vendredi 27 novembre 2020
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Marie-Christine Bonzom : « Le Covid-19 a été un tremplin pour Joe Biden »

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Même si, pour le moment, Donald Trump refuse de reconnaître sa défaite, Joe Biden va devenir le 46ème président des Etats-Unis.

Politologue, journaliste et spécialiste des États-Unis  (1), Marie-Christine Bonzom commente pour Monaco Hebdo cette élection très mouvementée, et évoque ses conséquences pour les quatre années à venir. 

Quel bilan faites-vous de cette élection américaine ?

Donald Trump avait un atout énorme : il était le président sortant. Or, aux Etats-Unis, un président sortant a deux chances sur trois d’être réélu. Trump est donc devenu le premier président sortant à échouer depuis George Herbert Walker Bush (1924-2018), en 1992. Mais cet atout qu’avait Trump a été fortement atténué, car sa gestion de l’épidémie de coronavirus a été jugée calamiteuse par une majorité d’Américains. C’est ce qui lui a en grande partie coûté l’élection. Pourtant, au vu des résultats, il s’en tire relativement bien. Ce n’est pas une humiliation. Il n’y a pas eu de raz-de-marée démocrate, et il a fait mentir les sondages en faisant mieux, du point de vue score, qu’en 2016. Donald Trump a élargi son socle électoral à la fin de son mandat. Alors qu’il a commencé sa présidence en janvier 2017 avec environ 43-44 % de cote de popularité, il a fini aux alentours de 45 %. Donc tout au long de sa présidence, il n’a pas réussi, voire il n’a pas cherché à élargir sa popularité. En fin de mandat, il a acquis davantage de soutien de la part notamment des minorités qu’il n’en a eu en 2016, face à Hillary Clinton.

Et concernant Joe Biden ?

Pour Joe Biden, c’est un peu l’image inverse. Il a été élu, mais avec un pays extrêmement fracturé, qui s’est exprimé avec un taux de participation historique, aux alentours de 68 %. Pour trouver un taux de participation équivalent, il faut remonter à la fin du XIXème siècle, et à l’élection présidentielle de 1900. Donc les Américains ont donné une leçon de démocratie à leur classe politique traditionnelle, républicains et démocrates, en bravant la peur du Covid-19, pour aller voter en masse. Joe Biden a été élu, mais il ne bénéficie pas d’une vague et encore moins d’un raz-de-marée démocrate.

Comment jugez-vous la qualité de la campagne électorale ?

Cette campagne électorale a été affligeante. Mais ce n’est pas surprenant, car nous avons atteint aux Etats-Unis le paroxysme de l’hyperpolarisation bi-partisane des deux partis, démocrate et républicain. Ils monopolisent l’accès et le maintien au pouvoir en s’entendant sur une seule chose : l’exclusion de tout autre parti et de tout autre candidat indépendant. Ils font en sorte que ces candidats alternatifs n’aient pas voix au chapitre.

Mais il y a les médias pour cela ?

Les médias américains ne leurs donnent pas la parole non plus. Résultat, on assiste à de terribles duels entre démocrates et républicains. En 2016, on a déjà vécu un paroxysme dans l’invective, avec Hillary Clinton et Donald Trump, qui étaient les deux candidats à la Maison Blanche les plus détestés de l’histoire politique américaine. Cette fois, on a encore eu un candidat détesté, avec Trump, et un candidat plus affable, avec Biden. Du coup, on s’est encore retrouvé dans une configuration avec deux partis, qui a débouché sur un duel très dur et qui a porté la qualité du discours public et politique dans le caniveau.

Photo : DR

« Aux Etats-Unis, un président sortant a deux chances sur trois d’être réélu. Trump est donc devenu le premier président sortant à échouer depuis George Herbert Walker Bush (1924-2018), en 1992 »

Pourquoi les médias américains donnent si peu la parole aux candidats alternatifs ?

La société américaine est très fracturée et les médias américains reflètent cette division. Donc les médias sont eux-mêmes démocrates ou républicains. Ces dernières années, la presse américaine a perdu son compas déontologique. Dans les médias américains, il est de plus en plus difficile de discerner les faits de l’opinion. Or, cela était pourtant une marque de fabrique supposée de l’ensemble de la presse anglo-saxonne dans son ensemble, Angleterre, Etats-Unis et Canada. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de journalistes qui sont des porte-voix des partis politiques dont ils sont proches. Certains sont même d’anciens membres des administrations républicaines ou démocrates.

Un exemple ?

