5G « La population monégasque sera exposée, qu’elle le veuille ou non »

Raphaël Brun
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Faut-il s’inquiéter du déploiement de la 5G ? Médecin épidémiologiste du cancer et ancienne directrice d’unité au centre international de recherche sur le cancer, qui est l’agence spécialisée de l’organisation mondiale de la santé, Annie Sasco tire la sonnette d’alarme. Interview.

Pourquoi avoir décidé de vous intéresser à la cancérologie ?

Une moitié des cas de cancers restent inexpliquée. Du coup, depuis 1990, je m’intéresse au fait que dans l’air que l’on respire, l’eau que l’on boit, la nourriture que l’on mange, le sol sur lequel on vit et les objets que nous manipulons au quotidien, il y a de très nombreux cancérogènes. Aussi bien des cancérogènes chimiques, que des agents physiques, comme les radiations. Ces radiations sont de deux types : les radiations ionisantes, comme par exemple lorsqu’on passe une radiographie médicale ou quand on vit près d’une centrale nucléaire. Et il y a aussi les radiations non ionisantes. Elles concernent tout le domaine des champs électro-magnétiques.

A quand remontent les premières études sur la santé des humains ?

Aux années 1950, surtout en URSS. Ces études portaient alors notamment sur ceux qui travaillaient avec les radars qui utilisent des champs électromagnétiques. Les Soviétiques se sont aperçus que les gens exposés avaient un risque augmenté de cancers. Puis, les Américains ont fait des études sur leurs travailleurs dans les radars. Et ils sont arrivés aux mêmes conclusions.

Les champs électromagnétiques se sont développés à quel moment ?

Après les radars, il y a d’abord eu l’arrivée du four à micro-ondes. Puis, il y a eu le lancement de la téléphonie mobile. Et ça a été un grand boom. Ce qui a changé, c’est que l’on se colle la source de champs électromagnétiques directement à l’oreille, juste à côté du cerveau. A la fin des années 1990, les premières études ont été lancées, pour savoir si les utilisateurs de téléphones mobiles prenaient des risques. Je rappelle qu’à l’époque, les téléphones ne servaient qu’à téléphoner, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Les conclusions de ces premières études ?

Les premières études viennent des pays nordiques. Ces études ont conclu que ceux qui utilisaient beaucoup leurs téléphones portables présentaient un risque accru de tumeurs du cerveau. A l’époque, on considérait qu’un utilisateur régulier, c’était une personne qui passait au moins un coup de fil par semaine pendant au moins 6 mois. Cette étude a été réévaluée dans le cadre d’une très large étude internationale qui a concerné 13 pays, qui s’appelle Interphone. Là aussi, il a été montré que les plus gros utilisateurs présentent un risque 1,5 fois plus grand de développer une tumeur du cerveau. Ce risque était d’autant plus marqué quand les personnes avaient commencé à utiliser un téléphone portable avant l’âge de 20 ans.

Les conséquences ?

En mai 2011, lors d’une réunion à Lyon, au centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’organisation mondiale de la santé (OMS) a conclu que l’exposition aux champs électro-magnétiques était un « cancérogène possible » pour l’être humain. Il existe cinq degrés dans la classification : dans l’ordre, il y a d’abord les cancérogènes avérés, puis les cancérogènes probables et, juste après, les cancérogènes possibles. Viennent ensuite les agents qui sont considérés comme ne pouvant être classifiés pour leur effet cancérogène, ou pas, au moment où l’évaluation est faite. C’est un peu la catégorie « je ne sais pas », ce qui est très différent de « je peux affirmer avec des preuves concrètes qu’il n’y a aucun danger ».

Que s’est-il passé depuis 2011 ?

D’autres études ont été réalisées. Notamment une étude française, réalisée dans plusieurs villes, qui montre que les gens qui utilisent leur téléphone mobile 30 minutes par jour ont un risque qui est à peu près doublé d’avoir une tumeur du cerveau. Donc le profil des résultats est toujours le même : ceux qui sont les plus gros utilisateurs ont un risque augmenté.

Et aujourd’hui, en 2019 ?

