui ont contribué à la réalisation de ces projets salvateurs pour la planète. « J’ai croisé des gens de nombreux pays et de tous âges, des gens dans des situations sociales extrêmement différentes. […] Ce que j’ai ressenti, au cours de ces quinze ans, c’est combien tous étaient dépendants d’un même destin, qui s’appelle la planète Terre. C’est pour eux que nous sommes mobilisés, c’est grâce à eux que nous avançons, et c’est avec eux que nous réussirons. Car la défense de l’environnement est toujours une histoire d’hommes et de femmes », a rappelé le prince Albert au cours de cette soirée d’anniversaire.

Plus de 700 projets réalisés

Vice-président de la fondation depuis 2019, Olivier Wenden témoigne, lui aussi, sa reconnaissance aux nombreux mécènes qui ont soutenu ces quelque 700 projets dont certains auront permis de sauver des espèces menacées de disparition. C’est le cas du thon rouge qui a vu sa population repartir à la hausse en cinq ans ou encore du phoque moine de Méditerranée pour lequel la fondation constate des « résultats encourageants ». Durant ces 15 années, elle aura aussi milité pour la préservation de certains espaces naturels comme les pôles, les forêts… Sans oublier l’océan : « La forte implication du souverain a fait pencher la balance en faveur de l’océan qui est devenu un vrai sujet de discussions internationales avec une meilleure compréhension de son rôle dans la régulation climatique, explique Olivier Wenden. D’ailleurs, l’océan figure dans le préambule de l’accord de Paris à la COP15. Les États définissent désormais des normes et des mesures concernant leurs engagements sur ce sujet ». Le vice-président n’oublie pas non plus les acteurs locaux engagés dans cette démarche : l’institut océanographique, le centre scientifique de Monaco mais aussi le Yacht-Club qui y participent notamment au travers d’événements tels que la Monaco Blue Initiative qui réunit chaque année à Monaco des décideurs politiques et économiques autour de scientifiques. Car l’une des volontés du prince Albert a toujours été de mettre la science au cœur des débats. En témoigne sa détermination à obtenir une publication du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur l’état de santé de l’océan et de la cryosphère dans un contexte de changement climatique. Rapport qui sera finalement adopté en principauté en septembre 2019.

© Photo Axel Bastello / Palais Princier.

« Chacun a un rôle à jouer, quel que soit le niveau. Plus nous serons nombreux à vouloir agir durablement et ensemble, mieux le monde se portera. On ne peut donc qu’encourager ces mouvements de jeunesse »

Olivier Wenden. Vice-président de la fondation prince Albert II

Neuf initiatives

Mais ce n’est pas tout. En plus de ces nombreux projets, la fondation prince Albert II a aussi développé ses propres initiatives. Neuf au total. On citera pêle-mêle le programme Mr. Goodfish lancé en 2010 pour promouvoir une consommation plus responsable des produits de la mer, l’initiative Homme-Faune sauvage qui vise à faire émerger des propositions innovantes et concrètes en faveur d’une amélioration des relations entre la faune et les activités humaines, ou encore le MedFund, un fonds fiduciaire environnemental créé en 2015 par Monaco, la France et la Tunisie pour financer les aires marines protégées en Méditerranée. La pollution plastique en mer figure aussi parmi les priorités de la fondation qui a lancé, en 2019, l’association Beyond plastic Med (BeMed) dans le but de lutter contre ce fléau planétaire. « Nous avons été les premiers à ne pas chercher à nettoyer, mais plutôt à résoudre le problème à la source, avec un beau succès, souligne Olivier Wenden. Depuis l’année dernière, un collège d’entreprises parmi lesquelles Carrefour, Chanel, Haribo, InterContinental, Nestlé… se mobilise pour changer les modes de production, réduire le packaging et avoir une réflexion sur les nanoparticules plastiques ». « Il faut s’atteler aux grands défis du temps en apportant des solutions concrètes, pragmatiques en fédérant les acteurs », insiste le vice-président. Car l’une des forces de la fondation prince Albert II réside dans sa capacité à fédérer des protagonistes à tous les niveaux, qu’ils soient scientifiques, décideurs politiques et économiques, ou membres de la société civile, afin d’avoir un effet d’engagement et d’entraînement.