Par exemple, George Stephanopoulos, présentateur sur ABC News, est l’ancien porte-parole du président Bill Clinton. En face, on a aussi d’anciens membres de l’administration de George Herbert Walker Bush ou de George W. Bush, qui sont devenus journalistes ou chroniqueurs. Donc les médias américains reflètent et intensifient cette polarisation bi-partisane et paroxystique à laquelle nous avons assistée lors de cette campagne.

Qu’est-ce qui aura été décisif dans cette élection ?

La crise du Covid-19 a été le tremplin de la candidature de Joe Biden. Il s’était déjà présenté deux fois à la présidentielle, en 1988 et en 2008, face à Hillary Clinton et Barack Obama à l’époque. Mais il a dû battre en retraite à cause de « gaffes » à caractère raciste, notamment envers Obama. Avant la crise du Covid-19, Joe Biden était à nouveau en très grande difficulté dans cette campagne. Kamala Harris, qui a finalement été choisie pour devenir vice-présidente des Etats-Unis, a accusé Joe Biden d’être sexiste et raciste. De plus, en janvier et février 2020, parmi les candidats les mieux placés, il y avait Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, donc des gens beaucoup plus à gauche que lui.

Comment Joe Biden s’en est sorti, alors ?

Joe Biden est devenu un candidat démocrate par défaut. Car l’appareil du parti démocrate a exercé des pressions sans précédent sur Bernie Sanders, Elizabeth Warren et sur Pete Buttigieg, le jeune maire homosexuel de la ville d’Indiana pour qu’ils abandonnent juste avant la primaire de Caroline du Sud. Après 2016, Bernie Sanders a obéi et s’est à nouveau écarté, tout comme Elizabeth Warren et Pete Buttigieg. Donc la voie royale était ouverte pour que Biden puisse remporter la primaire de Caroline du Sud, où le parti démocrate, et ses alliés  au sein de la communauté noire, ont fait en sorte que l’électorat noir se mobilise comme jamais autour de sa candidature.

Et donc, quel poids a joué l’épidémie de Covid-19, face à laquelle Donald Trump est resté assez passif ?

En mars 2020, l’épidémie de Covid-19 a permis à Biden de mettre en avant le contraste entre lui et Trump sur tous les plans. D’abord, sur le plan de la compassion pour les victimes du coronavirus, pour qui Trump n’a presque eu aucun mot. Ensuite, sur le plan de la politique sanitaire, Biden a milité pour le port du masque, pendant que Trump minimisait cette épidémie et raillait l’usage du masque comme protection.

Avec plus de 75 millions de votes en sa faveur, Joe Biden a rassemblé le plus grand nombre de suffrages de l’histoire des Etats-Unis : cela lui apporte davantage de légitimité ?

Bien sûr. D’ailleurs, Joe Biden l’a souligné à chaque fois qu’il a pris la parole. Il a martelé ce chiffre au fur et à mesure qu’il grandissait. Le 7 novembre 2020, il a affirmé qu’il disposait d’un « mandat » pour agir. Avoir réuni plus de suffrages qu’Hillary Clinton et que Barack Obama est important sur le plan politique, et il va s’en servir, c’est sûr.

Donald Trump refuse de reconnaître sa défaite et, dans les semaines à venir, il a promis une véritable guerre juridique : que peut-il vraiment espérer ?

Cela nous ramène un peu à la situation de l’an 2000. A l’époque, on a eu un duel entre Al Gore, l’ancien vice-président du démocrate Bill Clinton, et George W. Bush, le candidat républicain, gouverneur du Texas à l’époque. Cette présidentielle était très serrée, et notamment en Floride. Le soir des résultats, Al Gore a d’abord appelé George W. Bush pour reconnaître sa défaite. Mais, une demi-heure après, il a rappelé Bush pour se rétracter, et indiquer qu’il allait lancer des recours, car c’était très serré en Floride. Une bataille juridique et politique monumentale a alors été livrée pendant plusieurs semaines.

Et que s’est-il passé ?

L’affaire s’est jouée dans trois comtés démocrates du sud de la Floride, du côté de Miami. Il a d’abord fallu contester dans l’Etat de Floride, puisqu’aux Etats-Unis les opérations de vote sont organisées par chaque Etat, et non pas par l’Etat fédéral. Or, chaque Etat a des systèmes d’opérations de vote différents. Les Etats peuvent décider jusqu’aux horaires d’ouverture et de fermeture des bureaux de vote, par exemple. Une fois que les recours d’Al Gore ont été épuisés dans l’Etat de Floride, il est remonté à la Cour suprême des Etats-Unis, qui a estimé que l’écart était favorable à George W. Bush en Floride, et que, par conséquent, il était élu président. Ce n’est donc que le 13 décembre 2000, soit la veille de la réunion du collège électoral, qui se réunit traditionnellement le 14 décembre, qu’Al Gore a officiellement reconnu sa défaite et la victoire de Bush.

