Jean-Luc Biamonti :
« Il va falloir pédaler »

Anne-Sophie Fontanet
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Pour la période 1er avril 2018 — 31 mars 2019, le résultat opérationnel de la Société des Bains de Mer est à nouveau négatif. Depuis l’exercice 2010-2011, la SBM ne parvient pas à renouer avec des résultats opérationnels positifs. Le 12 juin, le président-délégué, Jean-Luc Biamonti, a malgré tout continué d’afficher son optimisme, estimant que cet exercice annonçait « le redressement ».

C’est dans l’enceinte flambant neuve du centre de conférence du One Monte-Carlo que le président-délégué de la Société des Bains de Mer (SBM), Jean-Luc Biamonti, a dévoilé les résultats consolidés de son entreprise. « C’est un exercice qui annonce le redressement. Même si on n’y est pas encore, on se rapproche du bas du col. Maintenant, il va falloir pédaler. » Pour la période qui va du 1er avril 2018 au 31 mars 2019, le chiffre d’affaires est en progression. Il s’établit à 526,5 millions d’euros, contre 474,6 millions d’euros l’an dernier. Cette augmentation de plus de 50 millions est due à l’embellie sur le secteur des jeux (+11 %), celle du secteur hôtelier (+8 %), mais aussi celle du secteur locatif (+27 %). Pourtant, le résultat opérationnel reste déficitaire, à – 9,6 millions d’euros. Il est cependant en progrès par rapport à l’exercice précédent, où il s’établissait à – 27,1 millions d’euros.

« Je suis très confiant »

Autre indicateur : « la quote-part de résultat de Betclic Everest Group (BEG) mis en équivalence est positive » de 12,3 millions d’euros, contre 12,5 millions l’an passé. Enfin, le résultat net consolidé du groupe SBM s’est, lui aussi, amélioré à +2,6 millions d’euros, contre une perte de – 14,6 millions d’euros pour l’exercice 2017-2018. « Nous sommes partis de loin, mais nous devons pouvoir faire beaucoup mieux. Nous sommes passés à travers des périodes difficiles. On sort de ce tunnel, qui était nécessaire. Je suis très confiant. Ce n’est que le début. Car, à environnement économique constant, nous sommes en train de gagner en parts de marché », a estimé Jean-Luc Biamonti. C’est aussi ce discours que le président-délégué va tenir très prochainement devant ses salariés. Il tient à les remercier pour leur investissement.

Casino éphémère

Du côté du secteur des jeux, le chiffre d’affaires passe de 200,7 millions d’euros, à 222,7 millions d’euros. « Les efforts des équipes de Pascal Camia [le directeur des jeux — N.D.L.R.] portent leurs fruits. Nous avons beaucoup de nouveaux clients », a ajouté Biamonti. Depuis des mois, celles-ci s’attellent à faire évoluer l’image du “resort” monégasque aux yeux de la clientèle la plus huppée. Cela a commencé par l’organisation de dîners « d’exception » au casino et uniquement sur invitation. « On offre à notre clientèle des soirées “money can’t buy” que seul Monaco peut offrir », s’est réjoui Jean-Luc Biamonti. Visiblement, cette stratégie a bien payé. Conjointement, le travail de fourmi sur le terrain de Pascal Camia, a réussi à attirer une nouvelle très riche clientèle. L’idée de casino éphémère a aussi fait des émules. Débutée au Nikki Beach, ces initiatives se sont poursuivies au Blue Gin. Cet été, c’est le Jimmy’z qui ouvrira deux tables dans un de ses carrés.

Moyen-Orient, Asie et Amérique Latine

Conséquence : de nouveaux clients venus du Moyen-Orient en majorité, mais aussi d’Asie — surtout de la Chine — et, plus ponctuellement, un tout petit peu d’Amérique Latine, sont venus dépenser de l’argent et « ils ont eu la bonne idée de perdre ». La SBM n’a pas uniquement travaillé sur le redéploiement de cette clientèle très ciblée. Elle a aussi décidé de modifier l’organisation au sein du casino. L’atrium dispose dorénavant d’un café, mais aussi d’une boutique. Le but ? Donner plus de vie à cet espace, et encourager les gens à entrer dans le casino. « La salle Europe est devenu un lieu de vie. Les gens jouent ou ne jouent pas, mais ils peuvent y prendre un verre, et c’est une très bonne introduction. De l’atrium à la salle des gros joueurs, le casino est animé », a souligné Jean-Luc Biamonti.

