Ludovic Lestrelin : « Suspendre ou arrêter un match n’est pas suffisant »

Pascallel Piacka
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Les stades de football sont le théâtre de manifestations homophobes particulièrement remarquées depuis le début de cette saison 2019-2020. Ludovic Lestrelin, sociologue et chercheur à l’université de Caen (1), décrypte pour Monaco Hebdo les crispations sur ce sujet sociétal. Interview.

Noël Le Graët, président de la Fédération française de football (FFF) a déclaré « qu’il ne fallait pas arrêter les matchs de football en cas de chants homophobes » : qu’en pensez-vous ?

Nous sommes dans une situation de confusion généralisée. Il y a une passe d’armes entre les autorités sportives du football et publiques. Sachant que les fédérations sont des organismes délégataires, elles ont une mission de service public déléguée par l’État. Mais la FFF est une fédération puissante. Par ailleurs, les dirigeants sportifs vivent parfois dans un monde autonome. Pour Noël Le Graët, c’est une manière de revendiquer une forme d’autonomie de décision. Je pense qu’il y a là une sorte de dialogue de sourd. C’est une situation qui échappe un peu à la maîtrise de chacun. C’est fort dommageable.

Peut-on parler de « fausse polémique » ?

Derrière tout cela, il y a des enjeux sérieux. Il y a d’abord eu un « jeu » de banderoles dans les stades français. On arrive désormais dans une nouvelle séquence : le « jeu » des petites phrases, par médias interposés. C’est extrêmement contre-productif. Ce n’est pas ainsi que l’on peut faire un travail de fond sur les discriminations. Un tel sujet nécessite la coopération des différents acteurs. La FFF, la Ligue de football professionnel (LFP), le ministère des sports et les associations de supporters doivent se réunir. Il y a besoin d’une action collective large. Actuellement, il y a une forme d’incompréhension qui se creuse.

Deux matches (2) de Ligue 1 (L1) et un de Ligue 2 (L2) ont été interrompus suite à des banderoles et chants homophobes : ce sont des mesures suffisantes ?

La LFP a donné des consignes aux arbitres afin qu’ils soient intransigeants. Finalement, c’est faire peser sur leurs épaules une lourde responsabilité. Bien sûr, les arbitres peuvent avoir un rôle. Mais travailler sur les discriminations, et en particulier l’homophobie, nécessite un travail en profondeur.

Ça n’a pas été le cas jusqu’à présent ?

Lors de la reprise de la L1 et L2, ces nouvelles mesures n’ont pas été entendues. Là réside le problème. Elles n’ont pas été accompagnées d’un travail pédagogique d’explication. Avant tout, il fallait expliquer le « pourquoi » de ces mesures. Et, du coup, la première réaction a été la stupéfaction et l’incompréhension. C’est une chaîne d’acteurs qui doit être mise en mouvement. Il est très compliqué d’avancer sur ce sujet de l’homophobie qui est un sujet complexe. C’est peut-être même plus complexe encore que la question du racisme. Il faut travailler avec les groupes de supporters. Ce sont eux les premiers concernés. Mais la question de l’homophobie va au-delà des enceintes des stades de football.

Quelles sont les différences entre les manifestations d’homophobie et de racisme ?

Il y a une grande différence entre les insultes racistes et homophobes. Jusqu’à preuve du contraire, aucune insulte homophobe ne vise une « cible » en raison de son orientation sexuelle. Il s’agit en fait d’une injure banalisée. En revanche, les insultes racistes, avec des cris de singe, visent une « cible » identifiée, comme par exemple, un attaquant noir. Du coup, le sujet de l’homophobie est vraiment complexe. Faire évoluer les mentalités va demander un gros travail.

Joueurs et entraîneurs s’interrogent sur la portée de la mesure des matchs interrompus : quelle est votre analyse ?

Dorénavant, certains considèrent qu’il y aura trop d’interruptions de matchs. On est dans une situation de débat. Forcément, il va y avoir des avis contrastés. Il y a des joueurs et des dirigeants qui ont exprimé leur circonspection. Antoine Griezmann a fait une sortie publique. Il considère que l’arrêt des matchs est positif.

Que faudrait-il faire ?

