Une navette autonome
en test à Monaco-Ville

Anne-Sophie Fontanet
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Jusqu’au 8  septembre, un petit véhicule électrique sans chauffeur circule dans les rues du Rocher. Le gouvernement a décidé de permettre à tous d’expérimenter gratuitement ce nouveau mode de déplacement. D’autres tests se dérouleront à la rentrée dans d’autres quartiers de Monaco.

« La mobilité de demain sera autonome. » La phrase est lancée comme une certitude par Frédéric Genta, délégué interministériel en charge de la transition numérique. C’est lui qui a imposé cette nouvelle mobilité douce dans le paysage monégasque. Depuis le 3 juillet, cette innovation est une réalité dans les rues de Monaco-Ville. La navette, fabriquée par Navya, une entreprise française spécialisée dans la conception et la construction de véhicules autonomes, électriques et robotisés, a été mise en service grâce à la coordination de Keolis, opérateur privé de transport public franco-québécois du secteur des transports de voyageurs. Le gouvernement monégasque a choisi ces deux acteurs majeurs pour accompagner la compagnie des autobus de Monaco (CAM) vers ce nouveau mode de déplacement. Monaco est ainsi le 23ème pays où des navettes autonomes Navya circulent. Pour Keolis, il s’agit de l’accompagnement du 8ème pays dans le monde.

11 personnes maximum

« Cette navette a déjà été développée une trentaine de fois et a parcouru 50 000 kilomètres dans des villes comparables », avertissent ses représentants, présents jeudi 4 juillet à la présentation officielle en présence des conseillers de gouvernement à l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia, et aux finances, Jean Castellini. « Il s’agit d’un véhicule accessible à tous et gratuit. Ce test est une première étape qui s’inscrit dans la mobilité de demain. Elle aura pour but de réduire l’utilisation personnelle de voitures pour développer les transports en commun », assure Marie-Pierre Gramaglia. Pendant deux mois, les voyageurs le désirant sont invités à monter à bord de ce véhicule pouvant contenir 11 personnes maximum. Elle circule de 9 à 11h30 et de 13h30 à 20h et dessert quatre arrêts uniquement sur le Rocher : la place de la Visitation, le palais, la cathédrale et le musée océanographique.

Sur un rail virtuel

« Une navette, c’est un écosystème complexe, parce que la machine doit apprendre et élever son niveau de complexité. Cela peut paraître un gadget, mais nous sommes conscients que si nous ne nous y mettons pas, nous serons très vite dépassés. Cette expérimentation va changer de manière radicale notre mobilité dans les cinq prochaines années », assure Frédéric Genta. Son argumentaire repose sur trois critères : la sécurité — « les routes seront plus sûres » —, l’espace — « un gain immense » — et les finances — « pour une navette nocturne, l’aspect autonome peut rapporter beaucoup tout en augmentant le niveau de service ». Comment fonctionne cette navette ? A l’énergie électrique et via un parcours appris par cœur en naviguant dans un rail virtuel. La géolocalisation fonctionne au millimètre près et la navette interagit en permanence avec son environnement. « Cela lui permet de réagir dans la milliseconde. Elle est aussi équipée de caméras », confirme un technicien de Navya.

15 km/h

La présence permanente à bord d’un « modérateur qui peut tout refaire passer en manuel » doit rassurer les passagers. Car les coups de frein — plutôt abrupts — ont de quoi décontenancer au premier abord. La navette ne peut cependant pas circuler à plus de 15 km/h. Il faut donc compter au moins 15 minutes pour effectuer un tour complet du circuit de 1,1 km. « Nous avons besoin de nous préparer à ces mobilités et comprendre comment peuvent s’utiliser au mieux ces technologies sur notre territoire et enfin pour quels usages », confirme Georges Gambarini, coordinateur du projet côté gouvernement. « Il faut donner du temps à cette expérimentation. La navette s’inscrit dans le parcours du dernier kilomètre. On peut donc imaginer des dessertes qui sont aujourd’hui impossibles », ajoute un collaborateur. Le parcours du Rocher n’a évidemment pas été choisi au hasard. Ces petites ruelles ressemblent à la ville suisse de Sion qui expérimente déjà le système. « Ce parcours est extrêmement intéressant, car il est très caractéristique de la voirie à Monaco. Ce n’est pas un choix neutre en termes de densité de circulation. Tout en gênant le moins possible les riverains », certifie Georges Gambarini.

Au Larvotto

Après cette première étape, le gouvernement se tourne déjà vers une nouvelle salve de test. Cela devrait se passer à la rentrée, entre septembre et octobre, dans le quartier du Larvotto pour convoyer les congressistes entre le Grimaldi Forum et leurs hôtels. « L’objet, c’est le transfert modal de l’individuel, vers le collectif », ajoute Gambarini. Instiller doucement, mais sûrement, cette nouvelle habitude dans le quotidien des Monégasques, résidents et personne de passage, voilà le but final de cette innovation. Les navettes autonomes pourraient aussi constituer une solution efficace pour le transport collectif de nuit, en assurant un service plus fréquent, adapté et créant moins de nuisance qu’un bus traditionnel. Les équipes gouvernementales se réuniront en septembre pour établir un premier bilan de ce test.


journalistAnne-Sophie Fontanet