mardi 30 novembre 2021
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« Il ne manque pas grand-chose pour être attractif »

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Moustapha El Solh, consul honoraire du Liban
Moustapha El Solh, consul honoraire du Liban © Photo Monaco Hebdo.

Moustapha El Solh, consul honoraire du Liban, siégera en tant que président de l’Association des consuls honoraires de Monaco au Conseil stratégique pour l’attractivité. Interview relue et amendée.

Monaco Hebdo?: Être consul honoraire à Monaco aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie??
Moustapha El Solh?: Le consul honoraire est à titre bénévole le représentant officiel d’un pays étranger, résidant en principauté de Monaco. L’accréditation est l’acte par lequel le prince approuve le choix du consul nommé pour occuper ce poste. Le rôle du consul honoraire est avant tout de demeurer à l’écoute de sa communauté et de l’animer. Cela passe notamment par la facilitation de l’intégration des nouveaux arrivants, et par l’élaboration de programmes sociaux, culturels et économiques entre le pays représenté et Monaco.

M.H.?: L’ACHM a intégré le Conseil stratégique pour l’attractivité en tant que membre de droit. Quel va être son rôle??
M.E.S.?: Elle va siéger dans deux commissions distinctes?: « Destination Monaco » et « Qualité de vie, prestations offertes et Urbanisme ». La première répond à deux problématiques?: Que pense-t-on de Monaco?? Quels sont les axes à développer pour attirer de nouveaux investisseurs et résidents?? La seconde commission va permettre de s’interroger sur les mesures nécessaires au maintien des investisseurs et résidents qui se trouvent déjà établis en principauté. Le CSA sera amené à soumettre une série de propositions auxquelles l’ACHM aura apporté sa contribution. Ce sera alors au gouvernement de décider des priorités et de valider les propositions présentées.

M.H.?: Que manque-t-il selon vous à Monaco pour être attractif??
M.E.S.?: Il ne manque pas vraiment grand-chose. Les infrastructures sont bien adaptées. La qualité de vie est exceptionnelle et Monaco de plus en plus cosmopolite. Mais le monde a changé, nous subissons les conséquences de la crise financière mondiale. La clientèle est de plus en plus sophistiquée et elle devient encore plus exigeante. Monaco possède des atouts uniques très recherchés?: une sécurité urbaine légendaire et un système bancaire de très grande qualité. Un travail supplémentaire reste à faire sur les prestations de services afin que le pays conserve une longueur d’avance dans ce domaine. Il faut aussi mieux cibler la clientèle que Monaco souhaite accueillir et adapter les infrastructures en conséquence. Les besoins des différentes communautés résidentes doivent également été mieux pris en compte à Monaco mais, la Principauté doit, en même temps, garder sa spécificité.

M.H.?: La clientèle extrêmement fortunée est visée par le gouvernement, est-ce la solution??
M.E.S.?: Une société équilibrée doit regrouper en son sein l’ensemble des couches sociales. Les gens fortunés sont à la recherche de lieux tels que Monaco. Il faut pour cela davantage les attirer, c’est une clientèle qui dépense et qui crée des emplois. C’est une catégorie sur laquelle il faut certes capitaliser mais il ne faudrait surtout pas négliger les autres.

M.H.?: Quelles mesures pourraient-être appliquées immédiatement??
M.E.S.?: Un exemple simple?: la mise à jour des échanges avec l’administration. Ce n’est pas facile pour les nouveaux résidents qui ne maîtrisent pas la langue française de remplir les documents administratifs exigés pour leur installation. Peut-être pourrait-on faciliter ces démarches – et par conséquent leur intégration — en créant un centre d’accueil pour les résidents étrangers qui soit disponible à tous.

M.H.?: Un peu comme le CREM (Club des résidents étrangers de Monaco)??
M.E.S.?: Le CREM est un excellent vecteur mais il n’est pas accessible à tous. Il faudrait un centre d’accueil gratuit, plus ouvert. Les résidents étrangers doivent être mis en avant. Le prince et le gouvernement l’ont souhaité. Des rencontres ont été organisées avec différentes communautés établies en principauté. Je trouve fabuleux qu’on intègre l’ACHM et les résidents étrangers au CSA car ils représentent une grande richesse pour Monaco. C’est, en plus, une manière efficace de les responsabiliser.