On a besoin d’apaiser le débat. Il faut regarder ce sujet de manière sereine. Je pense qu’il faut une combinaison de mesures. Suspendre ou arrêter un match n’est pas suffisant. La LFP a proposé sur ce sujet un plan de formation des apprentis footballeurs.

Lors du match de L1 Angers-Metz (3-0), le 24 août, des supporters angevins ont déployé une banderole à l’encontre de l’arbitre Stéphanie Frappart : « Arbitre enc… Est-ce homophobe pour une femme ? » : votre analyse ?

C’est évidemment une provocation. Mais je ne suis pas dans la tête des supporters. Il y a eu de leur part des réactions vives. C’était pour manifester leur incompréhension. Finalement, ils manifestaient leur colère face à une mesure les visant directement. Ils considéraient que c’était une forme d’hypocrisie. À leurs yeux, on leur faisait endosser des comportements homophobes. Par ailleurs, ils estimaient que l’homophobie est une question extra-sportive. C’était donc une réaction par banderoles interposées. C’était aussi une manière de décrédibiliser l’action menée par les autorités sportives. Les banderoles peuvent être qualifiées de maladroites et injustes. Est-ce que Stéphanie Frappart était visée ? Non. C’est l’autorité de l’arbitre et celles des instances du foot qui étaient visées. Il faut essayer de garder du recul sur les propos tenus sur les banderoles.

Un rapport complémentaire a été établi par Stéphanie Frappart et la LFP va s’en saisir pour décider d’éventuelles sanctions : lesquelles pourraient-être réellement efficaces ?

Une sanction collective ne serait pas efficace. Les mesures de type matchs à huis clos ne sont pas pédagogiques. Certains supporters ne comprendraient pas d’être privés de matchs à cause de l’action d’autres.

Mais avouez qu’il est impossible d’empêcher les spectateurs de chanter dans un stade ?

Certes, on ne peut pas empêcher les gens de chanter. Mais on peut faire évoluer les chants. Il y a un historique des chants lancés dans les tribunes des stades. Ce sont des chants évolutifs. Aujourd’hui, la manière de chanter est différente des années 1970. On assiste à une évolution. Des chants jugés banals, à une époque, peuvent devenir inacceptables plus tard. C’est réformable. Les gens réfléchissent. Dans 10 à 20 ans, certains chants auront disparu. Et certains supporters refusent de reprendre, en tribunes, des chants homophobes. En France, dans les stades, les cris de singe sont très minoritaires aujourd’hui. C’était plus répandu à la fin des années 1980. En 1989, le gardien bordelais Joseph-Antoine Bell a fait les frais de jets de bananes au stade Vélodrome, à Marseille.

Pourquoi les échanges entre la LFP et les supporters semblent si difficiles ?

Depuis longtemps, entre la LFP et les supporters, on est sur des tensions multiples. Pourtant, ces rapports ont évolué dans le bon sens. Aujourd’hui, il y a des moments de dialogue. À la LFP, un travail a été entrepris face au « supportérisme ». Malgré tout, il y a des contentieux qui subsistent. Notamment à cause de l’usage des fumigènes, et des interdictions de déplacement de groupes de supporters. Sans oublier la question autour de l’homophobie qui ajoute de la tension. Les groupes de supporters français se sont sentis visés, stigmatisés, et même qualifiés d’homophobes, ce qu’ils réfutent fortement. Ils sont prêts à travailler sur ce sujet avec la LFP. Pour eux, il faut travailler sur toutes les formes de discrimination.

C’est-à-dire ?

Les supporters s’estiment eux aussi discriminés. Ils se considèrent comme des citoyens de seconde zone. Ils espèrent pouvoir travailler sereinement sur la question de l’homophobie. Mais ils demandent aux autorités des gestes envers eux. C’est-à-dire réduire le contexte répressif qui pèse sur eux.

Le 11 septembre 2019 (3), la présidente de la LFP, Nathalie Boy de la Tour, a considéré que l’arrêt de matchs n’était « pas une solution idoine » mais « une solution extrême » : comment vous décryptez cette déclaration ?

