Pollution des bateaux de croisière
« La situation n’est toujours pas idéale »

Raphaël Brun
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Face à la pollution des navires de croisière, comment réagissent les élus du Conseil national ? Du côté de la majorité Priorité Monaco (Primo !) et de l’élue Marine Grisoul, on attend davantage de la part du gouvernement.

Que faire, face à la pollution générée par les bateaux de croisière à Monaco ?

Pour la majorité Priorité Monaco (Primo !) du Conseil national, l’une des solutions est bien sûr d’interdire le fioul lourd pour les navires. Nous le souhaitions. Dès le début du mandat, nous avons abordé ce sujet avec le gouvernement, tant en séance privée qu’en séance publique. Je me rappelle notamment d’un échange assez vif entre le conseiller-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia et moi-même, dans l’hémicycle. Depuis octobre 2018, le changement de réglementation obtenu l’exige. Pour autant, ce n’est pas suffisant et nous avons toujours deux types de problèmes, qui concernent à la fois les navires à quai, mais aussi les bateaux en mouillage.

C’est-à-dire ?

A la différence des yachts de plaisance qui utilisent tous, sans exception, du diesel marine léger, les navires de croisière utilisent, hélas, majoritairement du fioul lourd. Mais, selon le gouvernement, en réponse à une question posée par le Conseil national dans le cadre de la préparation du budget rectificatif 2019, ils l’utilisent en combinaison à présent avec des “scrubbers”, c’est-à-dire des absorbeurs-neutralisateurs (1), comme la règlementation les y oblige désormais. Les navires ne possédant pas de “scrubbers” doivent par conséquent consommer du diesel marine léger lors de leurs escales à Monaco, que celles-ci s’effectuent à quai ou en rade.

Donc tout va bien ?

Non, la situation n’est toujours pas idéale. En effet, pour les navires de croisière à quai, il y a, nous le savons tous, un problème non seulement d’installations et de puissance électriques sur la digue d’une part, mais aussi un problème de non équipement adéquat sur les unités de navigation d’autre part. C’est donc à la fois et l’infrastructure et la qualité des navires qu’il faut revoir dans le temps, en procédant à un remplacement progressif des flottes avec des navires modernes et adaptés aux nouvelles exigences de notre temps, en matière de développement durable et de mobilité touristique maritime. Mais il faut aussi équiper la digue des installations et de la puissance électrique adéquates.

Que fait Monaco face à la pollution des navires ?

La 6ème annexe de la convention de Marpol [convention internationale pour la prévention de la pollution maritime par les navires — N.D.L.R.] a été adoptée en 2018, avec un objectif en 2020 de ratifier l’ensemble de la convention (2). L’ordonnance n° 6985 du 26 juin 2018 rend en effet exécutoire le protocole de 1997 modifiant la convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (Marpol 73/78), adopté à Londres le 26 septembre 1997, et entré en vigueur le 19 mai 2005.

Que change cette 6ème annexe ?

Ce protocole de 1997 ajoute à la convention Marpol, cette 6ème annexe, qui introduit des règles nouvelles concernant la prévention de la pollution de l’atmosphère par les navires. Plus spécifiquement, ces règles fixent des limites aux émissions d’oxyde de soufre et d’oxydes d’azote provenant des gaz d’échappement des navires, et interdisent les émissions délibérées de substances qui appauvrissent la couche d’ozone.

Les villes du bassin méditerranéen ne sont pas soumises à une zone d’émission contrôlée de soufre (SECA), qui oblige depuis 2015 les navires à utiliser un carburant dont la teneur en soufre ne peut pas excéder 0,1 % : faut-il que Monaco fasse le premier pas et adopte le SECA ?

C’est pour nous une évidence qu’il faille adopter le SECA qui représente les zones de contrôle de ces émissions de soufre et d’azote. Des études sont en cours, en France, pour la création d’une zone SECA en Méditerranée, nous y sommes très favorables.

Comment faire ?

Il faut se coordonner avec les autres pays du bassin méditerranéen et aller dans le même sens que les récentes décisions de la région sud, avec l’électrification des quais des ports de Marseille, de Toulon et de Nice, ainsi que des aides aux compagnies maritimes pour équiper leurs unités des branchements nécessaires. Seule une harmonisation des législations dans les différents pays de la Méditerranée permettra de lutter efficacement contre cette pollution. Selon la région Sud, un seul paquebot à quai consomme l’équivalent de 250 voitures en circulation.

Fuels “moins lourds”, branchements électriques, recherches sur les bateaux à hydrogène… : quelles sont les pistes les plus crédibles pour s’attaquer à ce type de pollution ?

A titre personnel, je suis très favorable au développement d’une politique de construction et d’exploitation de navires à hydrogène, avec le procédé gaz naturel liquéfié (GNL), plus propre que le carburant traditionnel.

1) Les “scrubbers” sont des systèmes de lavage des fumées qui permettent de traiter les rejets d’oxyde de soufre produits par la combustion du fuel lourd.

2) Marpol a pour objectif principal de lutter contre le déversement en mer des déchets des navires, les hydrocarbures, mais aussi les produits chimiques et toutes autres substances polluantes.


journalistRaphaël Brun