AS Monaco : plus d’un milliard d’euros encaissé depuis 2010

Pascallel Piacka
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Entre 2010 et 2019, sur le marché des transferts, quels clubs ont le mieux et le plus vendu ? Dans son étude mensuelle, le Centre international d’étude du sport (CIES) révèle que l’AS Monaco arrive en tête au niveau européen. Analyse.

Dans sa lettre de septembre, la n° 47, le Centre international d’étude du sport (CIES) de Neuchâtel en Suisse a analysé les clubs ayant reçu le plus d’argent grâce au mercato depuis 2010. « On essaie de récolter un maximum d’informations. Or, le milieu du football n’en donne pas facilement…, glisse Raffaele Poli, directeur de l’Observatoire du football (CIES). Donc nous faisons un travail de longue haleine. C’est-à-dire que l’on croise les sources possibles. Si l’information est officielle, ça nous facilite la tâche. En tant que scientifiques, nous procédons régulièrement à des corrections. » Le CIES, centre d’étude indépendant, est spécialisé dans l’analyse statistique du football. « Nous avons un algorithme pour estimer le juste prix des joueurs. Cette méthode prend en compte les transactions passées. Ainsi, il y a un certain nombre de variables permettant d’estimer les valeurs futures », explique Raffaele Poli. Depuis sa création en 2005, les chercheurs de l’Observatoire du football sont spécialisés dans les méthodes quantitatives. C’est-à-dire qu’ils utilisent des outils d’analyse mathématiques et statistiques. Ainsi, les scientifiques décrivent et expliquent les phénomènes grâce à des données historiques qui sont des variables mesurables. Du coup, leurs expertises sont régulièrement sollicitées dans le cadre de mandats par la FIFA et l’UEFA.

« Big 5 »

« Monaco a encaissé 1,029 milliard d’euros en 10 ans. Cette estimation est précise par rapport à leur stratégie de vente de joueurs. Nous nous limitons aux clubs du Big 5, c’est-à-dire les cinq meilleurs championnats européens », détaille le responsable de l’Observatoire du football. Ce montant a été atteint en grande partie grâce aux transferts de Kylian Mbappé, Bernardo Silva, Benjamin Mendy, Thomas Lemar, Fabinho, James Rodriguez, Anthony Martial, et Geoffrey Kondogbia. « Monaco a aussi encaissé de l’argent par des équipes ne faisant pas partie du Big 5. Donc, au niveau global, on arrive à 1,077 milliard d’euros d’encaissement. Il y a 48 millions d’euros de ventes réalisées à des clubs hors Big 5 », révèle-t-il. À noter que Chelsea (868 millions d’euros) et la Juventus Turin (787 millions d’euros) complètent le podium européen. L’Olympique Lyonnais (OL) arrive 16ème, avec 497 millions d’euros perçus. Lille est 18ème avec 483 millions d’euros. Enfin, le Paris Saint-Germain (PSG) clôture le Top 20 avec 453 millions d’euros.

« Inflation »

C’est le 23 décembre 2011 que le milliardaire russe, Dmitri Rybolovlev, est devenu l’actionnaire majoritaire de l’AS Monaco avec 66,67 % des actions du club. Dès le mercato hivernal, 9 recrues sont arrivées dont Danijel Subasic, symbole de la reconstruction monégasque. « Sur 10 ans, Monaco a investi 862 millions d’euros. C’est le 12ème club au niveau européen », souligne Raffaele Poli. Effectivement, pendant l’été 2012, l’ASM a mis en place un vaste plan de recrutement. Objectif : retrouver rapidement la Ligue 1 (L1). Le club a enrôlé l’Argentin Lucas Ocampos contre 11 millions d’euros, ce qui en a fait l’un des transferts le plus cher de l’histoire de la Ligue 2 (L2). Pour sa remontée en L1, lors de l’été 2013, l’ASM a réalisé un mercato galactique. Une pléiade de stars sont arrivées, dont Radamel Falcao, Éric Abidal, Jérémy Toulalan, Anthony Martial, Joao Moutinho, James Rodriguez et Ricardo Carvalho. « En 2019, le club a investi 160 millions d’euros. Donc, le ratio du mercato d’été correspond à 18,5 % de leur investissement lors de la dernière décennie, analyse le scientifique de l’Observatoire du football. Ce chiffre s’explique par l’inflation. Chaque année, les prix des transferts augmentent. On vend peut-être plus cher, mais on achète aussi plus cher. Donc, il y a une surenchère. Si vous n’arrivez pas à vendre, comme Monaco l’an dernier, vous aurez des déficits. La stratégie de vente ne marche pas à tous les coups. Sur le long terme, il faut des résultats sportifs qui vont avec cette stratégie. »