C’est un retour en arrière. Il y a peut-être eu un problème dans la méthode de travail. La question de l’homophobie a été mise à l’agenda par Roxana Maracineanu, ministre des sports. C’était le 17 mars 2019, lors de sa venue pour le match PSG-OM (3-1). Elle a été choquée en entendant les chants dans le stade. Elle a donc souhaité en faire un axe de travail. Dès mars, l’Instance nationale du supportérisme (INS), créée en 2016, s’est mise à travailler sur ce dossier de l’homophobie. On a l’impression que les choses se sont précipitées. Il fallait prendre des mesures dans l’urgence. Mais le travail préparatoire de l’INS n’a pas encore été achevé. On entre dans une nouvelle séquence. Les autorités reconnaissent ne pas avoir abordé le sujet par le bon bout.

Il existe un folklore du « supportérisme » avec des propos homophobes : est-il vraiment possible de bannir des stades cet environnement qui semble ancré culturellement ?

Ça me paraît difficile. Le stade n’est pas en dehors de ce qu’il se passe dans la société. Dans l’agenda politique, la question de l’homophobie est devenue importante. C’est une très bonne chose. Il n’est pas incohérent que cette question se pose dans le monde du sport. En même temps, l’enceinte sportive a ses spécificités. C’est un espace où il y a une forme de libération des émotions. Il y a plus d’outrances. Il y a une logique qui se met en place, et qui consiste à disqualifier l’adversaire. Par le verbe, la parole, et le geste, des comportements spécifiques s’expriment dans un stade. C’est un des piliers du spectacle lié au foot. Ça me semble difficile d’aseptiser cet espace. Le football est un sport populaire, il y a donc une exigence d’exemplarité qui pèse sur lui. Ce sport occupe une place importante dans notre société. Il est devenu très politisé.

Banderole homophobe lors du match Nice-Marseille, le 28 août 2019.
Le football ne peut pas régler à lui seul un problème de société ?

Ce qui se passe dans un stade a des racines sociales. Car la violence, le racisme, et l’homophobie se situent aussi en dehors du stade. Du coup, traiter la question de l’homophobie du seul point de vue sportif n’est pas efficient. C’est une problématique qui transcende largement l’univers sportif. Les autorités essayent de faire du football un univers vertueux. Car il est regardé par les enfants, les adolescents et les adultes.

Y a-t-il un profil type de l’individu homophobe ?

Il n’y pas de profil type. L’homophobie se pose dans tous les espaces de la vie sociale. Cette question se pose aussi dans le monde du travail. Dans l’espace public, il y a des agressions. En revanche, à ce jour, on n’enregistre pas d’agression à caractère homophobe dans les stades. Au sein des groupes de supporters, la question de l’orientation sexuelle de ses membres est accessoire. L’un des points qui caractérise l’univers du « supportérisme », c’est la question de la masculinité.

Pourquoi ?

Parce que l’univers du « supportérisme » est un univers masculin. Ce qui s’exprime au stade, ce sont certains modèles de masculinité. C’est l’affirmation de la virilité et de la résistance physique.

Quelles mesures lancer pour lutter contre l’homophobie dans les stades ?

C’est une lutte sociale. Cela implique l’investissement des autorités sportives et publiques. Je les renvoie dos à dos, car il faut mettre en œuvre une politique globale, avec des mesures variées, qui doivent jouer sur la sanction et la prévention. Le volet préventif nécessite un long travail. C’est un travail de longue haleine. Donc les fruits ne se verront pas de suite. Il s’agit aussi d’agir sur des représentations. Là, il y a un vrai travail pédagogique.

Il faudra donc beaucoup dialoguer ?

Il faut de la sérénité et de l’apaisement. Il faut un travail collectif, avec toutes les parties prenantes. Les groupes de supporters sont des interlocuteurs importants. Mais la situation actuelle confuse, avec ses polémiques, est problématique. De plus, on oublie aussi un acteur : les clubs professionnels. Ils ont aussi un rôle à jouer.

Comment ?

Regardez ce qu’il se passe en Angleterre. Les clubs anglais sont davantage investis dans la vie citoyenne de leurs « communautés ». La France a beaucoup à apprendre. Il y a là un axe d’amélioration important. Les clubs se vivent trop comme des organisations hors sol. Derrière, se cache une question fondamentale, qui est le statut du football professionnel dans la société. Je vois deux positions s’affronter.