Prise de conscience

Et s’il regrette parfois que « les choses n’aillent pas plus vite dans la bonne direction », Olivier Wenden se montre optimiste pour l’avenir citant en exemple des mesures concrètes telles que le Pacte vert européen (European Green Deal) adopté le 14 juillet dernier par les 27 États membres de l’Union européenne (UE) pour faire de l’Europe « le premier continent neutre pour le climat d’ici 2050 ». Ou encore le plan de relance de la présidence américaine qui fait la part belle à l’environnement avec un investissement de 50 milliards de dollars destinés à la lutte contre le changement climatique. « Des solutions se mettent en place. De plus en plus d’États ont pris conscience des enjeux, des défis, mais aussi des opportunités qui se présentent. On le pressent, et on l’espère néanmoins, que la crise du Covid et le monde post-Covid offriront des obligations de réponse ». Le vice-président de la fondation prince Albert II voit aussi d’un très bon œil la mobilisation des jeunes pour l’environnement. « On ne peut que s’en réjouir puisque chacun a un rôle à jouer, quel que soit le niveau. Plus nous serons nombreux à vouloir agir durablement et ensemble, mieux le monde se portera. On ne peut donc qu’encourager ces mouvements de jeunesse. Parce que ce sont de grands consommateurs. Les millennials [génération Y, regroupant les personnes nées entre le début des années 1980 et la fin des années 1990 — NDLR] sont les consommateurs actuels, et ils n’ont pas les mêmes valeurs d’achats que les générations précédentes ». Autre motif d’espoir, cette prise de conscience environnementale semble aujourd’hui se propager à l’ensemble de la population mondiale : « L’impact du changement climatique est de plus en plus présent et de plus en plus visible dans toutes les régions du monde. Les forêts qui brûlent en Californie, l’Afrique subsaharienne, la Sibérie, l’Amazonie, la déforestation, les inondations en Europe, les glissements de terrain, les tempêtes qui se multiplient… Tout le monde perçoit qu’il y a une accélération de ce changement, dans la fréquence et dans l’ampleur des dégâts causés. Il y aura toujours des climato-sceptiques, même s’il y en a de moins en moins dans le discours politique et médiatique, mais les plans d’actions dépassent aujourd’hui l’effet d’annonce, constate avec satisfaction Olivier Wenden. Des choses très concrètes se mettent en place dans le secteur privé. On le voit à notre échelle sur l’engagement des multinationales françaises sur le plastique, il y a un réel effort de réflexion dans tous les secteurs pour redéfinir les process, optimiser les coûts en investissant dans le renouvelable, simplifier le packaging en trouvant des modes alternatifs. Il y a cette appétence pour l’innovation, pour réduire cet impact. La société civile pousse beaucoup et les leaders politiques aujourd’hui entendent cet appel et donnent des gages pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, favoriser une transition écologique, améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, et poser des questions aussi sur les modes de consommation notamment autour de l’agriculture, puisque le bétail est une source importante de problématique climat ».

« J’espère que le monde sera plus équilibré et beaucoup plus à l’écoute de la nature. Il y a un potentiel phénoménal en termes d’emplois, de croissance si on reste à l’écoute et si on respecte la nature et les cycles de vie »

Olivier Wenden. Vice-président de la fondation prince Albert II

Un nouveau modèle de société ?