Aujourd’hui, on est face à des individus qui sont pratiquement collés à leur téléphone toute la journée et qui dorment parfois avec leur téléphone à côté d’eux. On se sert de son téléphone pour regarder un film, pour écouter de la musique, pour jouer, pour parier en ligne… De plus, le téléphone mobile fonctionne aussi lorsqu’on ne s’en sert pas, puisqu’il est capable de dire où l’on se trouve et même de donner la température qu’il fait. De plus, même si on met son téléphone en « mode avion », il y a toujours des applications qui tournent. Il y a donc une source d’exposition qui est beaucoup plus importante qu’elle ne l’était autrefois.

Mais les fabricants affirment que les téléphones mobiles sont beaucoup plus performants et protecteurs pour la santé des utilisateurs !

Les téléphones ont été améliorés, mais ils auraient pu l’être encore plus pour émettre moins. Le drame, c’est que l’on voit aujourd’hui de jeunes enfants qui ont déjà leurs téléphones mobiles. Ils l’utilisent même parfois lorsqu’ils sont à bord d’un train, ce qui est un très mauvais endroit pour utiliser son téléphone mobile.

Pourquoi ?

Parce que dans un TGV, on est dans une enceinte métallique. Et juste au dessus des têtes des passagers, il y a des lignes à haute tension, donc on baigne dans des champs électromagnétiques. De plus, comme le train se déplace, le téléphone recherche en permanence la prochaine antenne pour pouvoir se raccorder au réseau. Au final, la durée d’exposition est vraiment beaucoup plus importante qu’autrefois, avec des usages qui démarrent très tôt dans la vie.

Quels sont les risques chez les enfants ?

La première étude qui s’est intéressée aux enfants et aux adolescents a été acceptée pour publication 15 jours après la réunion du CIRC en 2011. Cette étude qui s’appelle Céphalo est toujours présentée comme une étude négative. Or, sur 136 indicateurs qui donnent la valeur du risque relatif, 97 sont au dessus de 1. Il y a donc un effet. Le risque n’est pas statistiquement significatif, car cette étude était trop petite. Mais il n’en reste pas moins que ce n’est pas une étude rassurante.

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« Les premières études viennent des pays nordiques. Ces études ont conclu que ceux qui utilisaient beaucoup leurs téléphones portables présentaient un risque accru de tumeurs du cerveau »

On en sait un peu plus aujourd’hui ?

A la suite de cela, le CIRC a lancé Mobikids, une grande étude internationale qui porte sur 14 pays. Le sujet de cette étude porte sur les tumeurs du cerveau pour les personnes de 10 à 24 ans, donc les grands enfants, les adolescents et les jeunes adultes. La collecte des données dans les 14 pays participants s’est terminée fin décembre 2015. Cette étude a été financée par la commission européenne, dont les principaux investigateurs ont envoyé un rapport à cette commission. Ce rapport a été envoyé le 13 janvier 2017.

Et que disent les conclusions de cette étude Mobikids ?

Au chapitre des résultats, il est simplement écrit qu’« une publication est en préparation. » C’était en janvier 2017. Nous sommes en juillet 2019 et rien n’a été publié. Ça fait des mois que j’évoque ce problème. J’en ai notamment parlé en septembre 2018, lors d’une conférence sur les tumeurs de l’enfant à Londres. Je ne comprends pas cette situation. Car soit les résultats montrent qu’il n’y a aucun risque, et ça rassurera les gens. Soit ils montrent un risque. Et si les risques sont similaires à ceux de Céphalo, les conclusions passeront alors en groupe 1, avec la reconnaissance que l’exposition aux champs électro-magnétiques est un cancérogène.

L’opinion publique est inquiète, actuellement ?

Certains poussent pour que le CIRC réévalue immédiatement l’exposition aux champs électromagnétiques. Pour ma part, je pense qu’il faut d’abord avoir les résultats de cette étude Mobikids. Je ne comprends pas pourquoi cette étude ne sort pas. Peut-être que les investigateurs des différents pays ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les mots qu’ils vont mettre autour des chiffres ?

En ce mois de juillet 2019, Monaco Telecom lance son réseau 5G : qu’est-ce que cette technologie pose comme inquiétudes pour la santé ?