Lesquelles ?

La première, c’est de dire qu’un club de football est une société commerciale de spectacle. Le club est réduit à ses aspects économiques et commerciaux. Il y a une seconde position, défendue par les supporters, à savoir qu’un club est un objet culturel. C’est un bien commun. Or, il y a là une ambiguïté dans le cas français, car cette question n’a pas été tranchée. Elle n’a jamais fait l’objet d’une vraie réflexion. Pour moi, un club n’est pas un simple objet économique. C’est pourquoi les clubs ont un rôle à jouer dans la lutte contre l’homophobie et les discriminations.

(1) L’autre public des matchs de football. Sociologie du « supportérisme à distance ». Le cas de l’Olympique de Marseille, de Ludovic Lestrelin (thèse soutenue le 29 novembre 2006).

(2) Brest-Reims (1-0), Nice-Marseille (1-2) et Nancy-Le Mans (2-1).

(3) Le mercredi 11 septembre, lors d’une réunion de la LFP avec la FFF, le ministère des sports, des dirigeants de clubs, des représentants de supporters et d’associations de lutte anti-homophobie.

Lutte contre l’homophobie :

L’AS Monaco dialogue avec ses supporters

Depuis le début de saison, le football français a vu plusieurs rencontres être brièvement interrompues en Ligue 1 (L1) et Ligue 2 (L2). Chants homophobes lancés des tribunes, déploiement de banderoles injurieuses… Les moyens employés ne varient guère. À Monaco, le 25 août, Amaury Delerue, l’arbitre de Monaco — Nîmes (2-2, 3ème journée) a menacé d’arrêter la rencontre. Des chants hostiles à la Ligue (« La Ligue, on t’enc… ! » et « LFP, va te faire enc… ») ont été entonnés par les supporters nîmois. Alerté par l’arbitre à la 22ème minute, le speaker du stade Louis II a lancé un avertissement au public. Un message accueilli par des sifflets, qui n’a pas empêché la rencontre de reprendre. Suite à ces événements, Monaco Hebdo a contacté la direction de l’AS Monaco, qui nous a répondu par un communiqué, dont voici l’intégralité : « L’AS Monaco regrette la confusion autour du sujet, ainsi que les complications générées par l’arrêt des matchs. Le club s’oppose à toutes les formes de discrimination. Et précise, en outre, ne pas faire face à des problèmes de racisme ou d’homophobie au stade Louis II. L’AS Monaco a entamé le dialogue avec ses groupes de supporters afin de soutenir toute action décidée par les autorités visant l’apaisement et la lutte contre les discriminations. » Du côté sportif, l’ASM s’est inclinée (4-3) face à Marseille le 15 septembre au stade Louis II. Monaco, 19ème, n’a pas encore de victoire après 5 matchs et a encaissé 14 buts. A ce stade de la compétition, depuis la saison 1974-1975, c’est la pire défense alignée par l’AS Monaco. L’an dernier, après cinq journées, l’ASM était 15ème avec 5 points. Le 24 septembre à domicile, c’est le derby azuréen face à Nice qui se profile (en direct dès 21 heures, sur Canal+ Sport).

Olivier Rouyer :

« Les propos de Noël Le Graët sont inadmissibles »

