Laurent Peyronel : « Dans 50 ans,
l’idéal serait la disparition des zoos »

Pascallel Piacka
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Depuis le 1er juin, le jardin animalier a rouvert ses portes. Fermé au public en août 2018, ce parc a fait peau neuve. Le directeur du jardin animalier, Laurent Peyronel (1), explique les raisons de ces travaux et détaille ses objectifs.

En quoi a consisté cette rénovation ?

En juillet 2018, il y a eu une inspection. Elle a été réalisée sur les agaves de la falaise. Ils étaient infestés par les charançons, c’est-à-dire des coléoptères. Une entreprise spécialisée est intervenue. Elle a évacué plus de 5 tonnes d’agaves de la falaise. En arrachant les plantes, on s’est aperçus qu’il y avait des endroits potentiellement fragiles. Ensuite, il y a eu une étude topologique. Et après, pendant plusieurs mois, des travaux de confortement ont eu lieu.

Qu’est-ce qui a été fait ?

Des filets et des renforts avec des barres de fer ont été installés. Dès les travaux terminés, on a rouvert le jardin animalier. En six ans, nous avons refait 50 % du parc. Des travaux de peinture et d’entretien du parc, dans sa globalité, ont été menés. On a procédé à la réfection de plusieurs abris pour les animaux. On a réalisé un nouvel espace pour les saïmiris, c’est-à-dire pour les singes-écureuils. Dans deux ans, les 50 % des travaux du parc restants seront terminés.

Comment le public a vécu la réouverture ?

Via notre page Facebook, les gens nous demandaient la date de réouverture. Certains venaient même sonner à la porte. À la réouverture, ça c’est très bien passé. On a eu un monde fou. C’est réjouissant de voir que le jardin est important à leurs yeux.

Le jardin animalier est construit à flanc de rocher : c’est donc un problème ?

Le jardin doit être accessible à tout le monde. Le parcours de visite et les sanitaires sont accessibles en fauteuil roulant. De plus, les chiens d’assistance sont acceptés pour les personnes mal ou non-voyantes.

Pour les scolaires, des visites spécifiques sont programmées ?

Non. Malheureusement nous n’avons pas la structure nécessaire. Le nombre de salariés est insuffisant. Mais nous allons développer des programmes pédagogiques hors du parc. Ça devrait se mettre en place dans le futur.

Quelles sont les nouveautés du parc ?

Nous n’avons introduit aucune nouvelle espèce. Mais un pigeonnier a été installé. On a aussi recueilli un groupe d’une vingtaine de pigeons paon, venus d’un parc normand. Et on a reçu huit chauves-souris du Vietnam. Elles viennent renforcer la colonie existante au parc.

Avec la réouverture, 250 animaux sont à nouveau visibles : d’où viennent-ils ?

Certains animaux proviennent de dons, de cirques, de saisies par les douanes, ou alors, ils ont été abandonnés par des particuliers.

Comment se passe l’accueil de ces animaux ?

Généralement, ce sont les pompiers ou les douaniers qui nous contactent. Au préalable, ils nous appellent pour connaître nos capacités d’accueil. On nous a déjà proposé des tigres. Mais on ne peut pas les prendre. On ne récupère que les animaux susceptibles d’être logés. Surtout, on veut les accueillir dans des conditions correctes. Si on donne notre accord, s’ensuit une période de quarantaine. De là, soit on les garde, soit on les fait partir vers d’autres parcs.

Votre jardin animalier est un zoo ?

Oui. Dans la mesure où l’on présente des animaux, on peut dire que c’est un zoo. On est sur une petite surface d’un hectare. Donc on a autant de végétaux que d’animaux. C’est pour ça qu’on s’est appelé jardin animalier. C’est le princier Rainier III (1923-2005) qui l’a créé en 1954.

Dans les zoos, la tendance est désormais à la scénarisation et aux sensations fortes : vous allez aussi dans ce sens ?

Non. On ne participe pas à tout ça. Par exemple, nous n’avons pas d’alligators. Évidemment, nous sommes là pour divertir le public. Mais nous sommes là aussi pour éduquer. On travaille à la conservation et reproduction des espèces menacées. Notre souhait, c’est vraiment d’avoir des animaux qui vivent dans de bonnes conditions.

Le jardin animalier a des programmes de reproduction ciblés ?

Depuis cinq ans, on essaye de diversifier les espèces du jardin. Nous prenons des espèces de petites tailles, car les dimensions du parc sont restreintes. La priorité, c’est de loger convenablement nos animaux. Toutefois, on essaye de participer à un maximum de programme de conservation. Il s’agit de préserver le patrimoine génétique des animaux menacés.

