Quel avenir pour les ports
de Monaco ?

Maxime Dewilder
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Le port Hercule, mythique, figure sur toutes les cartes postales de la principauté. Le port Fontvieille, plus confidentiel, accueille essentiellement des monégasques. Plus au large, le port de Cala del Forte entrera en fonction au premier trimestre 2020. Monaco, un pays, trois ports. Et quel avenir ?

Ce jour, un croisiériste mouille dans le port Hercule. Le lendemain, il vogue déjà vers d’autres horizons. Dans le même temps, d’innombrables yachts de plusieurs dizaines de mètres de long naviguent dans le port, entrent et sortent dans un balai aquatique rythmé par la houle. Ici, la majorité des équipages n’est que de passage. À Fontvieille en revanche, l’autre port monégasque, changement de cap. Les bateaux amarrés appartiennent souvent à des monégasques ou à des résidents présents à l’année. De plus, les embarcations ne dépassent pas les 35 mètres de longueur. Bienvenue à Hercule et Fontvieille, les deux ports de la principauté de Monaco… en attendant Cala del Forte ! Si chaque port monégasque a ses spécificités, il n’y a aucune différence dans la gestion de l’un et de l’autre. Olivier Lavagna, directeur technique et d’exploitation de la Société d’Exploitation des Ports de Monaco (SEPM), explique : « Nous avons le même genre d’organisation des deux côtés. Les maîtres de port et agents portuaires fonctionnent de la même manière en fournissant des services tels que l’aide au branchement, le conseil ou l’aide à la manœuvre » (interview complète dans les colonnes de ce numéro). Chaque port suit les mêmes règles et offre les mêmes services bien que l’un et l’autre dispose de leur propre capitainerie.

Optimiser le remplissage

Bruno Delaporte, regard bleu azur et visage débonnaire, est ancré dans les ports monégasques depuis plus de 20 ans. Il a gravi les échelons, pour être aujourd’hui le capitaine du port Hercule. Les deux ports ont leur différence. Le port Hercule compte environ 800 places, contre environ 300 pour Fontvieille. Hercule accueille des bateaux de 30 à 150 mètres de long pour les plus grands alors que Fontvieille ne propose pas de place excédent 30 à 35 mètres. Bruno Delaporte souligne une autre différence : « Ce n’est pas tout à fait la même clientèle au niveau des moyens. Pour nous, ce n’est pas la même façon de travailler. Les plus petits bateaux vont réserver deux jours avant d’arriver, ce sera moins programmé que pour un gros bateau. À Fontvieille, les bateaux sont plus petits, les gens naviguent seuls, et parfois sans capitaine. Ils appellent le jour pour le soir-même. Les principes de base sont les mêmes, mais le fonctionnement varie en fonction de la clientèle des deux ports » (lire l’interview croisée d’Olivier Lavagna et de Bruno Delaporte ici). Quoiqu’il en soit, ces deux ports ont un point commun indiscutable : la difficulté à gérer les emplacements. Chaque port propose deux types de places : celles qui sont louées à l’année et d’autres pour des durées plus courtes. L’exercice consiste à optimiser le remplissage, entre les bateaux présents à l’année mais qui peuvent s’absenter plusieurs jours ou semaines et ceux qui sont de passage pour une nuit. La difficulté réside dans le fait que la clientèle des ports monégasques est… imprévisible ! « Notre clientèle prend souvent des décisions au dernier moment en partant du jour au lendemain en croisière ou en rentrant un peu plus tôt de voyage. Là, il faut s’adapter. Nous essayons d’obtenir les informations en amont, mais elles ne sont pas toujours d’une grande fiabilité », confie Olivier Lavagna, avec un sourire amer. Pour gagner en efficacité, la SEPM a mis en place une plateforme de réservations en ligne. Elle facilite la tâche, certes, mais des problèmes organisationnels persistent. La solution ? « Une boule de cristal ! », plaisante le capitaine du port Hercule, Bruno Delaporte.

