Que vaut vraiment l’AS Monaco ?

Pascallel Piacka
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Le 28 septembre, l’AS Monaco a signé au stade Louis II un deuxième succès consécutif en Ligue 1, face à Brest (4-1). Les Monégasques sont désormais 12ème. Ce qui représente une bouffée d’air pour le club encore marqué par les difficultés de la saison dernière. Mais peut-on déjà parler de renouveau ? Décryptage.

Grâce à sa deuxième victoire d’affilée, l’ASM a évité de retomber dans la crise. Les Monégasques ont confirmé les espoirs entrevus face à Nice. Le duo d’attaque emmené par Wissam Ben Yedder et Islam Slimani a permis aux joueurs de Jardim de s’imposer avec la manière 4-1 contre Brest. Prêté avec option d’achat par Leicester, Slimani est devenu l’espace d’une soirée la coqueluche du stade Louis  II. Son nom a été scandé par le public ravi de sa prestation. Avec trois passes décisives et un but, l’attaquant algérien a encore impressionné. Sa saison débute sur les chapeaux de roues, avec 4 buts et 5 passes en 5 matchs de Ligue 1 (L1). L’autre motif de satisfaction est Wissam Ben Yedder. L’international français a réussi un début de saison à la hauteur de ses prestations lorsqu’il jouait en Espagne, au Séville FC (2016-2019). Du coup, Monaco affiche la deuxième meilleure attaque du championnat avec 16 buts. Le tableau pourrait paraître idyllique. Néanmoins, la valeur de cette victoire est à relativiser, considérant l’adversaire brestois. Car les Bretons, 17ème, ont vite lâché le match. Ils restent sur 9 déplacements sans victoire en L1 et ils ont encaissé 24 buts lors de ces rencontres. Par ailleurs, avec 16 buts pris en 8 matchs, la défense monégasque souffre de la comparaison avec son attaque. D’où un déficit défensif observé qui est le talon d’Achille de l’équipe. En fin technicien, le Lusitanien a cherché à apporter des réponses. Relancé par Jardim, Jemerson semble avoir retrouvé un second souffle. Associé à Kamil Glik, l’axe central reconstitué est-il un gage de sécurité ? Le technicien portugais a visiblement décidé de renouveler sa confiance aux cadres de l’équipe.

Agonie

Depuis sa remontée en L1 en 2013, l’ASM n’avait pas quitté le podium. En 2017, les Monégasques ont décroché le titre de champions de France devant le Paris Saint-Germain (PSG). Un exploit accompagné d’une campagne européenne réussie, puisque les coéquipiers de Kylian Mbappé ont participé aux demi-finales de la Ligue des Champions. Les Monégasques se sont inclinés face à la Juventus Turin. Et puis, l’an dernier, le club de la principauté n’a évité une descente en Ligue 2 (L2) qu’à la 37ème et avant dernière journée. L’ASM a fini 17ème du classement avec deux points d’avance sur le barragiste Dijon. Cette lente agonie a été parsemée d’incroyables coups de théâtres. En effet, les dirigeants ont décidé de licencier Leonardo Jardim, qui a dû céder sa place à Thierry Henry. En novembre 2018, Monaco a compté jusqu’à 16 joueurs blessés. Une hécatombe qui a contribué aux malheurs d’Henry qui a finalement été remplacé par… Jardim, qui a été rappelé personnellement par le propriétaire et président du club, Dmitri Rybolovlev. Avec une mission à la fois simple et démesurée au vu du contexte : reprendre en main la barre d’un bateau monégasque sans cap précis et sans réel navigateur.

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Monaco reste un club tremplin. Et sa stratégie d’achat-vente de jeunes joueurs talentueux reste d’actualité. Mais pour permettre à des jeunes de se révéler, l’exil chez le club-filiale du Cercle Bruges est-elle vraiment la meilleure option ?

Stratégie

Le 14 février 2019, l’ex-vice président, Vadim Vasilyev a payé les pots cassés et il a été poussé vers la sortie. Entre-temps, le mercato avait chamboulé tout l’effectif, avec l’arrivée notable de Cesc Fabregas. Autour du club, des polémiques et des crispations ont éclaté chez les entraîneurs, les dirigeants, et le syndicat des joueurs [lire Monaco Hebdo n° 1119]. Revenu sur le banc monégasque, Leonardo Jardim a donc sauvé les meubles. En début de saison, les motifs d’espoir étaient nombreux et réels. Un dégraissage de l’effectif a été opéré. Le staff médical a été réorganisé, avec le départ le 18 juillet du docteur Philippe Kuentz. Arrivé au club en 2005, le médecin chef a été remplacé par Lluis Til-Pérez, en provenance de Benfica. Le Catalan a été le médecin du FC Barcelone de 2003 à 2016. En août, l’ASM a aussi officialisé le départ de Michael Emenalo. L’ex-directeur sportif a été recruté en 2017 par Vadim Vasilyev. Quant à la stratégie monégasque concernant son mercato d’été, elle a été légèrement plus lisible. Certes, Monaco reste un club tremplin. Et sa stratégie d’achat-vente de jeunes joueurs talentueux reste d’actualité. Mais pour permettre à des jeunes de se révéler, l’exil chez le club-filiale du Cercle Bruges est-elle vraiment la meilleure option ? En attendant, en recrutant Wissam Ben Yedder, figure de proue du projet monégasque, le club semble avoir réussi au moins une partie de son recrutement estival.