Avec la 5G, on change les bandes de fréquence qui sont utilisées pour la téléphonie et pour tout le reste. Or, les études que l’on a aujourd’hui, ont été obtenues avec des téléphones mobiles des deuxième et troisième générations. L’objectif de la 5G, qui est présenté au grand public, c’est notamment la possibilité de pouvoir télécharger un film en quelques millisecondes, au lieu de quelques secondes. Mais la 5G permettra aussi de faire fonctionner tous les autres objets connectés. A partir du moment où il y aura des voitures autonomes, un réfrigérateur connecté en 5G, des compteurs « intelligents », et des applications dans le domaine médical, il y aura un besoin de pouvoir traiter des quantités de données absolument phénoménales. C’est là que l’on aura donc besoin de ces hyperfréquences beaucoup plus rapides que les fréquences de la 4G.

La 5G présente d’autres caractéristiques ?

Oui, la 5G fonctionne avec des ondes millimétriques, qui sont des ondes beaucoup plus courtes. Ce qui nécessite l’installation d’un nombre beaucoup plus important d’antennes. A Monaco, des antennes 4G seront changées pour traiter de la 5G. En France, les antennes 5G seront implantées dans les abribus, ce qui ne sera pas le cas de la principauté. Pourtant, comme les autres populations de la planète, la population monégasque sera exposée, qu’elle le veuille ou non.

Même si on n’a pas de téléphone mobile ?

Oui. Car même si on n’a pas de téléphone mobile, on est presque toujours entouré de gens qui en ont. Donc, on baigne aussi dans dans les champs électromagnétiques.

Mais certains estiment que l’être humain sera capable de s’adapter à la 5G ?

Le fond du problème, c’est que l’être humain et les autres espèces sont capables de s’adapter à des expositions toxiques diverses, d’autant mieux que les expositions sont à faibles doses et continues. Mais même s’il y a une adaptation, elle se fait au fil des générations. L’être humain ne s’adaptera pas en 25 ans. Alors, peut-être que les insectes vont s’adapter. Notamment les araignées, qui sont particulièrement résistantes, au point de pouvoir résister à une catastrophe nucléaire.

Les animaux réagissent comment aux champs électromagnétiques ?

En France, et notamment au pays Basque, il y a un certain nombre de procès d’éleveurs à proximité d’antennes de téléphonie mobile qui disent que leurs vaches ou leurs chèvres produisent moins de lait, ont des nouveaux nés qui sont malformés. Des problèmes se posent aussi avec les lignes à haute tension et les émetteurs de télévision. Certains oiseaux migrateurs, qui se déplacent grâce au magnétisme, se perdent.

Et les insectes ?

Les abeilles rencontrent aussi des problèmes pour retrouver leurs ruches lorsqu’elles se trouvent à proximité des antennes de téléphonie mobile. Si vous mettez sur le sol votre téléphone mobile au milieu d’une fourmilière, même sans l’allumer, vous verrez que les fourmis évitent le téléphone. En Espagne et en Allemagne, des études se sont intéressées aux feuilles des arbres qui sont à proximité des antennes de téléphonie mobile. Du côté de l’antenne, les feuilles sont en moins bonne forme, recroquevillées. Donc tout ça n’est pas rassurant.

La 5G pose d’autres inquiétudes ?

La 5G nécessite un grand nombre d’antennes, parce que la propagation de ces ondes est limitée dans l’espace. Or, quand on expose des cellules vivantes à des chocs électriques extrêmement répétés sur le modèle “on-off”, “on-off” en permanence, et à une vitesse qui est absolument extraordinaire avec la 5G, les cellules ne savent plus où elles en sont de leurs échanges avec le milieu extérieur. Et elles ne parviennent pas à s’adapter. De plus, cela augmente le passage de la barrière hémato-encéphalique. Cette barrière entre les méninges et le sang protège notre cerveau d’un certain nombre d’éléments toxiques que l’on peut avoir dans notre sang. Mais rien n’est absolument hermétique. Et tous ces mécanismes peuvent être perturbés. On voit donc des effets sur les cellules, mais aussi sur le sperme humain. Il est donc recommandé de ne pas garder son téléphone mobile dans la poche avant de son pantalon. On a tout intérêt à maintenir à distance de notre corps ces objets qui émettent des champs électromagnétiques.

Mais les ondes millimétriques ne pénètrent que très peu le corps humain ?

