Culture Sélection
de juillet 2019

Raphaël Brun
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Us
de Jordan Peele

Victimes ? On avait déjà beaucoup aimé Get Out (2017), un très malin film politique, maquillé sous quelques hectolitres d’hémoglobine. Jordan Peele est de retour, et c’est dans le même registre, celui du film d’horreur, qu’il situe son nouveau film. Pour être tout à fait précis, Us est à classer dans le “home invasion movie”, puisque l’histoire de départ repose sur une famille noire américaine qui voit des inconnus pénétrer chez elle. Mais qui sont les bourreaux et qui sont les victimes ? Si Us trouvera une résolution dans une vertigineuse fin, le discours sur les divisions raciales, la politique et la violence est un peu plus confus.

Us de Jordan Peele, avec Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elisabeth Moss (USA, 2019, 1h56), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

Alita : Battle Angel
de Robert Rodriguez

Souvenir. Qui est Alita ? Une femme ? Une machine ? Ce qui est sûr, c’est que lorsqu’elle se réveille, elle n’a aucun souvenir. Lorsqu’elle est pourchassée par des forces obscures qui dirigent la ville d’Iron City, elle se rend compte qu’elle possède des super pouvoirs qui attisent la convoitise. Cette adaptation du manga Gunnm (1990 à 1995), produite par James Cameron et réalisée par Robert Rodriguez, impressionne par sa dimension spectaculaire. Mais les 176 millions de dollars de budget ne font évidemment pas tout, Robert Rodriguez le sait très bien, et il injecte un véritable fond à cette histoire construite autour d’une quête d’identité.

Alita : Battle Angel de Robert Rodriguez, avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly (USA, 2019, 2h02), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray), 34,90 euros (steelbook édition limitée Fnac blu-ray 4K ultra haute définition). Sortie le 31 juillet 2019.

90’s
de Jonah Hill

Skateurs. Pour sa toute première réalisation, l’acteur Jonah Hill impressionne. Avec 90’s, il signe un film intimiste d’une grande justesse, qu’il a tourné en partie avec des acteurs amateurs. On suit le parcours initiatique de Stevie (Sunny Suljic) qui intègre un groupe de skateurs, le temps d’un été. La première expérience sexuelle, la drogue, les bagarres, la rivalité avec son grand frère, les rapports parfois compliqués avec des ados plus âgés que lui… Stevie affronte tout ça, et même un peu plus, la tête haute, sans jamais trembler. Jonah Hill filme avec sobriété cet été pas comme les autres, et on sourit beaucoup devant les frasques du dénommé « Fuckshit », qui n’a pas hérité de ce surnom fleuri pour rien.

90’s de Jonah Hill, avec Sunny Suljic, Katherine Waterston, Lucas Hedges (USA, 2019, 1h24), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 3 septembre 2019.

Liz et l’oiseau bleu
de Naoko Yamada

Musique. Discrète, Mizore est très amie avec Nozomi, une jeune femme très sûre d’elle. Musiciennes toutes les deux, elles s’apprêtent à jouer en duo dans le cadre de la compétition musicale de leur lycée Kita Uji. Mais quand leur orchestre commence les répétitions autour des musiques de Liz und ein Blauer Vogel (Liz et l’Oiseau Bleu), les deux jeunes filles retrouvent leurs propres parcours dans cette œuvre. Le film de Naoko Yamada est d’une grâce et d’une force incroyable. Subtile, la réalisatrice à qui l’on doit déjà l’excellent film d’animation Silent Voice (2016), confirme tout son talent. Avec cette histoire sensible, elle montre que les non-dits peuvent trouver des réponses dans les échanges entretenus par le biais d’instruments de musique qui se répondent.

Liz et l’oiseau bleu de Naoko Yamada, avec Atsumi Tanezaki, Nao Toyama, Miyu Honda (JAP, 2019, 1h30), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 17 septembre 2019.

Paysage perdu
de Joyce Carol Oates

Recueil. Composé d’une trentaine de textes jusque là épars, ce recueil constitue une trame passionnante pour mieux comprendre le parcours de Joyce Carol Oates. Son enfance aux Etats-Unis dans les années 1940 dans une ferme, la vie aux côtés d’une sœur handicapée, les auteurs qu’elle a lu et relu, les choix qu’elle a fait… C’est tout cela, et même un peu plus, que propose ce Paysage Perdu, dans lequel il faut absolument se plonger cet été.

Paysage perdu de Joyce Carol Oates, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban (éditions Philippe Rey), 426 pages, 24 euros.

Comment raconter une histoire
de Mark Twain

Féroces. En l’espace de six textes, toute la finesse et l’humour de Mark Twain (1835-1910) éclatent au grand jour. L’auteur des Aventures d’Huckelberry Finn (1884), distille dans cette série de textes courts des histoires drôles et féroces à la fois. En creux, on entrevoit une Amérique dans laquelle le rêve et les possibles semblaient alors sans limites. On y parle, entre autres, d’Adam et Eve, du bon usage du tabac ou encore de la question du point de bascule. Et à chaque fois, on rit beaucoup.

Comment raconter une histoire de Mark Twain, traduit de l’anglais (E.-U.) par Chloé Thomas (Rivages Poche Petite Bibliothèque), 128 pages, 8,50 euros.

