Funérailles à Monaco :
combien ça coûte ?

Nicolas Gehin
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Si, en France, le marché des services funéraires, estimé à 2,5 milliards d’euros, a explosé depuis sa libéralisation en 1993 au détriment des personnes endeuillées, à Monaco, l’absence de concurrence sur le marché profite aux Monégasques et aux résidents. Monaco Hebdo a passé à la loupe la facture des pompes funèbres en principauté.

«La mort devrait être un service public gratuit pour tout le monde, comme la naissance », disait Pierre Desproges. En 2019, nous sommes loin du compte car les obsèques ont un coût qui n’est pas anodin pour les familles. En France, enterrer un mort en 2019 coûte entre 3 350 et 3 600 euros. Mais derrière cette moyenne, se cachent de grandes disparités et des marges généreuses. Car chez les voisins français, depuis 1993 et la libération du marché du funéraire, un véritable “business” des obsèques s’est développé au détriment des familles endeuillées. Tarifs opaques, fausses offres low-cost, absence de services publics, manque de contrôle de la part des autorités publiques… La Cour des comptes a d’ailleurs dénoncé les dérives du secteur dans un rapport en février 2019.

Le monopole de la Somotha

À Monaco, ce genre de dérives n’existe pas explique-t-on en mairie. Et pour cause, en principauté, les services funéraires sont le monopole de la société monégasque de thanatologie (Somotha) : « En France, le système est concurrentiel, il y a plusieurs établissements. Et quand on parle de concurrence, c’est un système commercial. À Monaco, une concession est donnée à la Somotha. On s’inscrit plutôt dans un système de service pour nos résidents monégasques », explique à Monaco Hebdo le maire de Monaco, Georges Marsan. En fermant le marché à la concurrence, la principauté protège ainsi les Monégasques et résidents d’acteurs potentiellement mal intentionnés, qui pourraient profiter du chagrin (et de l’argent) des familles monégasques pour faire du « business » : « Il y a la volonté à Monaco de n’avoir qu’un service. On a un service pour la voirie, un service pour les transports, un service pour l’assainissement, un service pour l’électricité et donc un service funéraire. C’est une volonté du gouvernement. Et cela permet aussi de tout vérifier, de contrôler la tarification applicable aux Monégasques… », confie Pascal Blanc, directeur de la Somotha.

Moins cher à Monaco

Compte tenu de la petitesse du marché, le monopole de la Somotha, qui affichait en 2006 un chiffre d’affaires d’environ 2 millions d’euros [cette entreprise n’a pas souhaité nous communiquer son dernier chiffre d’affaires — N.D.L.R.], n’a jamais été remis en cause. Et malgré ce leadership, les prix continuent d’être moins élevés en principauté qu’en France : « À Monaco, on est en moyenne 15 % moins cher pour les concessions par rapport à la France », affirme fièrement le maire de Monaco. Le directeur de la Somotha confirme et explique cette différence de prix : « La volonté du gouvernement est de dire que par rapport au leader qui se situe dans les Alpes-Maritimes, on doit être inférieurs de 10 %. En tout cas, on ne peut pas dépasser les 10 %. À Monaco, les tarifs funéraires progressent de 0,9 % par an, sous le contrôle du gouvernement princier. On applique le tarif que veut bien accepter le gouvernement pour les Monégasques ».

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« Contrairement à la France, à Monaco, vous pouvez conserver les cendres à la maison. La législation monégasque vous autorise à séparer les cendres et à remettre un reliquaire de cendres aux enfants »

Pascal Blanc. Directeur de la Somotha
37 % d’augmentation en 10 ans pour les concessions

Pour pouvoir être inhumé à Monaco, il faut être résident ou de nationalité monégasque. C’est au moment du décès que se fait l’achat d’une concession. Celle-ci est délivrée pour 30 ans par la mairie. La priorité nationale est favorisée puisque les Monégasques, paient 50 % moins chère leur concession dans le cimetière. Un rabais non négligeable compte tenu des tarifs pratiqués. En 2020, une case à urne ou une petite case coûtera 1 450 euros aux résidents monégasques (contre 1 000 euros en 2010, soit une augmentation de 45 % en dix ans). Pour une grande case (à partir du rang 4), comptez 2 220 euros (contre 1 575 euros en 2010, soit une augmentation de 41 % en dix ans). Si vous optez pour une grande case (rang 1 à 3), il vous en coûtera 4 400 euros en 2020 contre 3 150 euros en 2010 (+39,68 %). Les prix des caveaux ont également augmenté en moyenne de 33 % en 10 ans. Entre 2010 et 2020, le prix d’un caveau de 4 mètres carrés est ainsi passé de 22 000 à 28 500 euros (+29,55 %). Les prix des caveaux de 3 mètres carrés ont, eux, augmenté de 34 %, passant de 13 050 euros en 2010 à 17 500 euros en 2020. Enfin, un caveau de 2 mètres carrés coûtera 11 500 euros en 2020 (contre 8 550 euros en 2010, soit une augmentation de 34,5 %).