Les ondes millimétriques sont utilisées dans certains pays comme une arme de contrôle des foules, car cela donne une sensation de brûlure, donc cela fait reculer les gens. Chez les plus jeunes, il faut savoir que même si ces ondes millimétriques ne pénètrent pas en profondeur, le crâne d’un enfant est plus fin. Or, chez un enfant, le contenu en eau du cerveau est plus grand, donc ils absorbent encore plus les champs électro-magnétiques. Ce qui m’inquiète ce n’est pas la longueur d’onde, c’est la fréquence.

Pourquoi ?

Parce que le phénomène “on-off”, “on-off” en permanence, me semble préoccupant.

Il vaut donc mieux téléphoner avec un casque ?

Il faut utiliser un casque filaire. Mais utiliser des casques « bluetooth », cela revient à mettre une source de champs électro-magnétiques directement à proximité de votre cerveau, même si ces champs sont à des niveaux très bas. Le pire, c’est que, souvent, lorsque les gens ne se servent pas de leur téléphone, ils n’enlèvent pas leurs casques « bluetooth ».

Que faut-il éviter ?

Le cœur est un organe électrique. Il faut donc éviter de rapprocher d’autres courants électriques extérieurs. Donc il ne faut pas mettre son téléphone mobile dans la poche de sa chemise. Surtout si vous êtes porteur d’un pacemaker. Car cela peut provoquer des troubles du rythme, et cela peut parfois entraîner la mort. Il ne faut pas non plus coller son téléphone à son oreille. L’idéal, c’est de l’utiliser en mode « haut-parleur », ou, au moins, de l’écarter d’un demi-centimètre de son oreille. Une femme enceinte ne doit absolument pas garder son téléphone mobile dans les poches de sa robe.

Pourquoi il n’y a eu aucune étude expérimentales sur l’animal, avant le lancement de la 5G ?

Il n’y a pas eu d’études avant le lancement de la 5G et cela me choque profondément. Les rats ne vivent que deux ans. Donc en exposant des rats, on peut avoir des résultats en deux ans, voire avant. Voilà pourquoi, avec d’autres scientifiques, je plaide pour un moratoire pour faire au moins une grande expérimentation chez le rat, comme cela a été fait pour la 2G et la 3G.

Pourquoi ?

Parce que ces études ont montré que l’on retrouvait chez le rat les mêmes tumeurs que chez l’être humain, à savoir des gliomes du cerveau. Et une tumeur extraordinairement rare, qui sont les schwannomes du cœur. Il s’agit d’une tumeur des cellules de Schwann qui sont les cellules qui entourent les nerfs. Les rats, dont le corps était entièrement exposé, ont réagi au niveau des nerfs qui arrivent à leurs cœurs. Chez l’être humain, on voit des tumeurs bénignes, comme des schwannomes du nerf acoustique, car les gens tiennent leur téléphone à l’oreille. Mais c’est exactement la même tumeur que celle du rat. Il est difficile de penser qu’il s’agisse seulement d’une coïncidence.

Avec d’autres scientifiques vous réclamez donc un moratoire : cela présenterait quels avantages ?

En 1971, le moratoire sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) n’a duré qu’un an. Mais il a permis de mettre en place des mécanismes de contrôle. Par exemple, les gens qui ont manipulé des OGM étaient suivis médicalement, et chaque expérience devait être déclarée pour être évaluée. Donc avoir un moratoire sur la 5G permettrait au moins d’avoir ces mécanismes de surveillance, y compris dans la population.

Mais comment parvenir à prévenir efficacement les risques, dans la mesure où il faut parfois plusieurs années pour développer un cancer ?

On pourrait enregistrer et étudier un certain nombre d’éléments, comme les morts subites, avec la problématique des troubles du rythme cardiaque. Ce genre de problème ne nécessite pas des années avant d’apparaître. Mais on peut quand même évaluer les risques de la 5G chez le rat, et exposer à ces champs électro-magnétiques des cultures cellulaires ou du sperme. Tout ça peut être fait immédiatement. Nous sommes actuellement 248 scientifiques dans 42 pays à réclamer un moratoire sur la 5G.

Il faut encore rabaisser les normes d’exposition ?