Cette pandémie sans précédent et cette prise de conscience mondiale pourraient-elles alors accoucher d’un nouveau modèle de société ? Olivier Wenden veut y croire : « J’espère que le monde sera plus équilibré et beaucoup plus à l’écoute de la nature. Et je ne dis pas ça dans une approche réactionnaire. Il faut déployer tout le potentiel qu’offrent la nature, l’océan, les forêts, la biodiversité. Il y a un potentiel phénoménal en termes d’emplois, de croissance si on reste à l’écoute et si on respecte la nature et les cycles de vie. J’ai vraiment cet espoir qu’au sortir de la pandémie, la reconstruction et la reprise puissent se faire sur ce bon sens ». L’avenir de notre planète en dépend selon le vice-président de la fondation, conscient toutefois du chemin qu’il reste à parcourir : « Le climat est un sujet très urgent mais la surpêche est un réel sujet de fond actuel qui n’est peut-être pas assez mis en avant. Or, nous avons vu grâce à l’engagement du prince de Monaco et de sa fondation, lorsque nous avons relâché la pression sur le thon rouge, les stocks sont repartis à la hausse et aujourd’hui, nous pouvons encourager et favoriser une pêche durable de cette espèce. En mer, les choses peuvent aussi s’améliorer lorsque l’homme donne un peu de mou. Il faut vraiment favoriser les mesures d’équilibre entre la nature et le développement économique ». La fondation prince Albert II continuera en tout cas à remplir ses missions de sensibilisation et d’éducation au développement durable. Elle poursuivra également ses projets aux quatre coins du globe en ayant toujours la volonté d’avoir le plus d’impact possible « pour s’assurer, sur le long terme, de changer des comportements, raviver, restaurer une zone durement menacée. C’est le rêve de tout le monde donc c’est ce que nous cherchons systématiquement à améliorer ». La fondation a d’ailleurs lancé, en 2021, un rapport d’impact pour l’ensemble de ses mécènes afin de leur indiquer comment l’argent est investi. Car le financement reste le nerf de la guerre, y compris pour une fondation à la renommée internationale : « La difficulté, c’est quand même de lever des fonds. Nous mettons un point d’honneur à respecter strictement nos engagements. La bonne gestion de la fondation a permis d’honorer l’intégralité des engagements pendant les 18 mois de Covid-19 ». L’implication du souverain est pour cela indispensable à la fondation : « Il a permis de gagner en crédibilité et d’asseoir une légitimité notamment sur les questions liées à l’océan mondial. Nous avons réussi à forger un réseau d’acteurs engagés avec lesquels nous parvenons, à monter nos propres projets », conclut Olivier Wenden. Un engagement réaffirmé à la tribune de la COP26, où le prince a une nouvelle fois martelé ses idéaux en matière d’environnement et qui devraient conforter la visibilité de la fondation qui porte son nom.

Fondation prince Albert II : Les lauréats 2021 dévoilés

Au cours de cette soirée d’anniversaire, la fondation prince Albert II a remis ces traditionnels prix pour la santé planétaire. Dans la catégorie Eau, c’est la jeune militante Autumn Peltier qui a été récompensée pour son engagement en faveur de l’accès à l’eau potable pour les peuples autochtones au Canada. Âgée de 17 ans, cette commissaire en chef de l’eau de la nation Anishinabée est ainsi devenue la plus jeune lauréate de l’histoire de la fondation prince Albert II. Le prix de la Biodiversité a, lui, été décerné à l’IPBES. Derrière cet acronyme se cache la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, qui produit des rapports sur la biodiversité mondiale enrichissant ainsi les connaissances en la matière. Présente au Grimaldi Forum, vendredi 29 octobre, sa secrétaire générale Anne Larigauderie, a insisté sur « la crise de la biodiversité » qui ne doit, selon elle, pas être négligée car « les contributions de la nature à l’humanité sont plus dégradées aujourd’hui qu’à n’importe quel moment de l’histoire de l’humanité, mais la science nous dit que nous pouvons encore inverser le cours des choses si nous agissons de toute urgence, en provoquant un changement transformateur pour les gens et la planète ». Dernier prix remis ce soir-là, celui du changement climatique attribué à l’organisation de Bren Smith GreenWave, spécialisée dans l’agriculture océanique régénérative. À noter enfin, qu’en partenariat avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la fondation prince Albert II a également attribué des bourses à 27 étudiants doctorants issus de pays en voie de développement afin de soutenir leur travail et recherches sur le changement climatique.

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Monaco Hebdo