Canicule :
les bons réflexes à adopter

Raphaël Brun
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Que faut-il boire pendant un épisode de canicule ? Les réponses du docteur Alain Pesce, chef du département de gériatrie au centre hospitalier princesse Grace.

Comment réagit notre corps quand il fait très chaud ?

Notre organisme dispose d’une sorte de « thermostat » qui maintient constante notre température corporelle. Lorsque l’organisme est exposé à la chaleur on observe une dilatation des vaisseaux périphériques, afin d’évacuer la chaleur produite dans les parties profondes vers la périphérie. La chaleur est alors évacuée par convection-radiation : mais si la température de l’air excède celle de la peau, le système fera appel à la sudation.

Quel est le rôle de la transpiration ?

Celle-ci permet de maintenir un équilibre jusqu’à un certain point, correspondant à des températures élevées, telles que celles observées lors de fortes canicules. Mais il faut que la déperdition d’eau et de sel qui est due à la sudation soit compensée par les apports. Des mécanismes hormonaux sont aussi mis en jeu : l’hormone antidiurétique, l’aldostérone, qui réduit l’élimination d’eau et de sel par les reins. Cette mise en action des mécanismes est rapide. Elle peut entraîner une baisse de la pression artérielle : celle-ci doit donc être surveillée plus fréquemment chez les personnes âgées exposées à la chaleur.

Quelles boissons faut-il privilégier en cas de fortes chaleurs ?

Avant tout, il faut éviter l’alcool et le café, qui est diurétique. Il faut aussi éviter les boissons sucrées ou les boissons glacées inutiles. Pour les personnes jeunes et en bonne santé, l’eau, avec un apport de sel pour compenser les pertes, est préconisée. Les sportifs connaissent bien cela.

Et pour les personnes fragiles ou âgées ?

Pour les personnes fragiles ou âgées, l’apport d’eau et de sel va dépendre de beaucoup de facteurs. Pour le sel, il faut impérativement demander à son médecin, car la recharge en sel est un processus qui doit être surveillé, et pour lequel il peut exister des contre-indications, comme une insuffisance cardiaque ou de l’hypertension. Seul le médecin traitant peut décider si cela est nécessaire.

Et pour l’eau ?

Pour l’eau, les apports doivent être adaptés. En effet, si on vit dans un appartement ou dans une maison de retraite climatisé, il n’est pas nécessaire de s’hydrater excessivement. Car, dans ce cas, il peut y avoir des effets délétères : surcharge en eau, baisse du sodium dans le sang…

Et dans les autres cas ?

Dans les autres cas, il faut avant tout se protéger de la chaleur. La sensation de soif diminue chez les personnes âgées et fragiles. Du coup, si elles ne sont pas assez protégées de la chaleur, il faut leur proposer régulièrement une boisson, et la quantifier sur la journée, afin d’apporter entre 1 et 1,5 litre par jour d’eau. Cela pouvant être modulé sous le contrôle du médecin en cas de problème particulier, notamment insuffisance cardiaque, rénale, hypertension…

Et pour les personnes qui prennent déjà un traitement médicamenteux ?

En cas de forte chaleur, il est important, chez les personnes fragiles ou âgées qui souvent doivent prendre plusieurs médicaments, que ceux-ci soient réévalués par le médecin traitant. On peut penser aux diurétiques, qui augmentent l’élimination d’eau par les reins. Les traitements seront également adaptés si une déshydratation apparaît, car elle augmente le risque d’effets indésirables de certains médicaments.


journalistRaphaël Brun