Olivier Rouyer est une voix qui porte dans le football français. À ce jour, il est le seul ex-joueur de haut niveau à avoir rendu publique son homosexualité. Dans le débat sur la lutte contre l’homophobie, la sortie médiatique controversée de Noël Le Graët, président de la fédération française de football (FFF), a relancé la polémique. Interrogé par Monaco Hebdo, Olivier Rouyer estime que « les propos de Noël Le Graët sont inadmissibles. C’est scandaleux. On ne peut pas faire la distinction entre les propos homophobes et racistes. Pour moi, c’est exactement la même chose. S’il considère que ce n’est pas la même chose, c’est d’un autre temps. » Ancien coéquipier de Michel Platini, Olivier Rouyer réclame des sanctions exemplaires pour mettre fin à l’homophobie dans les stades. « J’ai apprécié les déclarations d’Antoine Griezmann. Il souhaite qu’on arrête les matchs s’il y a des chants racistes ou homophobes. J’ai trouvé ça hyper responsable. Ce sont les nouvelles générations. Elles comprennent mieux les problèmes que certains. » Le 11 septembre 2019, une réunion s’est tenue entre la Ligue de football professionnel (LFP), les représentants de supporters, et les associations de lutte contre l’homophobie. Présent, l’ex-international a pu constater la volonté des acteurs « de faire redescendre la température ». Avant d’ajouter : « Pendant 20 ans, on a accepté tout et n’importe quoi. Aujourd’hui, la présidente de la LFP a décidé d’appliquer les textes existants. Je trouve ça très bien. J’ai envie de stades de foot où l’on chante la gloire de son équipe. Où l’on célèbre les joueurs. Ça, c’est magnifique. Là, vous demandez à une équipe de se transcender. Regardez le match Monaco-Nîmes. Pourquoi les supporters nîmois crient des chants homophobes ? À quoi ça sert ? Ça ne veut rien dire. C’est leur tradition… Et bien les habitudes, ça se changent. Lors de la réunion à la Ligue, j’ai discuté avec l’association nationale des supporters (ANF). C’est le début d’une autre attitude. On avance ensemble sur des bases saines. Il n’y a qu’une seule piste. C’est celle du dialogue, de la responsabilité et de l’intelligence. Les stades doivent être festifs. On doit pouvoir emmener ses enfants avec plaisir. Je suis optimiste, sinon ce serait la fin de tout. »


Trois questions à… Antoine Patinet, directeur adjoint de la rédaction de Têtu.

« En France, aucun joueur n’a fait son coming out »

Noël Le Graët, président de la fédération française de football (FFF), a déclaré au micro de France Info qu’il « arrêterait un match pour des cris racistes », mais que c’était une « erreur » de vouloir le faire pour des manifestations homophobes : votre réaction ?

C’est le patron de la FFF. C’est irresponsable de tels propos venant d’un responsable sportif de son niveau. On ne peut pas faire une distinction entre le racisme et l’homophobie. Les chants homophobes ne sont pas des actes isolés. Il y a des débordements dans de nombreux matchs. Depuis la médiatisation du sujet, il y a comme des provocations supplémentaires. Je ne crois pas que les supporters soient homophobes, mais les termes utilisés le sont, et ils sont blessants. Lorsque l’on dit « enc… » ou « pé… », ça n’est jamais affectueux.

Existe-t-il d’autres formes d’homophobie ?

Il y a aussi l’homophobie dans les vestiaires et sur les terrains. On l’oublie un peu trop souvent. En France, aucun joueur n’a fait son coming out. Dans son interview à Têtu, en juin 2019, Antoine Griezmann nous disait qu’il fallait « une sacrée dose de courage » pour le faire. Donc, quand Noël Le Graët dit qu’il n’y a pas d’omerta dans le foot sur l’homophobie, c’est nier la réalité. Peut-être qu’il n’a pas envie de voir les choses. Mais en tout cas, il existe un problème.

Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue de football professionnel (LFP), a déclaré que « l’arrêt de matchs n’est pas une solution idoine », et qu’il s’agit d’une « solution extrême » ?

C’est difficile de donner un avis. La présidente de la LFP parle d’un sujet qu’elle maîtrise. Elle est dans une démarche de conciliation. Il faut faire de la pédagogie avec les supporters. Arrêter un match, peut-être que c’est contre-productif. Il ne faut pas être dans une démarche punitive. Cela peut attiser la haine d’autrui. Ça peut stigmatiser les homosexuels. La LFP, les associations de supporters, et les LGBT travaillent pour trouver des solutions. Le foot cristallise un problème de société. C’est un miroir grossissant. On parle de questionnement sur la masculinité. Avant tout, il faut dialoguer. Éduquer les gens dans le foot, ça fera aussi avancer les choses dans la société. Je l’espère, car il faut agir sur les deux tableaux. Rien n’est indépendant. On a besoin de politiques publiques ambitieuses pour lutter contre l’homophobie.

journalistPascallel Piacka