Les normes d’exposition sont établies par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP), qui est un organisme a priori indépendant, mais qui est quand même très proche des opérateurs et du secteur de la téléphonie mobile. Ces normes sont basées uniquement sur l’effet thermique des champs électromagnétiques. Elles veillent à éviter d’augmenter la température du tissu cellulaire à proximité du téléphone de plus de 1 degré. Mais l’ICNIRP ne prend pas en considération les effets non thermiques, en particulier les effets de géno-toxicité, donc d’atteinte du génome des cellules.

Mais à Monaco, les normes sont encore plus basses qu’en France !

C’est une bonne chose. Mais si on regarde au niveau mondial, le pays qui permet l’exposition la plus basse, et donc le niveau de protection le plus élevé, c’est la Russie. Or, au niveau des connaissances de la physique sur les ondes, ils sont parmi les meilleurs de la planète. Ce sont eux qui ont le plus long historique en matière de travaux sur le sujet. Leur décision n’est donc peut-être pas anodine…

En tout cas, en principauté, une partie de la population s’inquiète…

En principauté, le gouvernement a indiqué qu’il y aurait 27 antennes pour la 5G et que les expositions seraient mesurées, ce qui est une bonne chose. Mais, en se mettant en lien avec le centre hospitalier princesse Grace (CHPG), Monaco devrait au minimum surveiller les cas de morts subites, mais aussi les malaises, ou les gens qui se plaignent d’une sensation de brûlure. Il faudrait aussi éloigner au maximum ces antennes des enfants et des femmes enceintes, même si, sur un territoire de seulement 2 km2, c’est compliqué. L’avantage d’être un Etat de petite taille, c’est qu’il est possible d’encadrer plus facilement, et d’élever ainsi le niveau de sécurité.

Le WiFi est aussi une technologie dont il faut se protéger ?

Il faut garder le WiFi à distance, autant que possible. Il faut l’éteindre quand on en a pas besoin. Surtout que même si on n’a pas le WiFi chez soi, on capte celui du voisin. Dans les crèches, il n’y a pas de WiFI. Et dans les écoles, il ne devrait pas y avoir de WiFi, toutes les connections à internet devraient être filaires. Il faut savoir que les écoles où vont les enfants de Bill Gates, le co-fondateur de Microsoft avec Paul Allen, sont toutes équipées en filaire. Il n’y a pas de WiFi.

La 5G, c’est aussi un gigantesque business : alors, avec d’un côté d’énormes retombées économiques et de l’autre, des préoccupations de santé, qui va l’emporter ?

J’ai passé ma vie à me battre contre les cancérogènes dans notre environnement, avec un succès très limité. Mais si on se dit qu’on ne peut rien, on n’obtiendra rien. Evidemment, c’est David contre Goliath, c’est quelques scientifiques contre d’énormes intérêts économiques. Mais je suis triplement diplômée de Harvard, j’ai une véritable crédibilité. Je ne suis pas seulement la grand-mère qui s’inquiète pour son petit fils. Des procès se préparent, notamment au Danemark, contre l’Etat danois, puisque c’est l’Etat qui est aussi responsable de la santé de ses citoyens. Il est mis en avant le code de Nuremberg, et des expérimentations sur l’être humain non consentant, car la population n’a pas accepté de participer à ce genre de test.

Il y a donc une prise de conscience ?

Ce procès au Danemark devrait être médiatisé, et donc, faire réfléchir les gens. J’attire aussi l’attention sur le fait que de grandes compagnies d’assurances, comme la Lloyds, refusent d’assurer contre les effets sanitaires liés aux champs électro-magnétiques. En Suisse, les gros assureurs ne veulent pas assurer ce type de risques non plus. Du coup, la responsabilité retombe sur les gouvernements. En principauté, en l’absence d’assurance, c’est donc l’Etat monégasque qui endossera la responsabilité.

Votre discours trouve un écho à l’international ?

Oui, j’ai été reçue dans plusieurs pays. Aux Etats-Unis, j’ai rencontré des sénateurs. Jusqu’à présent, c’était surtout des sénateurs démocrates, comme Richard Blumenthal, qui demandaient à ce que les industriels démontrent l’absence de risques pour la santé, avant de déployer la 5G. Mais une sénatrice républicaine m’a permis d’intervenir longuement, car elle se pose vraiment des questions sur la 5G. Donc le questionnement ne dépend plus de la couleur politique des uns ou des autres. Et le nombre de personnes haut placées qui s’interroge prend de l’ampleur.

journalistRaphaël Brun