« Inflexible »

Malgré un effectif plus complet, le début de saison a été chaotique, avec seulement deux points en 5 journées. Le bilan de Jardim était plus décevant que l’an dernier à pareil stade et l’objectif du podium semblait être bien lointain. Pour éviter le fiasco de l’année dernière, le quotidien sportif L’Équipe a révélé qu’Oleg Petrov avait consulté certains membres du groupe, pour connaître leurs positions sur l’entraîneur Portugais et ses méthodes de travail. De son côté, Leonardo Jardim a réuni ses joueurs pour tenter de resserrer l’effectif. Dans un contexte extrêmement tendu, l’ombre de Claude Puel a plané sur le Rocher. Son nom est en effet revenu avec insistance pour lui succéder. Libre de tout contrat, l’ancien technicien de Leicester est apparu comme un recours immédiat. Il faut dire qu’avant la rencontre contre Nice le 24 septembre 2019, la dernière victoire monégasque remontait à Amiens, en mai 2019 (2-0). Fragilisé, le technicien portugais était sur la sellette. Mais l’expérimenté Jardim a laissé passer l’orage. Face aux Niçois, portés par un excellent Golovin, les Monégasques ont montré un visage séduisant. « Les derniers temps on a dit beaucoup de mal au sujet du club. Nous avons subi de fortes pressions. Dans la presse, on a beaucoup parlé aussi bien de l’entraîneur que du club lui-même. On disait que Nice allait nous battre et que tout serait ainsi terminé. Quoi qu’on lisait, ce n’était que des horreurs », a réagi Oleg Petrov, vice-président de l’ASM, interviewé par le quotidien russe Sport-Express, le 25 septembre 2019. Après 7 journées, Monaco semble donc avoir lancé sa saison et a ainsi repoussé une crise qui couvait. Avec plus de 135 millions d’euros investis sur le marché estival, la pression était sur les joueurs et bien sûr, sur Jardim. Monaco devait impérativement l’emporter. « Il n’y a eu aucun arrangement avec personne ! Le directeur [Dmitri Rybolovlev — N.D.L.R.] est un homme de conviction. Il est impossible de le plier psychologiquement. Il est inflexible et nous donne toutes les chances pour nous réaliser. Il ne prend jamais de décisions sous le coup de l’émotion, quelle que soit la pression », a confié Oleg Petrov à Sport-Express. Avec 6 points, Monaco est sorti de la zone rouge. Et la direction a retrouvé le sourire.

Rouges

Sans coupe d’Europe, le groupe de Leonardo Jardim peut se concentrer sur le championnat, ce qui est un atout majeur face à ses concurrents pour le podium de L1. Le technicien portugais considère que son effectif est plus fort que l’année passée. Certes, il faut se rappeler que lors de la saison dernière, 42 joueurs ont été utilisés. Et c’est Kamil Glik qui a disputé le plus de matchs, avec 33 au total. La fébrilité de l’équipe s’était ressentie avec 91 avertissements reçus en 38 matchs, ce qui a fait du club monégasque l’équipe la plus sanctionnée en L1. Cette saison, après 8 journées, l’ASM a déjà récolté 17 cartons jaunes et 3 cartons rouges. Lucide quant aux errements de son groupe, Leonardo Jardim a bâti son ossature sur ses cadres Glik, Jemerson, et Fabregas. Arrivée sur le Rocher en janvier 2019, Cesc Fabregas a peiné en début de saison. Mais l’Espagnol n’a rien perdu de son sens de la passe décisive. Aux côtés de la paire Bakayoko et Golovin, le milieu monégasque apporte de nouveau des garanties de stabilité. Enfin, Jardim a laissé les clefs de l’attaque au duo flamboyant Ben Yedder et Slimani. L’attaquant algérien a la confiance du Portugais qui l’a dirigé au Sporting Portugal (2013-2014). Préféré à Ruben Aguilar face à Brest, Gelson Martins a pris la mesure de son rôle de piston droit. En appui, il est celui qui a le mieux accompagné le duo d’attaquants face aux Brestois.

« Respect »

L’histoire récente de l’ASM a été jalonnée de déceptions individuelles et collectives. Après les doutes liés à un début de saison raté, le calme semble revenu au sein de l’effectif. Signe positif : dans l’épreuve et sous la pression, le vestiaire n’a pas lâché son entraîneur. Reconnaissant, Jardim prône désormais l’union sacrée. Le Lusitanien assure avoir le soutien de son président Dmitri Rybolovlev. Il qualifie leur relation de « franche » et de « pleine de respect » depuis 6 ans. En tribunes face à Brest, Vadim Vasilyev a pu observer en spectateur avisé les progrès réalisés par son ancienne équipe. Après le plus mauvais début de saison depuis 2011, la solidarité semble retrouvée au sein de l’effectif. L’an dernier, après 8 journées, l’ASM était 18ème avec 6 points. Désormais 12ème, les Monégasques ont rejoint les Lyonnais, 11ème. Jardim, revigoré, a abandonné la pression à son confrère Sylvinho, l’entraîneur de l’Olympique Lyonnais (OL) en grande difficulté en fin de classement de L1. Mais il faut rester prudent. Car avec seulement 9 points en 8 matches et une différence de buts de -2, Monaco n’a qu’un point d’avance sur le 19ème, Saint-Etienne (avec une différence de buts de -6). Le 5 octobre, face à Montpellier, les Monégasques comptent rester sur leur lancée. Histoire de rester sur de bons rails.

journalistPascallel Piacka