Charlie Winston :
« J’ai essayé d’être calme et de m’écouter pour faire cet album »

Maxime Dewilder
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Alors que son dernier album Square  1 cartonne, l’artiste britannique Charlie Winston a livré une superbe prestation à l’opéra Garnier le 4 juillet dernier. Monaco  Hebdo l’a rencontré dans les coulisses, à quelques heures du concert.

Vous avez sorti votre premier album en 2009 : quel est votre regard sur les dix années qui viennent de s’écouler ?

Ces dix dernières années ont été un grand voyage. Ma vie a énormément changé. De plusieurs façons, je suis passé de jeune homme à homme ! Le point de départ de ce voyage, c’est mon premier album, Hobo (2009), et, plus particulièrement, mon titre, Like a hobo. L’une des évolutions majeures, c’est aussi que j’ai changé de quelqu’un qui passait beaucoup de temps seul, alors que j’ai besoin d’être entouré, à quelqu’un de très entouré justement, avec toujours des gens autour de moi. Et puis, je voyage beaucoup quand je fais des tournées. Et quand je voyage, il y a toujours une équipe avec moi. Cela a changé ma vie. Aujourd’hui, je suis très content et fier d’être où je suis, grâce à ce que j’ai fait.

Comment avez-vous travaillé sur votre nouvel album, Square 1 (2018) ?

Je suis venu en France il y a deux ans. J’ai une cabane dans mon jardin et j’y ai passé beaucoup de temps pour écrire. Certaines personnes dans ma famille ont eu des problèmes de santé dernièrement et cela a été une source d’inspiration pour plusieurs morceaux. Quand je suis arrivé dans le studio d’enregistrement, je ne voulais pas incarner une personne qui apporte des réponses. Je ne savais pas ce que je voulais vraiment. J’en avais une idée assez vague, pas claire du tout, mais je ne voulais pas être clair ! Pendant une semaine, avec le groupe, nous avons joué, joué, et encore joué, à partir de mes textes. Nous avons tout enregistré, puis réécouté. À partir de là, quelque chose a commencé à se créer.

Comment décririez-vous cet album ?

Comme tous les albums que j’ai fait, c’est une photographie de ma vie à un instant précis. Du point de vue émotionnel, je voulais qu’il soit un peu plus profond que les précédents. Pour cela, musicalement, je voulais que ce soit moins chargé, tout en conservant certains éléments des albums précédents. Le premier sonnait folk, le deuxième avait plus de folie et d’énergie tandis que le troisième contenait des influences plus électro. Pour ce quatrième album, je me suis penché sur les musiques traditionnelles indienne et africaine, sans pour autant faire un disque catégorisé « musique du monde ». Toutes ces influences se font par petites touches.

Pourquoi l’avoir appelé Square 1 ?

En Angleterre, nous avons une expression qui dit : « I’m going back to Square 1 » [« Je retourne à Square 1 » — N.D.L.R.]. Elle signifie que l’on retourne au point de départ. Ici, le point de départ, c’est moi. Je me suis concentré sur ma personne, sur mes ressentis pour écrire. C’est en quelque sorte comme de la méditation. J’ai essayé d’être calme et de m’écouter pour faire cet album.

Vous avez une histoire particulière avec la France, et particulièrement avec Nice et sa région ?

Quand j’avais 18 ou 19 ans, j’étais dans un groupe avec mon frère. À cet âge et à ce moment-là, nous avions besoin d’aventures. Nous avions un ami appelé Vasco, avec qui nous avions fait quelques concerts. Il nous avait parlé de Nice et de concerts au Wayne’s Bar. Alors, c’est ce que nous avons fait ! À cette occasion, j’ai rencontré un certain Mehdi. Dix ans plus tard, je suis allé à Paris et j’ai revu Mehdi. C’était juste avant que je fasse mon album Hobo. Il m’a proposé une résidence de deux semaines avec lui, dans un bar de Nice. Encore une fois, je me retrouvais à Nice. Au fur et à mesure, je me suis entouré d’amis et de musiciens niçois. Je ne pouvais plus échapper à cette région de Nice et de Monaco. Ma femme vient aussi d’ici, et je n’habite pas loin de Nice, maintenant. C’est une grosse partie de ma vie.

Que pensez-vous de l’opéra Garnier où vous jouez ce soir [interview réalisée le 4 juillet 2019 — N.D.L.R.] ?

C’est magnifique, incroyable ! Je connaissais le palais Garnier à Paris, qui est très grand. Et j’ai été surpris de voir la différence de taille avec l’opéra Garnier à Monaco. Jusqu’à aujourd’hui, je ne savais pas que la mer était visible d’ici. C’est vraiment impressionnant. Le son est bon dans la salle, je suis très excité pour ce soir, ça va être génial.

journalistMaxime Dewilder