Septième année consécutive
de pertes pour la SBM

Raphaël Brun
-

Nouvel exercice déficitaire pour la Société des Bains de Mer, avec une perte opérationnelle de 9,6 millions d’euros pour l’exercice 2018-2019. Sur les sept dernières années, le déficit cumulé dépasse désormais les 174 millions d’euros. Néanmoins, la direction poursuit sa politique de grands travaux. En 2020, un réaménagement de son casino historique de Monte-Carlo sera lancé.

Il a abordé ce moment, comme chaque année à la même époque, avec le sourire. C’est pourtant un nouvel exercice déficitaire que le président-délégué de la Société des Bains de Mer (SBM), Jean-Luc Biamonti, a présenté aux actionnaires le 20 septembre 2019. « Vous verrez, si je suis encore là dans un an, je serai un président extatique, gambadant sur l’estrade, car je pense que l’année en cours est très bonne », avait-il déclaré, le 21 septembre 2018, à l’occasion de l’assemblée générale ordinaire des actionnaires. Finalement, Jean-Luc Biamonti a adopté une attitude beaucoup plus sobre, au vu du contexte. En effet, pour l’exercice 2018-2019, le résultat opérationnel reste dans le rouge, à -9,6 millions d’euros. C’est évidemment mieux que l’exercice précédent, qui s’était soldé par un résultat opérationnel de -27,1 millions. Mais le résultat net positif à 2,5 millions d’euros ne repose que sur les bons résultats de BetClic Everest Group (BEG) : 12,3 millions d’euros qui permettent de transformer un exercice négatif en un exercice final positif. Déjà, l’an dernier, BEG avait apporté 12,5 millions, ce qui n’avait pas empêché la SBM d’afficher un résultat net négatif à -14,5 millions. Il y a presque là une forme d’ironie à être finalement aidé par les jeux en ligne, qui reste un secteur d’activité dans lequel la SBM a éprouvé de grosses difficultés avant d’être bénéficiaire.

« Pas facile »

Toujours au rayon des déceptions, mais c’était attendu, le secteur hôtelier. En effet, l’hôtel de Paris est toujours en travaux, et même si sa capacité d’accueil est passée de 56 chambres pour l’exercice 2017-2018 à 97 pour la période 2018-2019, cela ne suffit pas. Cet hôtel reste loin des 182 chambres dont il pouvait disposer avant les travaux. La direction de la SBM estimait l’impact à 10 millions pour 2017-2018 et à 7 millions pour le dernier exercice. Du coup, le secteur hôtelier reste négatif à -4,2 millions, contre -5,1 millions en 2017-2018. En ce qui concerne les jeux, si le chiffre d’affaires a progressé de 22 millions à 222,7 millions, le résultat opérationnel est lui aussi dans le rouge, à -8 millions. « Les pertes dans les jeux ne se réduisent pas plus vite, parce qu’une partie des coûts de ce business est directement liée à l’augmentation du chiffre d’affaires et notamment à la redevance. Nous payons 15 % de redevance à l’Etat monégasque. Mais je félicite le directeur des jeux, Pascal Camia, pour l’ensemble de son travail qui n’est pas facile », a expliqué le président-délégué de la SBM, Jean-Louis Biamonti. Finalement, seul le secteur locatif affiche un résultat opérationnel positif, à 35,5 millions. « Le secteur locatif est en forte croissance, avec l’ouverture de nouvelles boutiques dans l’hôtel de Paris et dans le nouveau complexe immobilier du One Monte-Carlo », commente la SBM dans un communiqué. Pour le reste, il faut noter que le chiffre d’affaires global est en hausse de 11 % à 526,5 millions, contre 474,6 millions précédemment, et que les chiffres d’affaires des jeux, du secteur hôtelier et locatif sont tous à la hausse. « Si la profitabilité s’améliore, elle n’est pas au niveau où nous aimerions qu’elle se trouve. Nous allons donc poursuivre notre politique stricte de contrôle des coûts », a promis Jean-Luc Biamonti aux actionnaires.

« Segmentation »

Le président-délégué de la SBM en a également profité pour évoquer l’avenir. Comme il l’avait confirmé en septembre 2018 (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1076), le Sun Casino fermera bien ses portes en 2022. En cause, un loyer trop lourd à assumer pour ce casino situé dans les murs du Fairmont Monte-Carlo. Que vont devenir les salariés, mais aussi les 120 appareils automatiques et les 15 tables de jeu de ce casino ? « Il y aura 0 licenciement. L’ensemble des salariés du Sun Casino seront réemployés ailleurs, à la SBM », avait promis Jean-Luc Biamonti il y a un an. Cette logique est conservée, puisque le président-délégué a annoncé qu’une partie des employés du Sun Casino rejoindrait le casino de Monte-Carlo, qui va être rénové en profondeur dès le début de l’année 2020 : « Nous allons faire des travaux à l’intérieur du casino de Monte-Carlo, afin de s’adapter à notre politique de segmentation de clientèle. Nous allons mettre en place une segmentation plus forte des trois types de joueurs que nous avons. Ce qui nécessite la création de terrasses supplémentaires. Cela nécessitera quelques millions, ou quelques dizaines de millions au maximum », a promis Biamonti. La salle destinée aux “fun players” sera agrandie et une terrasse ouverte sera créée, afin d’accueillir par la suite une partie des machines à sous du Sun Casino. Pour séduire la clientèle, de nouvelles machines à sous de nouvelle génération seront déployées. De plus, l’organisation de dîners et événements « d’exception » au casino va se poursuivre « car les joueurs adorent ça », a assuré Jean-Luc Biamonti. Toujours au rayon des rénovations, le Café de Paris, désormais seul bâtiment à ne pas avoir été concerné, va l’être : « Le Café de Paris a beaucoup vieilli. On voit bien qu’il a été fait à l’aide de rajouts, par ci, par là. On va donc essayer d’homogénéiniser tout ça. Nous en profiterons pour très probablement créer quelques boutiques dans la descente allée François-Blanc. Beaucoup d’enseignes souhaitent venir à Monaco, mais on n’a pas d’espace à leur proposer », a ajouté le président-délégué de la SBM. Des machines à sous pourraient être supprimées pour dégager la place nécessaire.