C’est la même situation aujourd’hui ?

Un peu. Et cette situation est amplifiée, dans la mesure où le président sortant, Donald Trump conteste les résultats du scrutin non pas dans un seul Etat, mais dans plusieurs Etats : l’Arizona, la Géorgie, et la Caroline du Nord, des Etats où les médias n’ont pas encore déclaré de résultats définitifs. Trump va aussi contester dans des Etats où Biden a été donné vainqueur par les médias, notamment le Michigan et la Pennsylvanie. Quand Trump dit qu’il faut compter tous les bulletins « légaux », il parle des bulletins valides. Il faut donc que la signature sur le formulaire en marge du bulletin corresponde à la signature de la banque de données du permis de conduire, car aux Etats-Unis le permis de conduire tient lieu de carte d’identité. Et puis, comme il y a un nombre historique de bulletins envoyés par courrier postal, cela prend énormément de temps et les autorités locales sont encore en train de dépouiller ces bulletins.

Trump a encore de réelles chances ou c’est un baroud d’honneur pour montrer que jusqu’au bout, il ne lâche pas ?

C’est effectivement un baroud d’honneur. C’est aussi une question de bravoure par rapport à ses supporteurs. Mais je ne pense pas qu’il reste assez de voix dans ces Etats pour que Trump puisse remonter au collège électoral. L’écart avec Biden est trop grand. Mais il faudra que Trump puisse présenter assez vite des preuves dans chacun de ces Etats. S’il ne peut pas le faire, il y aura des pressions accrues venant des dirigeants du parti républicain et de l’entourage de Trump.

© Photo DR

« Au vu des intérêts des Etats-Unis, il n’est pas sûr non plus que le président Biden dénonce les agissements d’Erdogan, et qu’il prenne la défense des européens, et surtout de la France et de la Grèce, qui ont été au premier plan dans ce dossier »

Que va-t-il se passer jusqu’au 20 janvier 2021, date à laquelle Joe Biden s’installera à la Maison Blanche ?

D’ici le 20 janvier 2021, on sera dans une période que l’on appelle aux Etats-Unis une période de transition. C’est une période qui prépare la passation de pouvoir. Le président élu, donc Joe Biden, forme son équipe, notamment pour des postes clés, comme conseiller à la sécurité nationale, chef de cabinet du président, ministre de la défense, ministre des affaires étrangères, mais aussi ministre de la santé, un poste important en ces temps de Covid-19… Biden va aussi être informé sur les affaires intérieures et extérieures des Etats-Unis par différents responsables de l’administration Trump. Mais aussi par les services secrets américains, pour toutes les questions de politique étrangère, de renseignements et les questions militaires. Car une guerre se déroule toujours en Afghanistan par exemple, et la guerre contre le terrorisme se poursuit, notamment avec l’appui de la France, dans la région sahélienne.

Quoi d’autre ?

Biden va aussi montrer qu’il agit sur les dossiers qui l’ont porté au pouvoir, c’est-à-dire la crise du Covid-19 et l’économie. Il a donc annoncé la création d’une cellule de crise pour mettre en place les détails du plan de lutte contre le Covid-19 qu’il entend mener une fois arrivé à la Maison Blanche, le 20 janvier 2021.

Joe Biden s’est vu reprocher son âge, car il aura 78 ans le 20 novembre 2020 : est-il capable d’assumer physiquement cette fonction pendant 4 ans ?

Joe Biden a promis pendant sa campagne qu’il ne ferait qu’un mandat de 4 ans. Et qu’il se voyait comme un président de « transition », au sens français du terme. Il a expliqué qu’il utiliserait son mandat pour préparer l’Amérique pour l’avenir. Ceci s’explique en raison de son âge, de la fatigue et de sa lenteur observée pendant sa campagne pendant un an et demi. A plusieurs reprises, on a vu Joe Biden avoir des difficultés à se souvenir de certaines choses, ou à exprimer certaines choses, notamment pendant les débats télévisés face à ses rivaux démocrates, pendant les primaires. Mais il ne faut pas faire de « jeunisme », car les Etats-Unis sont une société où beaucoup d’Américains continuent de travailler bien au-delà de l’âge officiel de la retraite. Donc on peut avoir un président septuagénaire et capable d’assurer cette fonction. Mais ce que les Américains ont vu pendant cette campagne laisse penser que Joe Biden n’est pas au top de sa forme.