Faith and Devotion
de Ian Gittins

Enigme. Le journaliste Ian Gittins est parti d’une énigme : comment expliquer que le groupe de synth-pop anglais Depeche Mode soit parvenu à conquérir le monde ? Lorsqu’est sorti leur premier album Speak & Spell en 1981, beaucoup pensaient qu’ils connaitraient une carrière éphémère. Pourtant, près de 40 ans après, ce groupe originaire de Basildon est toujours là. Leur dernier album Spirit est sorti en 2017, suivi d’une tournée qui a, le plus souvent, affiché complet. Une édition française de Faith and Devotion devrait voir le jour, sans que l’éditeur ne soit connu pour le moment. En attendant, on peut se laisser tenter par cette version anglaise, qui vaut le détour.

Faith and Devotion de Ian Gittins (Palazzo Editions), 240 pages, 25 euros. Sortie le 5 septembre 2019.

Orwell
de Pierre Christin et Sébastien Verdier

Documentée. C’est une biographie extrêmement bien documentée sur George Orwell (1903-1950) que proposent Pierre Christin (scénario) et Sébastien Verdier (dessin). L’auteur de 1984 (1949) a inspiré ses deux auteurs, qui n’ont pas hésité à faire appel à d’autres artistes au fil du récit pour apporter leurs visions et leurs dessins. Et pas n’importe lesquels, puisqu’on retrouve notamment Bilal, Blutch ou Larcenet. Construite de façon chronologique, cette BD en noir et blanc, fait parfois appel à la couleur. Idéal pour ne pas bronzer idiot cet été.

Orwell de Pierre Christin et Sébastien Verdier (Dargaud), 160 pages, 19,99 euros.

Bikini Atoll, tome 2/2
de Bernard Khattou et Christophe Bec

Expériences. L’atoll de Bikini, en plein Pacifique n’est pas seulement à l’origine du nom d’un maillot de bain féminin. Cette zone géographique a aussi été le théâtre d’essais atomiques après la deuxième guerre mondiale. Cette BD raconte l’histoire d’un groupe de touristes décimé dans ce cadre paradisiaque. Il faut dire qu’il est davantage question d’épaves de bateaux militaires, d’étranges et inquiétants bunkers et même, de requins assoiffés de sang que de farniente. Les expériences nucléaires ont laissé des traces, et pas des moindres, comme le montre ce tome 2/2. Pas sûr que vous alliez vous baigner tout de suite après.

Bikini Atoll 3, tome 2/2 de Bernard Khattou et Christophe Bec (Glénat, collection Flesh & Bones), 128 pages, 9,99 euros.

Anima
Thom Yorke

Electronique. Le parcours en solo du chanteur de Radiohead, Thom Yorke, se poursuit. Après The Eraser (2006), Tomorrow’s Modern Boxes (2014), et Suspiria (2018), voici donc Anima (2019). Les plus chanceux ont pu découvrir ce disque sur la scène de la Philharmonie de Paris, le 7 juillet 2019. Huit des neufs titres d’Anima ont été joués avec l’appui du le producteur Nigel Godrich. Seul I Am a Very Rude Person n’a pas été interprété. D’une tonalité assez contemplative, porté par la voix sublime et sensible de Thom Yorke, cet album poursuit les expérimentations électroniques entamées avec Radiohead depuis la sortie de Kid A (2001). Anima, qui signifie « âme » en italien, a vu trois de ses titres servir de bande-son à un court métrage de Paul Thomas Anderson, qui est diffusé sur Netflix depuis fin juin 2019.

Anima, Thom Yorke (XL Recordings/Wagram), 11,99 euros (CD), 26,99 euros (vinyle).

stranno stranno. neobjatno.
de Nina Kraviz

Chant. Deux ans après Pochuvstvui (2017), Nina Kraviz est de retour avec un nouveau disque porté par le clip aquatique I Want You. La musicienne et DJ russe aime surprendre, comme l’a démontré sa performance en avril 2019 au festival Coachella, où elle n’a pas hésité à mélanger chant et techno, laissant une partie du public perplexe. Nina Kraviz cherche à repousser les limites, et à franchir des frontières, quitte à déplaire, peu importe. Structuré autour de trois titres, cet EP repose donc en partie sur le très efficace I Want You, Dream Machine étant moins convaincant. Mais on a surtout aimé le titre Stranno Neobjatno, sur lequel vous pourrez bouger sans discontinuer tout l’été.

stranno stranno. neobjatno. de Nina Kraviz (Trip), 5 euros (sur Bandcamp).

DJ-Kicks
Peggy Gou

69. La DJ coréenne Peggy Gou vit désormais à Berlin, où elle s’est assez vite imposée. En 2016, elle a été la première DJ coréenne à jouer dans le temple de la techno allemande, le Berghain. Elle a aussi été la première coréenne à figurer dans les très sélectifs BBC Essentials Mix. Lancée en 1995 par le label indépendant allemand Studio !K7, la série de compilations de techno DJ-Kicks a permis d’entendre des poids lourds de la scène électronique, comme Carl Craig ou Apparat, par exemple. L’épisode 69 de ces DJ-Kicks est donc assuré par Peggy Gou. Au fil des 16 titres de ce disque, on sent immédiatement la volonté qui a été la sienne de coller à l’essence même de la techno, de l’électro et de la house. Un respect évident qui ne l’empêche pas de se réapproprier cet univers électronique, pour pousser tout le monde à rallier le dance floor le plus proche.

DJ-Kicks, Peggy Gou (!K7 Records), 29,99 euros (vinyle), 14,99 euros (CD), 7,99 euros (MP3/WAV/FLAC).


journalistRaphaël Brun