6ème Biennale de sculpture : l’art à la portée du public

Pascallel Piacka
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Du 17  septembre au 26  octobre, rue princesse Caroline, aura lieu la 6ème biennale de sculpture. Le monde marche sur la tête, est une exposition à ciel ouvert, où la réflexion et la poésie seront à l’honneur. Découverte.

Exposer en plein air sera de nouveau un défi pour Héléna Krajewicz et Rob Rowlands, artistes-plasticiens. Le monde marche sur la tête, un parcours éclectique, où le public découvrira les réalisations de 14 artistes internationaux. Artistes en Mouvement (AeM), créé en 2009, proposera des œuvres hors des sentiers battus. Une philosophie assumée qui a trouvé sa genèse il y a 10 ans. « À l’origine, cette association a été imaginée par Bernard Tétu. À Monaco, il organisait des expositions dans des lieux improbables. Un jour, il nous a dit : « Pourquoi, on exposerait pas dans la rue princesse Caroline ? ». Alors, on a relevé le défi, raconte Héléna Krajewicz. Avec des amis artistes, on faisait des installations dans la nature. Puis, on a mis des œuvres dans la rue. Le gouvernement a eu vent de ces installations. Finalement, il a accepté que les œuvres restent sur place. Ainsi, l’aventure a pu débuter. » En 10 ans, cette biennale est devenue une institution. L’exposition investit des lieux non destinés à l’art. Elle crée un dialogue entre les œuvres et le public. « Le vendredi 13 septembre, les œuvres vont être mises dans la rue. Au plus tard le 16 septembre, elles seront toutes implantées. Le 17 septembre, il y aura le vernissage rue princesse Caroline. Les autorités seront présentes avec le ministre d’Etat Serge Telle, Françoise Gamerdinger pour la direction des affaires culturelles, et Daniel Boeri pour le Conseil national », ajoute Rob Rowlands.

« Actualité »

Le monde marche sur la tête, thème de cette 6ème édition, sonne comme un cri d’alarme. « C’est un thème d’actualité. Quotidiennement, on entend et on lit cette phrase. Les gens sont atterrés et effrayés par les événements au niveau mondial. On a l’impression que tout est fait à l’envers. Rien n’est abordé avec bon sens. Je pense au climat, à l’écologie, aux médicaments, etc. On brûle la forêt amazonienne pour faire des cultures intensives, s’insurge Héléna Krajewicz. L’humanité ne va pas dans le sens espéré. Alors, on s’est demandé : comment agir ? Comment les artistes pourraient s’exprimer sur ce thème fondamental ? » Et Rob Rowlands d’ajouter : « Nous voulons aussi donner une note d’espoir. C’est-à-dire ne pas avoir une vision trop pessimiste. » Dans ces espaces, Héléna Krajewicz et Rob Rowlands veulent mettre l’art contemporain à la portée de tous. « En tant qu’artistes, on s’exprime de manière libre. Initialement, ce sont des lieux qui ne sont pas destinés à l’art. Nous allons à la rencontre d’un public assez large. Parfois, c’est un public qui n’a pas l’habitude de fréquenter les musées. Avec notre démarche, il peut découvrir des œuvres dans des lieux différents, espère Héléna Krajewicz. La rue princesse Caroline est un lieu de liberté, avec de la vie. C’est une mise en perspective. Le public découvre les œuvres autrement. » L’art est alors envisagé comme un champ de liberté qui s’ouvre à tous les horizons. « L’exposition est un appel à la réflexion et l’interrogation sur notre monde », confie Rob Rowlands. « Nous avons envie de faire des surprises. On voit les réactions des gens. Il y a de l’étonnement. Les parents expliquent les œuvres aux enfants. Chacun donne son avis. Il y a une liberté d’approche. Le contexte est familial », souligne Héléna Krajewicz.

« Imaginaire »

Pour ce 6ème parcours de sculptures, Héléna Krajewicz et Rob Rowlands souhaitent que les passants s’émerveillent, qu’ils aillent de surprise en découverte, en s’interrogeant. « Dans la rue, les gens viennent nous voir. Ils nous questionnement et le dialogue s’instaure. C’est très enrichissant », constate Rob Rowlands. Ainsi, la biennale fait la part belle aux propositions fortes, visionnaires et audacieuses. « Lors de l’appel à projet, on a eu beaucoup de réponses. C’était très difficile et il a fallu faire des choix. On a sélectionné des artistes et des œuvres qui interpellent. Ils correspondent à notre imaginaire, et à notre souhait de scénario. Les artistes viennent de Belgique, d’Allemagne, de Pologne, du nord et du sud de la France. Monaco a toujours une image valorisante pour un artiste », assure l’organisatrice. Rob Rowlands et Héléna Krajewicz présenteront aussi leur propre vision. « Généralement, les organisateurs ne participent pas. Mais notre volonté a été de participer dès les débuts. Cette année, nous avons réalisé une œuvre commune. Sur Facebook, il y a un mouvement “Nous voulons des coquelicots”. Ils ont pris le coquelicot pour emblème. Les adhérents réclament la fin des pesticides. C’est un message d’alerte. Et l’idée nous a interpellés. Nous avons décidé de créer une œuvre avec un champ de coquelicots », explique Héléna Krajewicz. L’œuvre réalisée par les organisateurs est une plaque d’argile rouge craquelée de 2 mètres. Des coquelicots en fibre de verre colorée surgissent de celle-ci.

Héléna Krajewicz et Rob Rowlands © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.
Cheval bleu

La rue princesse Caroline va se couvrir d’œuvres engagés, poétiques, et oniriques. « Il y aura une œuvre Esclaves (2016) de Barna Gacsi. Dès qu’on a vu cette œuvre, nous avons été frappés. De plus en plus, l’être humain va vers l’esclavage. Vraiment, on marche sur la tête de nos jours », dénonce Héléna Krajewicz. Et Rob Rowlands de préciser : « Aujourd’hui, il y a aussi la notion d’auto-esclavage. Les gens suivent des leaders sans réfléchir. Ils suivent les courants. » Barna Gacsi est un élève du maître Istvan Bencsik (1931-2016). Le sculpteur-plasticien hongrois vit et travaille à Fréjus. « L’artiste considère qu’il remplit ses sculptures de ses expériences, et ses sentiments vécus », décrypte l’artiste-plasticienne. Par ailleurs, Gérard Braguy proposera une œuvre consacrée à l’iceberg. « C’est une réflexion sur le réchauffement climatique. Son œuvre est remplie de légèreté. Ses sculptures communiquent la douceur », estime Héléna Krajewicz. Lors de la biennale, le public pourra découvrir le travail d’Élisabeth Brainos. La Colombienne présentera une sculpture en bronze représentant une cavalière sur un cheval bleu. « Les œuvres d’Élisabeth Brainos se situent toujours à la croisée entre le rêve et la réalité. Elle aime parler de la joie de vivre », détaille l’organisatrice. Élisabeth Brainos vit et travaille en France. Ses inspirations sont nombreuses, elle apprécie particulièrement le travail de Marc Chagall (1887-1985). Ses sculptures en bronze s’amusent des transparences et des couleurs. Enfin, les œuvres de Maria Amos, Valérie Denamur, Maurizio del Piano, Hervé Nys, et Marc Gaillet, ne devraient pas laisser le public indifférent.


journalistPascallel Piacka