Votre jardin animalier est aussi tourné vers la recherche ?

Il y a deux ans, on a collaboré, en externe, à une étude sur l’ibis sacré en captivité. Aujourd’hui, nous n’avons plus de projet de recherche scientifique sur le parc.

Que mangent vos animaux ?

Ce sont les chefs animaliers et le soigneur qui élaborent les menus. Mais les vétérinaires ont aussi leurs mots à dire, surtout lorsqu’on reçoit une nouvelle espèce. Il y a toujours les menus spécifiques de signaler. On échange avec nos confrères pour essayer d’être optimal dans nos rations alimentaires. Car 80 % de la prophylaxie, c’est-à-dire les mesures à prendre pour prévenir les maladies de l’animal, est faite. Car la malnutrition est source de maladies.

Certaines personnes dénoncent la captivité des animaux ?

Il y a des postures contradictoires. De nos jours, les détracteurs dénoncent la captivité des animaux. Les mêmes me demandent pourquoi il n’y a plus de chimpanzés faisant du vélo, comme il y a 50 ans. Il y a un paradoxe chez les visiteurs. Actuellement, nous avons des grands volumes, avec des petites espèces. Désormais, les animaux vivent dans des enclos plus vastes et plus végétalisés. Nous ne sommes plus dans les ménageries d’antan, avec des cages bétonnées. Nous sommes en accord avec l’évolution des mentalités.

De plus en plus, les zoos sont contestés par les défenseurs des animaux : que leur répondez-vous ?

En ce moment, c’est la mode des anti-zoos. On subit des critiques, car on a un hippopotame. C’est Pollux, notre mascotte âgée de 35 ans. Mais il faut connaître l’histoire de cet animal. Il vivait dans une roulotte de cirque. Il a été récupéré par le prince Rainier III à la faillite du cirque. Donc le prince l’a sauvé. À ce jour, il vit dans un nouvel enclos plus vaste. Un nouveau bassin de 80 mètres cubes, avec une cascade a été mis en service.

Les critiques sur Pollux, l’hippopotame, vous ont touché ?

Non. Aujourd’hui, on critique sans savoir. C’est assez facile. Quand on explique la situation aux visiteurs, ils finissent par mieux comprendre.

Des défenseurs des animaux dénoncent aussi la présence d’animaux dans les cirques ?

Quelle est leur démarche ? L’Espagne, le Portugal, et la Belgique ont interdit les animaux sauvages dans les cirques. C’est très bien. Mais que fait-on de ces animaux ? Au Portugal, deux tigresses ont été retrouvées mourantes dans une cage. Heureusement, un refuge français les a récupérées in extremis.

Faut-il interdire les animaux dans les cirques ?

En France, dans les cirques il y a une soixantaine d’éléphants. On comptabilise environ 300 fauves. Que fera-t-on s’il y a une interdiction de ces animaux ? Où iront-ils ? Il existe deux refuges dans l’hexagone. Auparavant, à Monaco, nous avions recueilli deux vieilles panthères en fin de vie.

Il n’y a donc pas de solution ?

Stopper la reproduction dans les cirques serait une piste.

L’association mondiale des zoos et aquariums (WAZA) déclare  qu’il faut « augmenter le nombre de zoos et aquariums » : qu’en pensez-vous ?

Environ 90 % des poissons dans les aquariums viennent de capture. Le constat est le même pour les bébés requins dans les bassins tactiles. Je ne pense pas qu’il faille augmenter le nombre de zoos. Les parcs existants devraient s’impliquer plus dans la conservation des espèces.

Quel est l’avenir pour les zoos ?

Dans 50 ans, l’idéal serait la disparition des zoos. Ils seraient remplacés par des fermes pédagogiques, avec des animaux domestiques. On aura réussi à avoir un pôle génétique des espèces menacées en captivité. On les aura réintroduites dans la nature. Ainsi, notre travail sera accompli. Mais c’est peut-être utopique. En tout cas, le jardin animalier continuera d’exister.

(1) Laurent Peyronel, est directeur du jardin animalier depuis 4 ans. Il travaille dans ce parc depuis 17 ans.

Renseignements :

Jardin animalier. À Monaco, les Terrasses de Fontvieille. Tél. : (+377) 93 50 40 30. Horaires (du 1er juin au 30 septembre) : entrées tous les jours de 9h à 11h15 et de 14h à 18h15. Adultes : 5 euros. Enfants (6-14 ans) et étudiants : 2,50 euros. Enfants de moins de 6 ans : gratuit.

journalistPascallel Piacka