Que se passera-t-il si Joe Biden n’est plus capable d’assumer la fonction de président des Etats-Unis, au cours des 4 années à venir ?

Joe Biden est conscient de ça. Pendant les primaires, c’est-à-dire avant la crise du Covid-19, tout le monde a vu que son emploi du temps était nettement moins chargé que ses rivaux démocrates à l’investiture. Biden a fait beaucoup moins de meetings électoraux et de conférences de presse que Donald Trump. La Constitution prévoit que si un président n’est plus en mesure d’assurer ses fonctions, c’est le vice-président qui prend la suite. Donc dans le cas de Joe Biden, c’est la vice-présidente, Kamala Harris, qui assurerait les fonctions présidentielles.

Certains observateurs évoquent un « champ de ruines » laissé par le républicain Donald Trump : le démocrate Joe Biden devra vraiment tout reconstruire ?

L’administration Trump a un bilan contrasté. Avec plus de 238 000 morts, aux Etats-Unis, la priorité c’est la pandémie de Covid-19 et son impact sur l’économie. Donc la reconstruction passera par la gestion de la crise du Covid-19. L’objectif de Joe Biden est de parvenir à contrôler ce virus pour que les Etats-Unis puissent reprendre une vie normale, sans parler d’éradiquer cette maladie. Son slogan de campagne, c’était d’ailleurs « Build back better », c’est-à-dire « reconstruire en mieux ». Il va donc essayer de le faire d’abord dans le domaine sanitaire. Mais les pouvoirs du président des Etats-Unis dans le domaine de la politique de santé sont limités. Biden souhaite demander aux gouverneurs des 50 Etats d’imposer le port du masque, mais rien n’indique qu’il puisse arriver à ses fins. Car en tant que président des Etats-Unis, et chef de l’Etat fédéral, il n’a pas le pouvoir d’imposer ce type de décision aux gouverneurs.

Et sur le plan économique ?

L’économie américaine a commencé à se rétablir. Depuis avril 2020 le taux de chômage s’est réduit de moitié, en dessous de 7 %, alors qu’il était à 14,7 %. Reste à savoir si cette tendance pourra être poursuivie par l’administration Biden. Ce sera l’un des enjeux cruciaux de la reconstruction et de la relance du pays. Au Congrès, un nouveau plan de relance économique est en projet, mais il est bloqué depuis le 1er août 2020 par le terrible duel que se livrent républicains et démocrates. Le premier plan de relance économique, qu’on appelle le stimulus, adopté quasiment à l’unanimité des deux chambres, a été signé par Donald Trump en mars 2020.

Que prévoyait ce plan ?

Ce plan était monumental, car, au total, le gouvernement fédéral a consenti 3 000 milliards de dollars d’aides en tous genres à la population et à l’économie américaine pour repartir et pour atténuer les effets de la crise du Covid-19. Un programme de chômage partiel a notamment été instauré en urgence, ce qui n’existe normalement pas aux Etats-Unis. Mais la plupart de ces mesures ont expiré en juillet et août 2020. Depuis cet été, républicains et démocrates au congrès n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’ampleur d’un nouveau plan de relance. Ce sera donc un enjeu majeur pour Joe Biden, à partir du 20 janvier 2021.

Il faudra aussi réparer le ton et la manière parfois brutale employés par Donald Trump pendant son mandat ?

Le ton adopté par Donald Trump pendant sa présidence, avec les insultes et son imprévisibilité, ont amené le peuple américain au paroxysme de l’hyperpolarisation bi-partisane, poussant les Américains au bord de la crise de nerf. En se déplaçant en masse pour voter, les Américains ont envoyé un message à leur classe politique traditionnelle. Il faut espérer que cette leçon de démocratie sera entendue par Donald Trump, d’ici la fin de son mandat, et par Joe Biden à partir du 20 janvier 2021.

En termes de relations internationales avec l’Europe, et notamment avec la France et Monaco, à quoi faut-il s’attendre désormais avec Joe Biden ?

Pour les relations avec l’Europe, la France et Monaco, le grand changement, ce sera le changement de ton. Et aussi la prévisibilité dans les déclarations, les prises de position et les décisions que prendra Joe Biden. Cela fera partie de la reconstruction, avec la reconstruction de la fiabilité de la parole. Mais aussi la fiabilité de l’alliance des Etats-Unis avec les pays clés qui l’entourent depuis 1945, et notamment les pays européens. Il s’agira donc aussi de rétablir la confiance avec ces pays européens alliés.

Et plus concrètement ?

