A Monaco, la technologie
au service de l’éducation

Edwin Malboeuf
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De la maternelle à la 3ème, les élèves monégasques seront désormais formés à la programmation informatique. Ils auront également accès à des outils technologiques haut-de-gamme avec leurs enseignants. Un investissement technologique dans l’éducation qui pose question.

Les bons vieux cahiers vont rester assurent-ils. Mais, désormais, un peu plus de place sera faite à des imprimantes 3D, des écrans de réalité virtuelle, et même un robot pour s’entraîner à programmer. Inauguré en grande pompe jeudi 17 octobre, en présence du prince Albert, le laboratoire Edulab, situé dans l’enceinte du collège Charles-III, a pour vocation de former les élèves à la programmation et aux nouvelles technologies. Dans cette grande salle de 200 mètres carrés réaménagée à la rentrée, où se côtoient un espace détente et un espace dédié aux outils technologiques, les enseignants et élèves de 5 à 18 ans auront tout loisir d’y venir tout au long de l’année. Une autre déclinaison du modèle “smart”, appliqué à l’éducation, après la smart city, la smart mobility, et la e-santé. Les écoles publiques et privées sous contrat de la principauté vont donc bénéficier de ces « 50 000 à 60 000 euros de matériel prêtés » par Hewlett-Packard et monitorés par l’entreprise Éducation digitale. « L’idée c’est d’avoir des appareils qui permettent des situations d’apprentissage différents. Si c’est juste pour avoir la dernière techno, ça ne sert à rien. Nous, on est là pour transformer le système », affirme Nicolas Rodier, conseiller technique à l’Éducation nationale. Reste à savoir si ces outils technologiques tiendront leurs promesses de « contenu pédagogique innovant ».

« Pas de Wi-Fi ouvert toute la journée »

Lorsqu’on pose la question du risque de nocivité quant à la multiplicité des écrans pour les enfants (1) qui préoccupe de plus en plus de parents, le conseiller technique nous répond que « la technologie a des potentialités, mais aussi des risques », parmi lesquels « le cyber-harcèlement, le non-respect des données, le vol d’identité. » A la question sur le risque de réduction de l’éveil aux sens, de réduction de l’imaginaire, Nicolas Rodier assure : « Il ne faut utiliser ces outils numériques que quand cela a un intérêt par rapport à la pédagogie. On ne veut pas mettre du numérique dans l’éducation. On veut transformer l’éducation dans un monde numérique. On parle de sobriété numérique. Par exemple, nous ne laissons pas le Wi-Fi ouvert toute la journée pour réduire les ondes. » Autre volet de ce plan de smart éducation : l’apprentissage de la programmation dès la maternelle jusqu’à la 3ème, puis jusqu’en terminale les années à suivre. Depuis la rentrée, la classe juxtaposée au laboratoire Edulab fait office de classe test pour les apprenants programmateurs. Une heure par semaine, ils sont formés à des langages informatiques simples. « La programmation aujourd’hui, c’est une obligation », faisant référence à l’inscription de celle-ci dans les programmes scolaires français dont l’éducation monégasque dépend. « Notre vie est gouvernée par les algorithmes et va l’être de plus en plus. Et derrière les algorithmes, il y a des choix humains », souligne Nicolas Rodier. Et guidant ces choix humains, une idéologie. Le conseiller rappelle à juste titre les décennies précédant, où la télévision faisait son entrée dans les classes ; cet outil devant permettre aussi, à l’époque, un meilleur apprentissage. A chaque époque son intrusion technologique dans les salles de classe pour s’adapter à l’air du temps.

« Immersion totale »

Mais un outil technologique n’est jamais neutre en soi. Face à la vague technologique, il n’y a qu’une alternative : la fuite en avant ou le questionnement. Plusieurs fois, la nécessité d’adaptation « au XXIème siècle » est revenue, notamment dans les propos de Karine Fiandrino, conseillère pédagogique dans l’établissement scolaire. Pour Pascal Fabiano, enseignant en histoire-géographie présent lors de cette inauguration, notamment pour se former lui-même aux nouveaux outils, la « réalité virtuelle permet une immersion totale et les élèves ont une autre approche de l’espace. L’enfant est vraiment projeté dans son espace. Il est observateur, acteur et il a une perception complètement différente ». Quels sont les avantages par rapport aux sorties scolaires d’antan ? Plusieurs selon lui, comme « le côté ludique, qui fait partie d’un ensemble pédagogique », et qui présente un avantage non négligeable.

Pas d’écrans chez les concepteurs d’écrans

Enfin, que penser de l’attitude des fondateurs de l’industrie technologique, comme Bill Gates, Steve Jobs et autres cadres de la Silicon Valley, à propos de leusr propres créations ? Eux qui éloignent au maximum leurs progénitures des réseaux sociaux et des écrans, et qui inscrivent leurs enfants dans des écoles déconnectées, de type école Waldorf… « L’idée qu’une application ou un iPad puisse mieux enseigner à mes enfants comment lire ou faire des maths est ridicule », avait fustigé Alan Eagle, un cadre de Google, dans les colonnes du New York Times, en 2011. En principauté, l’investissement technologique au service de l’éducation s’inscrit dans le calendrier du programme Extended Monaco. Un comité de pilotage suivra les élèves et les enseignants tout au long de l’année et un bilan sera établi en fin de cycle.

1) A ce sujet, lire dans Monaco Hebdo n° 1118 l’interview de la psychanalyste Sophie Marinopoulos, auteur d’un rapport sur les enfants et les écrans, remis en juin 2019 au ministre de la culture français, Franck Riester.

journalistEdwin Malboeuf