100 % des boutiques louées

Le secteur hôtelier affiche lui aussi une belle progression. Son chiffre d’affaires est de 253,7 millions d’euros, contre 234,7 millions d’euros en 2017-2018. Les bonnes performances de l’hôtel de Paris, du Monte-Carlo Bay, mais aussi la réouverture du Jimmy’z, et celle du Coya, ont fortement impacté le résultat final. « Tout ce qu’on a rouvert marche. Le succès de Coya se confirme », a glissé le président-délégué. A cela s’ajoute le secteur locatif (boutiques, bureaux, résidences du Bay, du Balmoral et villas du Sporting) qui voit son chiffre d’affaires passer de 40,9 millions à 51,9 millions d’euros. « Le gros effet de loyer va se montrer encore plus pour l’exercice en cours, puis le suivant. Car nous avons comptabilisé les loyers des boutiques du One Monte-Carlo uniquement sur la période du 22 février au 31 mars 2019. » 100 % des espaces commerciaux du nouveau complexe ont trouvé preneur. Et les premières semaines d’exploitation vont au-delà des espérances. « Ça n’a pas progressé, ça a explosé. Tout le monde pensait que ce serait un bon succès, mais pas à ce point-là. Nous n’avons plus aucun espace à louer, mais tout le monde nous en réclame », a assuré Biamonti.

Une nouvelle place du casino

Le taux d’occupation du One Monte-Carlo laisse lui aussi présager un beau futur. Deux tiers des appartements sont déjà loués, ainsi que trois étages sur neuf de bureaux. En tout, le complexe a nécessité la mobilisation de 120 employés. Après ce gros projet, que vise désormais la SBM ? Dans l’immédiat, son président parle de la rénovation de chambres à l’hôtel Hermitage et au Monte-Carlo Bay. « Les travaux du Monte-Carlo Beach ont pris du retard. Il faudra y investir. Quant au Méridien, il n’est pas à nous. Nous n’y sommes que locataires. C’est à l’État de décider. » Et l’ancien Moods ? « Nous sommes prêts à louer le local à ceux qui voudraient faire de la musique en “live”. » Et les jardins du casino ? Tout le monde peut voir qu’ils sont en train d’être refaits, suite à l’enlèvement des “bulles” éphémères logeant les enseignes de luxe. « Ce sera assez différent, mais il restera toujours les trois fontaines, et ce sera accessible aux personnes à mobilité réduite. Tout sera prêt fin juin. » Les nouveaux jardins des Boulingrins ont été imaginés par le paysagiste en charge des extérieurs de l’extension en mer du Portier. Pour la place du casino, il faudra attendre Pâques 2020 pour la voir rénover. « Un projet a été choisi, mais on réfléchit encore. Les travaux débuteront en janvier 2020. »

Ouverture de casinos au Japon : « La concurrence va être féroce »

La SBM s’est alliée à son partenaire chinois Galaxy Entertainment Group (GEG) en vue de l’assouplissement de la réglementation pour l’ouverture de casinos au Japon d’ici 2020. « Les statuts de la future société sont formés. Mais le processus au Japon ne fait que de prendre du retard. Il existe de fortes résistances contre l’addiction aux jeux dans ce pays. » Ce qui est à peu près sûr, c’est que trois villes, deux grandes et une moyenne, offriront cette possibilité de jeux. La ville d’Osaka apparaissant souvent dans la presse, le président-délégué, Jean-Luc Biamonti, a déjà pris son bâton de pèlerin pour aller rencontrer le maire mais aussi le gouverneur de la province. « On essaie de se positionner. La concurrence va être féroce », avertit-il déjà. De nombreux casinotiers américains sont dans les “starting blocks”. « Face à eux, nous jouons une carte un peu différente. Ce que l’on vend à travers notre association Galaxy-Monaco, c’est un “best of Asia & best of Europe”. Cela peut nous différencier des projets américains. » Ce qui est sûr, c’est que ce possible développement sera essentiellement porté par le groupe Galaxy, Monaco ne jouant qu’un rôle mineur. « Mais on pourrait imaginer un “corner” Casino de Monte-Carlo dans cette enceinte Galaxy », note Biamonti. A.-S.F.

Fermeture du Sun Casino dès septembre 2022

Les 50 salariés du Sun Casino retrouveront de nouvelles fonctions dans l’entreprise. C’est la promesse de Jean-Luc Biamonti. « Ils seront rapatriés, soit au casino de Monte-Carlo, soit déployés pour nos casinos éphémères. » La SBM a en effet décidé de mettre fin à son bail avec l’hôtel Fairmont. « Le loyer est trop important. C’est beaucoup trop cher pour ce que ça rapporte. A partir de septembre 2022, on aura beaucoup de millions d’euros en moins à payer. » A.-S.F.

journalistAnne-Sophie Fontanet