M.H.?: Concrètement, comment un consul s’y prend-t-il pour vendre Monaco à l’extérieur??
M.E.S.?: Lorsqu’un consul organise ou prend part à une visite officielle, il y a toujours un volet économique. Par exemple, lors de la visite officielle du prince Albert II au Liban, il y avait 80 membres de la Chambre de développement économique, la CDE. Les Libanais se sont montrés très intéressés. Ils se sont renseignés sur la Principauté et ses nombreuses opportunités d’affaires. Il est de notre responsabilité et de notre devoir d’évoquer les atouts de Monaco. J’ai récemment reçu huit membres de la presse libanaise qui sont venus faire, pendant deux jours, des reportages sur les prestations offertes par la SBM et par la Principauté. Le but étant de faire découvrir Monaco au grand public au Liban et dans la région.

M.H.?: En novembre 2012, l’ACHM va accueillir le congrès de la Fédération Internationale des Consuls et des associations de Consuls (FICAC). En quoi cela consiste-t-il??
M.E.S.?: La grande majorité des associations de consuls ont adhéré à cet organisme international qui est basé à Bruxelles. On croit en cette structure pour que les droits et les responsabilités des consuls honoraires soient mieux reconnus et renforcés. Nous étions en concurrence entre autres avec Las Vegas et Singapour. Ce congrès sera l’occasion de montrer une nouvelle fois les atouts de Monaco. Ça confirmera la capacité de Monaco à pouvoir organiser pareille manifestation d’envergure internationale. Un accord a, par ailleurs, été signé entre la FICAC et la Fondation Prince Albert II de Monaco.

M.H.?: Comment jugez-vous la représentation consulaire en principauté??
M.E.S?: Elle est très importante?: avec près de 80 consuls honoraires (72) et de carrière (9). De plus, Monaco est très bien représentée à l’étranger à travers son propre réseau de consuls honoraires.

M.H.?: Quel est l’avenir de l’ACHM??
M.E.S.?: Nous regroupons à ce jour la quasi-totalité des consuls honoraires accrédités résidant à Monaco parmi nos membres et sommes reconnus par l’administration monégasque. L’avenir est à l’institutionnalisation de l’ACHM. Nous avons créé quatre à cinq comités de travail. Il y a notamment un comité d’organisation pour préparer des congrès comme celui de la FICAC. Nous allons aussi faire venir un professionnel de la diplomatie afin d’encadrer les consuls qui n’ont pas ou peu d’expérience de la diplomatie. Il est prévu que nous imprimions des guides consulaires à cet effet.

M.H.?: La nouvelle donne géopolitique, notamment en Afrique avec le printemps arabe, peut-elle faire bouger les lignes sur le plan diplomatique??
M.E.S?: Ce qui se passe dans le monde, c’est une sorte de nouvelle vague pour plus de liberté et de démocratie. La voix du peuple a été entendue. Je ne connais personne qui ne soit pas pour la liberté et pour les droits de l’homme. Mais des questions subsistent. Qu’est-ce qui vient après?? Quel est le projet?? Ce changement va-t-il mener à de meilleures conditions au niveau de la diplomatie mondiale?? Ce n’est pas clair pour l’instant. Il faut voir quelles stratégies vont adopter les pays qui ont vécu le printemps arabe.

M.H.?: Et la nouvelle donne économique avec les pays émergents??
M.E.S?: Le changement économique influence la diplomatie. Le fait que la Chine, l’Inde et d’autres pays émergents prennent leur place dans l’économie mondiale va certainement l’influencer à l’avenir. Il est évident que Monaco devra traiter avec ces pays émergents, probablement au détriment parfois d’autres nations, mais en gardant toutefois ce précieux esprit monégasque qui représente une véritable richesse pour le pays.

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