Obsèques : les particularités monégasques

Au coût des concessions s’ajoute celui des obsèques. Mais là, difficile d’établir un prix moyen, car elles sont totalement personnalisable. Tout dépend des envies de chaque famille, d’autant plus qu’à Monaco, les demandes n’ont pas de limites, comme l’explique le directeur de la Somotha, Pascal Blanc : « Des familles monégasques ou résidentes nous ont déjà demandé la location d’un Boeing pour partir de Nice vers des pays étrangers. Il nous est aussi arrivé de louer un hélicoptère pour aller faire des démarches dans un consulat à Marseille, en partant de Monaco. On peut donc toucher à tout. On s’adapte aux demandes des familles, mais il y a des exigences financières importantes pour certaines ». Les obsèques peuvent donc coûter de 2 000 à 40-50 000 euros, en moyenne. Les tarifs des cercueils, eux, varient de 990 à 5 000 euros. À la Somotha, il existe « 29 possibilités de choix de cercueils », précise Pascal Blanc. Enfin, pour une incinération, le coût va dépendre des prestations choisies, mais « une crémation simple coûte moins de 2 000 euros ». La taxe de crémation étant de 600 euros.

Les Monégasques optent de plus en plus pour la crémation

C’est un indicateur majeur d’évolution des mœurs en principauté : depuis 1991, date de création du crématorium monégasque, la crémation augmente de manière constante. « En dix ans, notre taux de crémation a augmenté d’environ 12 % », indique le directeur de la Somotha, « sur 10 décès, 6 familles se tournent vers la crémation. Les raisons sont philosophiques, mais aussi économiques ». Si 21 % des personnes décédées à Monaco se sont faites incinérées en 1993, elles sont donc désormais 60 % à faire ce choix aujourd’hui. Un chiffre qui peut paraître étonnant dans un pays où le catholicisme est religion d’État. Mais les mœurs ont changé, comme l’expliquait Monseigneur Bernard Barsi, archevêque de Monaco, dans nos colonnes en janvier 2007 (lire à ce sujet Monaco Hebdo n° 546) : « Autrefois, l’Église était opposée à l’incinération par rapport à la façon dont est mort le Christ. Mais elle accepte et respecte désormais la crémation […]. Même si à titre personnel, je préfère l’ensevelissement pour des raisons de tradition ». Si les familles monégasques peuvent choisir de disperser les cendres dans le jardin du souvenir du cimetière, elles peuvent également conserver les cendres à la maison, si elles le souhaitent : « Contrairement à la France, à Monaco, vous pouvez conserver les cendres à la maison. La législation monégasque vous autorise à séparer les cendres et à remettre un reliquaire de cendres aux enfants. En France, cela est interdit : on doit donner la destination des cendres et on doit viser la commune du lieu de naissance du défunt et de sa destination finale. Et la famille s’y engage. En principauté, c’est différent. On peut disperser les cendres en mer, en montagne à sa convenance. On peut séparer les cendres, les remettre aux familles. Et ces dernières peuvent même les conserver à la maison », confirme le directeur de la Somotha. Une solution pour pallier une éventuelle saturation du cimetière…

Funérailles à Monaco : combien ça peut coûter

Les estimations de frais funéraires ci-dessous sont présentées à titre indicatif par la société monégasque de thanatologie (Somotha). Ces propositions ne sont pas limitatives. Elles peuvent être adaptées aux demandes des familles.

Estimation devis N° 1
Cérémonie civile – Crémation- dispersion des cendres :

Décès à l’hôpital, transfert à l’Athanée, toilette de corps, cercueil en pin massif de la gamme « Nature » cérémonie civile, crémation et dispersion des cendres au Jardin du Souvenir au cimetière de Monaco

2 777,42 euros TTC

Estimation devis N° 2
Cérémonie Civile — soins de présentation — salon Athanée – Crémation — dispersion des cendres :

Décès à l’hôpital, transfert à l’Athanée, soins de présentation, exposition en salon simple, cercueil en pin massif de la gamme « Nature » cérémonie civile, crémation et dispersion des cendres au Jardin du Souvenir au cimetière de Monaco

3 357,16 euros TTC

Estimation devis N° 3
Cérémonie Religieuse en paroisse — soins de présentation — salon Athanée – Crémation — dispersion des cendres :

Décès à l’hôpital, transfert à l’Athanée, soins de présentation, exposition en salon, cercueil en pin massif de la gamme « Nature » cérémonie religieuse en paroisse, crémation et dispersion des cendres au Jardin du Souvenir au cimetière de Monaco

4 214 euros TTC

Estimation devis N° 4
Cérémonie Religieuse en paroisse — soins de présentation — salon Athanée – Crémation – Inhumation de l’urne dans une case columbarium :

Décès à l’hôpital, transfert à l’Athanée, soins de présentation, exposition en salon simple, cercueil en pin massif de la gamme « Nature » fourniture d’une urne simple en acier, cérémonie religieuse en paroisse, crémation et inhumation de l’urne dans une case columbarium (déjà acquise) au cimetière de Monaco

4 328,74 euros TTC

Attention : les tarifs indiqués ci-dessus ne prennent pas en compte l’avis de décès et les remerciements éventuels dans les journaux locaux ou nationaux (de 200 à plus de 1 500 euros pour Le Figaro, Le Monde…), les compositions florales (de 150 à plus de 2 000 euros), la gravure sur plaque columbarium (de 150 à 250 euros sans photo, avec uniquement l’état civil du défunt). Enfin, comptez 150 euros pour les paroisses en principauté en cas de célébration religieuse.


journalistNicolas Gehin