samedi 22 janvier 2022
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«?Concevoir une prospérité partagée?»

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Hugues Moret
© Photo D.R.

Pour l’ambassadeur de France Hugues Moret, la fête nationale a été l’occasion de proposer des axes d’approfondissement de la relation franco-monégasque.

Dans un contexte de changement pour la République et de crise européenne, le 14 juillet avait cette année un parfum particulier. Doublement. En poste depuis deux mois à l’Elysée et après avoir enchaîné les déplacements à l’étranger, François Hollande opérait son retour sur la scène intérieure. L’occasion de faire oublier l’épiphénomène du tweetgate — dont les médias ont fait leurs choux gras — et surtout de rassurer la population sur la situation économique de la France. Notamment suite à l’annonce des fermetures d’usines et des 8?000 suppressions de postes chez Peugeot Citroën.
A Monaco, ce 14 juillet 2012 signait également une première pour Hugues Moret, arrivé à l’ambassade de France il y a 8 mois. Et pour le coup, le diplomate, ex-directeur de cabinet de rama Yade aux Droits de l’Homme puis aux Sports, en a profité pour adresser quelques messages à la communauté française et aux autorités monégasques. Lors de la « Garden Party » de l’ambassadeur — transférée, depuis la vente de la Villa Trotty, au dernier étage du Fairmont —, Hugues Moret a logiquement rappelé les valeurs du 14 juillet, proclamées dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen?: « Le 14 juillet, la Nation française inaugure avec elle-même un nouveau pacte politique. Ce pacte, elle le propose au monde entier car les valeurs qui le fondent ont une portée universelle. La France proclame que l’Homme est un, sans distinction de race, de condition, de climat. » Des valeurs républicaines indissociables de la littérature de Voltaire, Diderot et du contrat social de Rousseau, qui, au regard du printemps arabe, ont aujourd’hui un écho particulier.

Deux Etats « souverains et imbriqués »
Balayant l’actualité française, politique et électorale — « La France s’engage dans une œuvre de redressement économique et financier pour redonner à son outil productif les moyens de sa compétitivité et de sa croissance, en conciliant performance économique et justice sociale » —, l’ambassadeur a glissé sur un état des lieux des — « excellentes » —relations franco-monégasques. « La France et Monaco sont liées par l’Histoire et par le sentiment », a-t-il déclaré, décrivant deux Etats « souverains et imbriqués », « séparés mais unis ». Avec une idée phare?: « La France et Monaco, conduisent sur la scène internationale des politiques qui s’inspirent aux mêmes sources. » De Rio à Paris. Qu’il s’agisse de la défense du développement durable ou de celle du peuple syrien.

Approfondir la relation franco-monégasque
Fait rarissime pour un ambassadeur de France à Monaco, Hugues Moret a surtout suggéré « trois axes d’approfondissement » de cette relation bilatérale. En proposant, primo, de « réinvestir notre passé »?: « Notre Histoire n’a pas commencé avec Charles III, François Blanc et Charles Garnier. Explorons-en la richesse de la signification historique. » Secundo, le diplomate lance l’idée « de monter chaque année un grand projet commun qui démontre notre vitalité créatrice et nos talents conjugués », citant l’exemple — réussi d’ailleurs — de l’exposition Extra Large au Grimaldi Forum. « Gardons-nous du risque des torpeurs de l’évidence et de l’habitude. Notre relation doit demeurer une effervescence de rencontres et d’événements », met-il en garde. Tertio, c’est sur le plan économique que Hugues Moret propose aux élus français et aux chefs d’entreprises d’impulser une nouvelle dynamique franco-monégasque pour assurer « notre développement commun pour les 20 prochaines années ». « Monaco attire les talents et les réussites du monde entier. Mais nous avons encore besoin de croissance et de recettes supplémentaires », lance le diplomate, avec un clin d’œil au conseiller pour les finances Marco Piccinini. Il s’agirait donc de créer ou de réactiver des projets communs entre les villes ou le département des Alpes-Maritimes et Monaco.
Si pour le moment, aucun calendrier ne semble avoir été fixé sur une rencontre officielle entre les chefs d’Etats français et monégasque, le discours du représentant de la France à Monaco devrait rassurer sur l’état de la relation franco-monégasque. Alors que 2012 marque les 50 ans de la fameuse crise de 1962, beaucoup s’inquiétaient de l’arrivée de socialistes au pouvoir. Lors d’un débat sur l’impact des élections françaises sur Monaco organisé par le Syndicat des journalistes, le sénateur Christophe-André Frassa avait notamment rappelé que lors d’un meeting électoral à Nice, Arnaud Montebourg avait pointé du doigt la Principauté en évoquant les paradis fiscaux… Depuis, le nouveau ministre du redressement productif a pris ses fonctions et a bien d’autres chats à fouetter, compte tenu de la situation de l’industrie française. Si le contexte de crise de la zone euro frôlant la récession met forcément le dossier monégasque en stand-by dans les priorités de l’Elysée, la question de la présence française à Monaco revient en tout cas désormais dans le débat local.

« Français de Monaco, votre hantise, c’est votre départ »
Sur cette présence justement, après huit mois sur place et réceptacle des plaintes récurrentes des Français de Monaco sur leur exode inéluctable depuis 30 ans, Hugues Moret a visiblement compris qu’il ne pouvait faire l’impasse sur les inquiétudes de la communauté française. « Français de Monaco, votre hantise, c’est votre départ. Subi plutôt que choisi », leur a-t-il adressé. Les membres de la colonie française présents sont repartis du Fairmont sans avoir entendu de mesures concrètes. Mais avec au moins l’espoir que leur message soit enfin passé auprès des autorités… « Je demeure confiant. Il y a un avenir français à Monaco, pour les Français de Monaco », a promis l’ambassadeur qui suggère d’« imaginer ensemble le futur avec le gouvernement, les associations et les élus. » Avant de s’engager à ce que « la Maison de France et des Français, sortie d’une trop longue léthargie, retrouve très bientôt un avenir. » De vastes chantiers en perspective.

Des premières pour un 14 juillet…
Crise oblige, ce sont des entreprises françaises mécènes (FNAC, Carrefour, la Société générale, etc) qui ont financé cette année la réception du 14 juillet… Autre première?: à l’occasion de la fête nationale, un concours de pétanque molle s’est déroulé sur le Port Hercule. Organisé par la Brasserie et le club bouliste de Monaco, l’événement a vu la victoire d’une triplette surprenante. Avec un trio formé par Adriana Karembeu, l’ambassadeur Hugues Moret et le patron de Venturi et de la Brasserie, Gildo Pastor. Reste à savoir si l’établissement récidivera l’an prochain cette compétition sympathique orchestrée pour la bonne cause?: les fonds récoltés ont été reversés cette année à l’association La Maraude.
…Et une dernière
Lors de cette fête nationale française, Hugues Moret a annoncé le départ de deux proches collaborateurs?: le premier conseiller Claudine Jaffré-Baron et le consul Laurent Lagrange. C’est en effet l’heure d’une retraite bien méritée pour Claudine Jaffré-Baron, qui a enchaîné les postes au Quai d’Orsay ou à l’étranger. Avant d’arriver à Monaco en septembre 2006, cette maman de deux filles avait en effet été envoyée en mission à Abidjan, à Bruxelles (sous la Présidence française de l’Union européenne) et à New York. Claudine Jaffré-Baron a connu 4 ambassadeurs de France en 5 ans. Elle avait assuré la fonction lors des périodes d’intérim.

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Monaco Hebdo