septieme-annee-consecutive-pertes-sbm-article

« Je suis très favorable à l’idée d’investir pour lancer un gros projet au Méridien »

Bail

Mais le très gros projet de la SBM, c’est le Méridien Beach Plazza, dans le quartier du Larvotto. Depuis le 1er juillet 2012, la SBM assure l’exploitation de cet hôtel dont le sol et les murs appartiennent à l’Etat monégasque. Alors qu’un premier bail s’est terminé en septembre 2018, il a été renouvelé jusqu’en septembre 2020. Et après ? « J’ai écrit au gouvernement pour savoir ce qu’il souhaitait faire après cette date. A ce jour, nous n’avons pas encore de réponse. Mais si l’Etat souhaite qu’un projet soit étudié en lieu et place de ce Méridien, nous nous mettrons sur les rangs pour proposer quelque chose, a commencé Jean-Luc Biamonti. Aujourd’hui, le Méridien, c’est 440 chambres et l’Etat souhaitera sans doute que cette capacité soit au moins maintenue, voire augmentée. Est-ce qu’après ça il y aura la possibilité d’ajouter une résidence pour faire de l’immobilier ? Mais c’est l’Etat qui décide, pas la SBM. En tout cas, je suis très favorable à l’idée d’investir pour lancer un gros projet au Méridien. » Intermédiaire entre l’Etat propriétaire et le Méridien qui en est l’exploitant, la SBM a trouvé là un business assez lucratif. « Nous, on encaisse de l’argent versé par le Méridien. On en reverse une grande partie à l’Etat et on conserve une petite marge. Cela nous rapporte entre 1 et 3 millions d’euros, selon les années », expliquait Jean-Luc Biamonti en septembre 2018.

Incompréhension

Deuxième gros investissement possible : le Sporting d’été. C’est évidemment beaucoup plus lointain, beaucoup plus compliqué encore et surtout, encore plus coûteux, mais ce dossier constitue, selon le président-délégué de la SBM, un gisement important de nouvelles ressources pour son entreprise : « Si j’avais une baguette magique et la possibilité de faire ce que je veux, je garderai autour de la place du casino la tradition Monaco Monte-Carlo, James Bond, Aston Martin, Ferrari… Bref, le luxe, le prestige et le glamour. Au Sporting d’été, il y a la place pour faire un mini Las Vegas ou un mini Macao, quelque chose de plus divertissant, d’un peu plus moderne. Mais il faudrait tout refaire. » Et Jean-Luc Biamonti a une vision assez précise de comment il faudrait organiser les choses. « A la place du Sporting d’été, je ferais trois ou quatre étages “d’entertainment” avec une salle de spectacle beaucoup plus grande. Car aujourd’hui, on ne s’en sort pas avec nos 800 places de la salle des Etoiles. Cela rend compliqué pour nous d’attirer là-bas de grandes vedettes, parce que ça devient du coup très cher. J’ajouterais un restaurant comme Coya, qui marche très bien, mais aussi des boîtes de nuit. Enfin, je referais un casino à cet endroit. Cet été, on a installé des tables de jeux au Jimmy’z, mais ça n’a pas marché. Pour financer tout ça, il faudrait prévoir 30 étages d’habitation qui se loueraient très, très bien », assure le président-délégué. Alors, à quand le début des travaux ? « C’est pour dans 20 ans ! » a-t-on ironisé dans la salle du One Monte Carlo qui réunissait pour la première fois les actionnaires, en ce 20 septembre 2019. Ce qui semble sûr, c’est que ce n’est pas pour tout de suite. « Pour le moment, je n’ai pas de baguette magique, a glissé Biamonti. Mais un jour, il faudra que nos successeurs pensent à ça, car il y a dans cette zone un fort potentiel immobilier. » Plus près de nous, pendant l’hiver 2019-2020, c’est du côté du Monte-Carlo Beach que des travaux se poursuivront. Avec un objectif : finir la digue. « Une fois que ce sera fait, l’objectif c’est de réfléchir à un développement du Beach. Mais ce sera à l’horizon de deux ou trois ans, pas en 2020 », a indiqué le président-délégué de la SBM. En attendant, il faudra continuer à faire face à l’incompréhension d’une partie des actionnaires. Comme l’Etat monégasque, qui possède près de 60 % de la SBM, ils n’ont, une fois de plus, touché aucun dividende.

journalistRaphaël Brun