Il faut s’attendre à ce que l’administration Biden ramène les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur la lutte contre le changement climatique, mais aussi dans l’organisation mondiale de la santé (OMS). Il est aussi possible que Joe Biden annonce le retour de son pays au sein de l’Unesco. Cependant, ce sont des décisions importantes, mais symboliques. Car l’accord de Paris n’est pas un traité, donc il n’est pas contraignant. Quant au retour des Etats-Unis au sein de l’OMS et de l’Unesco, cela envoie le message que les Américains soutiennent l’ordre mondial qu’ils ont eux-même créé.

Faut-il s’attendre à un changement fondamental sur le plan de la politique étrangère ?

Cela reste à voir. Depuis au moins Barack Obama, donc entre 2009 et 2017, la grande priorité géopolitique des Etats-Unis, ce n’est pas l’Europe, c’est la Chine et toute la région Asie et Pacifique. Ceci ne va pas changer. Le président Biden va continuer à gérer les relations des Etats-Unis avec la Chine, et à contrecarrer l’émergence de la Chine en tant que géant économique qu’elle est devenue, mais aussi comme le rival géopolitique, politique, stratégique et militaire face aux Etats-Unis. Ce sera la priorité numéro un de Joe Biden. Il sera attendu par les Américains sur ce dossier. Car Biden a été un défenseur ardent de l’entrée de la Chine à l’organisation mondiale du commerce (OMC) et de la libéralisation des échanges économiques avec la Chine qui ont valu aux Américains d’énormes délocalisations d’emplois.

Et face au terrorisme ?

Sous Donald Trump, la politique étrangère des Etats-Unis s’est poursuivie avec une grande continuité, notamment en ce qui concerne la guerre contre le terrorisme. Trump a continué à soutenir la force Barkhane, une force française, déployée dans la région sahélienne, notamment en termes de logistique et de renseignement. Cette coopération continuera avec Joe Biden.

Et pour la Turquie ?

Ce sera un dossier très délicat pour le président Biden. Pour le moment, on n’a pas entendu de dénonciation expresse et ferme de Donald Trump à l’endroit du président Erdogan. Et notamment sur les manœuvres qu’il a entrepris pour étendre son assise, que ce soit en Méditerranée orientale ou au Proche-Orient, ou encore au Maghreb. A partir de janvier 2021, ce sera un dossier sensible pour Joe Biden, car les Etats-Unis disposent d’une énorme base militaire en Turquie, la base d’Incirlik. Donc au vu des intérêts des Etats-Unis, il n’est pas sûr non plus que le président Biden dénonce les agissements d’Erdogan, et qu’il prenne la défense des Européens, et surtout de la France et de la Grèce, qui ont été au premier plan dans ce dossier. Joe Biden jouera la continuité de Donald Trump sur d’autres dossiers.

Lesquels ?

Dans le dossier du Moyen-Orient, Biden s’est défini comme un partenaire et un ami « inébranlable » d’Israël. Il a déjà dit qu’il ne reviendrait pas sur la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu. Il est probable qu’il ne reviendra pas non plus sur les accords obtenus de manière bilatérale et multilatérale par le président Trump qui concernent la normalisation des relations et la reconnaissance d’Israël par des Etats comme Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et le Soudan. Il est probable que Joe Biden rouvre la représentation de l’OLP à Washington, qui avait été fermée par Donald Trump. Il va ainsi chercher à rétablir la confiance auprès des Palestiniens, en disant que les Etats-Unis sont un partenaire fiable. Une idée écartée par Mahmoud Abbas.

Quelle est la position de Mahmoud Abbas face aux Etats-Unis ?

Le président de l’Autorité palestinienne et de l’État de Palestine depuis 2005 a indiqué qu’il ne considérait plus les Etats-Unis comme un médiateur de bonne foi. L’effort de reconstruction auprès des Palestiniens va consister à dire que les Etats-Unis sont de retour avec ce rôle traditionnel de médiateur. Mais, sur le fond, les décisions prises par Donald Trump ne seront pas changées en ce qui concerne la reconnaissance de Jérusalem comme capitale, et en ce qui concerne les accords de normalisation avec Bahreïn, les Emirats Arabes Unis et le Soudan. Ce qui change la donne au Proche-Orient et qui diminue la position des Palestiniens.

1) Basée à Washington de 1989 à 2018, Marie-Christine Bonzom a été journaliste à Voice Of America, puis correspondante pour la BBC. Elle a couvert sept présidentielles américaines et cinq présidents américains, de George Bush père (1924-2018) à Donald Trump. Elle avait aussi anticipé les défaites d’Hillary Clinton face à Barack Obama en 2008, et face à Donald Trump, en 2016.

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