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Bilan

Depuis ses années en L2, Monaco avait pour stratégie d’acheter des jeunes prometteurs, puis de les revendre à bon prix. Parmi les exemples réussis de cette politique, on peut citer Yannick Ferreira Carrasco, Layvin Kurzawa, ou Geoffray Kondogbia. Si ces opérations financières ont rendu le club performant sur le marché des transferts, celles-ci montrent désormais leurs limites. « Sur le bilan net des transferts, on arrive à 215 millions de bénéfices sur les 10 ans, commente Raffaele Poli. Ce qui représente 21,5 millions de gains par an. Donc la balance des transferts est positive. Mais il y a un grand brassage de flux de joueurs en entrées et sorties. D’ailleurs on remarque qu’en 2019 la balance est négative, à hauteur de 76 millions d’euros. » L’an dernier, Monaco a terminé 17ème, avec deux points d’avance sur Dijon, barragiste. Pendant l’été 2019, l’ASM a vendu pour 84 millions d’euros de joueurs. Les arrivées de Wissam Ben Yedder, Benjamin Lecomte, et Islam Slimani doivent permettre au club de retrouver son rang. « Si Monaco continue sur ce rythme, d’ici à trois saisons, le club aura entamé les gains engrangés entre 2010 et 2018. Le club a consenti des efforts financiers de 160 millions d’euros. Leur calcul est de relancer l’équipe grâce aux recrues, estime le chercheur de l’Observatoire du football. Les dirigeants espèrent renouer avec un bilan positif. Mais tout ça n’est pas une science exacte. Tout dépendra aussi des résultats des autres clubs. Ce qui va influencer la valeur future des joueurs. » Victorieux de Nice (3-1), l’ASM a récidivé face à Brest (4-1) le 28 septembre 2019. Le 5 octobre, les Monégasques iront à Montpellier. Le club de la principauté, 12ème, ne souhaite pas revivre les déboires de l’an passé. « Sportivement, si Monaco fait une mauvaise saison, le club ne pourra pas valoriser ses joueurs. Il y aura alors un risque financier. Car les recrues ont été achetées assez chères, juge Raffaele Poli. Mais je ne pense pas que le club soit à plaindre financièrement. L’actionnaire a des moyens. Sera-t-il intéresser pour injecter de l’argent ? Difficile de répondre à cette question. » Une chose est sûre pour ce chercheur : « Si la stratégie reste le “trading” de joueurs, alors Monaco devra se qualifier pour une compétition européenne. Au minimum, il faudra une qualification en Ligue Europa. L’idéal serait d’arriver dans les trois premiers. Et le club serait qualifié pour la Ligue des Champions. Avec une telle politique, c’est la condition pour faire de l’argent. Dans le football, il y a toujours une prise de risque. »

 Inflation des prix : « Cela ne peut pas durer »

En 10 ans, le montant des transferts de joueurs a explosé. Selon une étude de la FIFA, il s’élevait à 3,6 milliards d’euros en 2014. À l’échelle du Big 5, les investissements sont passés de 1,5 milliard en 2010 à 6,6 milliards d’euros en 2019. Lors du dernier mercato, le prix d’un joueur a augmenté de 31 %, par rapport à 2018. « De 2011 à 2019, l’inflation des prix de transferts a augmenté de 181 %. Les plus fortes inflations ont eu lieu entre 2014-2015 avec + 32 %, et entre 2018-2019 avec + 31 %, analyse Raffaele Poli. Donc depuis 2014, on assiste à une augmentation annuelle de 26 %. Ce qui montre que l’économie du foot est toujours en croissance. Mais il va y avoir une limite à un moment. C’est-à-dire que les gros clubs acheteurs vont moins dépenser. Cette inflation ne peut pas durer. Donc, comme Monaco, les clubs qui sont dans des stratégies d’achat-vente de joueurs vont être en difficulté. »

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