Cap sur Cala del Forte

Les deux types de places, à l’année et pour de plus courtes durées, induisent également des différences de tarification. Les premières sont exclusivement réservées aux monégasques. Ceux-ci payent un tarif à l’année. Pour les secondes, en revanche, le contrat se fait au jour ou au mois. Par exemple, dans le port de Fontvieille, si vous voulez une place dite « de passage » pour un jour (de 12 heures à 12 heures le lendemain) et que votre bateau mesure 15 mètres, comptez 114 euros en haute saison, du 1er mai au 1er octobre. Pour un mois, vous devrez débourser 2 403,60 euros lors de cette même période estivale. Dans le cas du port Hercule, avec un bateau de 55 mètres, à la même saison, et toujours pour un jour, la somme s’élève à 1 128 euros la journée. Pour un mois, le montant grimpe à 21 926,40 euros. Les prix vous paraissent élevés ? Alors cap sur Cala del Forte ! Le port de Vintimille, racheté par la Société Monégasque Internationale Portuaire (SMIP), une filiale de la SEPM, devrait être opérationnel dès le premier trimestre 2020. Éloignement du Rocher oblige, les places y seront environ 20 % moins chères qu’à Monaco. Ce nouveau port, cédé pour 85 ans à un prix avoisinant les 90 millions d’euros, proposera 171 nouveaux emplacements pour des bateaux de 6,5 à 70 mètres. Daniel Realini, directeur général adjoint de la SEPM, interrogé en février dernier dans L’Observateur de Monaco n° 184, justifiait alors ce choix : « À l’époque, nous voulions reprendre la concession de Beaulieu-sur-Mer. Nous avions un groupement avec la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Nice et Vinci Construction, les discussions étaient avancées. Finalement, on s’est rendu compte que la hauteur de l’investissement comparé à la durée de concession faisait que l’objectif de rentabilité ne pouvait pas être atteint. Cala del Forte était plus attractif ».

Daniel Realini © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.
Cap-d’Ail, port idéal

Ce choix ravit le maire italien de Vintimille, fraîchement réélu en mai 2019, Gaetano Scullino : « Deux sociétés restaient en lice à la fin des négociations, dont la principauté de Monaco via la SEPM. Nous sommes très attachés à la principauté pour plusieurs raisons, notamment notre rapport amical avec la famille Grimaldi […]. Alors, quand nous avons vu que la SEPM s’intéressait au port de Vintimille, nous avons bloqué toutes les autres offres ! Nous préférions Monaco » (lire son interview). Et pour cause : l’arrivée de ce nouveau port a entraîné la rénovation de fond en comble de la vieille ville historique de Vintimille. Il devrait créer près de 300 postes dès l’ouverture et permettre d’enfin relancer l’activité économique et touristique de cette cité italienne de 30 000 habitants. Daniel Realini explique que, pour ce chantier, l’Italie a imposé certaines conditions : « Dans le permis de construire, il y avait trois éléments majeurs : la consolidation du versant derrière le port, la création d’un ascenseur qui assure la liaison entre le port et la vieille-ville via le tunnel qui mène au port, et enfin la rénovation de toute la via Marconi, qui part du chantier et qui va jusqu’à la Roya. Tout cela s’inscrit dans le cadre d’une cohérence à partir du port, sur un périmètre assez large. Tout cela est imposé par l’Italie. Ce sont des choses traditionnelles dans l’acquisition de ce genre de concession ». Toujours est-il que Monaco dispora donc dès 2020 d’un troisième port. Et la SEPM ne compte pas s’arrêter là. Les regards se tournent déjà vers Cap-d’Ail. « Nous sommes toujours attentifs sur ce qui se passera à Cap d’Ail en 2027, à la fin de la concession. Nous sommes en veille stratégique pour être présent le moment venu. Cap-d’Ail, c’est le port idéal ! On ne sait pas combien cela pourrait coûter, mais on travaille sur le sujet. En 2027, quand il y aura un appel d’offres lancé par la métropole, on ne sera sûrement pas les seuls candidats. Mais on ne peut pas ne pas y être. On mettra tout en œuvre pour que ça revienne à la principauté », promet Daniel Realini. Rendez-vous en 2027.

journalistMaxime Dewilder