Mobilité à Monaco : toujours inciter, jamais contraindre

Edwin Malboeuf
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Le gouvernement a présenté mercredi 2 octobre ses projets pour réduire le trafic routier à Monaco. Une offre de services large, portée par l’outil numérique. Les différents acteurs engagés sur ce dossier, le département de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme (DEEU) et la délégation interministérielle à la transition numérique (DITN) intiment un même mot d’ordre : inciter.

Smart city, smart mobility, smart country. A la manière du suffixe -éco- qui vient s’apposer à tout nouveau projet urbain, architectural ou événementiel, l’adjectif anglais “smart” [qui signifie intelligent — N.D.L.R.] se positionne devant chaque problème à résoudre. La mobilité, un enjeu majeur à Monaco ? Soyons “smart” ! Il faut dire qu’en la matière, le gouvernement rivalise d’ingéniosité pour proposer aux personnes circulant à Monaco un spectre très large de mode de transports différents : vélos électriques, bus, escalators, ascenseurs publics, navette autonome (à l’essai l’été passé sur le rocher), et voitures Twizy en location libre via l’application Mobee. Voilà pour l’existant. Mais le gouvernement veut aller plus loin. Projet de télécabine, escalator remontant jusqu’à Beausoleil, navette maritime, parking relais… Une politique incitative et volontariste donc — mais jamais restrictive — pour convaincre les automobilistes d’abandonner leur véhicule au profit d’autres moyens de transport. Il faut « inciter à l’adoption de ces nouveaux usages. Tout montre dans l’histoire des nouvelles technologies que cela ne s’impose pas. Nous n’imposerons pas l’utilisation de ces services. Cette adoption s’accompagne dans le temps, s’appuie sur la qualité de services et s’accéléra par le meilleur levier possible en termes de communication : le bouche-à-oreille », déclarait Georges Gambarini, responsable du programme smart city auprès du gouvernement monégasque. La ligne de route est claire : déployer des outils connectés au service d’une mobilité optimale pour les déplacements des travailleurs, habitants et touristes. Avec en ligne de mire, un objectif de réduction du trafic routier de 20 % en 10 ans, annoncé par Marie-Pierre Gramaglia, conseillère-ministre de l’équipement, de l’environnement et l’urbanisme.

Le numérique comme remède ?

Que faire si, malgré l’offre diversifiée, les automobilistes continuent de se déplacer en voiture ? « C’est un sujet qui va au-delà de la smart mobilité », répond la conseillère-ministre, qui évoque ensuite des dispositions à plus long terme que celle proposée précédemment. « Des parkings de dissuasion au terrain de la Brasca, avec un funiculaire qui viendrait à l’ilot Charles III », « un doublement des rames TER aux heures de pointe », la mise en place d’une « navette maritime », mais aussi une « modification de la tarification parking plus incitative » (comprendre une hausse des tarifs), des « parking relais au Jardin Exotique et à Saint-Roman ». « Toutes ces dispositions vont concourir à diminuer l’utilisation de la voiture. » Pourtant, dans une interview accordée à L’Express en décembre 2015, Albert II avait admis la possibilité de potentielles contraintes dans les déplacements de demain : « Il va bien falloir que ceux qui roulent en Porsche ou en Ferrari laissent leurs bolides plus souvent au garage si Monaco veut, comme nous nous y sommes engagés, arriver à la neutralité carbone d’ici à 2050. Je prendrai donc des mesures contraignantes si cela se révèle nécessaire, mais dites-vous bien que ces véhicules vont évoluer et que les gens, riches ou pauvres, en ont assez de respirer un air pollué. » Au-delà de l’approche politique à adopter pour changer les comportements, le gouvernement, par l’entremise de Frédéric Genta, délégué interministériel à la transition numérique, voit dans l’outil numérique un moyen idoine. A ce titre, l’application Citymapper est mise en avant par Georges Gambarini pour optimiser ses déplacements urbains. Quant au trafic routier, un futur partenariat avec l’application Waze est en cours de négociation dans la même optique d’optimisation des pratiques. De tous les moyens de transports, le plus élémentaire semble être le moins évoqué : la marche. Dans un territoire de 2 kilomètres carré, fourni en ascenseurs et escalators, la marche à pied demeure l’un des moyens les plus rapides, écologiques et économiques pour se déplacer dans la principauté. Peut-être n’est-ce pas suffisamment “smart” ?


journalistEdwin Malboeuf