Marco Piccinini sur le départ

Milena Radoman
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C’est un communiqué du palais princier qui l’a annoncé. Marco Piccinini va quitter le poste de conseiller pour les Finances et l’Economie, qu’il occupe depuis 2011. Reste à savoir quand.

La rumeur d’un départ courait certes depuis des mois. Mais on ne s’attendait certainement pas à ce que Marco Piccinini annonce officiellement sa volonté de quitter le gouvernement en pleine période budgétaire. Le communiqué du palais est tombé le 23 octobre au matin. Le conseiller pour les Finances et l’Economie a exprimé à Albert II « son souhait d’être déchargé de ses fonctions » et ce, « après en avoir informé le Ministre d’Etat, Michel Roger ». Le prince a alors pris acte de cette demande et l’a acceptée selon ce communiqué princier, « sous réserve que Marco Piccinini continue à exercer ses fonctions de conseiller de gouvernement jusqu’au moment où il aura été procédé à la nomination de son successeur ».
Comme ce fut le cas pour d’autres remaniements gouvernementaux ou le départ récent du directeur de Sûreté publique André Muhlberger, on ne connaîtra certainement jamais la genèse exacte de l’histoire. Selon un proche du gouvernement, la décision, qui aurait été validée par le prince samedi, serait en tout cas motivée par « l’épuisement » du conseiller pour les Finances et son souhait de retourner dans le privé. Mais on peut aussi tout à fait imaginer que les débats budgétaires musclés de la semaine dernière aient conforté le conseiller de donner sa démission (voir p. 20).
« Depuis qu’il a été nommé ambassadeur en 2010 puis conseiller de gouvernement en 2011, cela fait trois ans que Marco Piccinini sert le prince et le pays. Il m’avait fait part de sa volonté de quitter le gouvernement et de retourner à la gestion de ses affaires privées et familiales depuis un certain temps », affirme quant à lui le ministre d’Etat. Estimant sans doute qu’il avait rempli sa mission : depuis 2011, sur un plan strictement comptable, les finances publiques avaient été remises sur les rails, notamment avec un impact de la loi sur les droits de mutation et une meilleure perception de l’impôt sur les bénéfices et de la TVA. S’il aurait sans doute préféré que cette annonce intervienne début 2013, Michel Roger défend la ligne gouvernementale incarnée par le conseiller pour les finances : « Cela fait longtemps que le budget rectificatif n’avait pas été aussi bon et le budget primitif 2013 respecte la feuille de route fixée par le prince. » En clair, « la ligne du gouvernement restera la même : retrouver l’équilibre en 2014. Il n’y aura aucun changement de politique. » Si l’on écoute Michel Roger, il n’est donc absolument pas question de parler de désaveu de Marco Piccinini.

Divergences
Pourtant, ce financier, qui sort du sérail traditionnel des hauts fonctionnaires, avait parfois heurté par ses méthodes. Notamment dans les coupes budgétaires opérées sans concertation avec les services, que ce soit dans le domaine culturel ou la coopération internationale. On sait aussi que le conseil de gouvernement, rendez-vous hebdomadaire du gouvernement, était parfois tendu entre Marco Piccinini et ses collègues, sur les arbitrages budgétaires. Certaines divergences avaient filtré, notamment sur le plan de relance de la Société des bains de mer ou sur la construction du collège Charles III. Et ce ne sont pas les seuls motifs de tensions…

Qui lui succèdera ?
Aujourd’hui, tout le monde s’interroge : qui sera le prochain conseiller pour les finances ? Sera-t-il un haut fonctionnaire ou viendra-t-il du privé comme Piccinini ? Assistera-t-on à une nouvelle valse de chaises musicales comme on l’a connu dans le passé ? Pour l’heure, il semblerait que le futur locataire des finances ne se trouve ni au gouvernement ni dans les différents services de l’administration. Quoi qu’il en soit, « c’est le prince qui choisira le remplaçant de Marco Piccinini ainsi que le timing de sa prise de fonction », souligne Michel Roger. Ce qui implique d’ailleurs que le départ du conseiller de gouvernement pourrait intervenir avant décembre et donc qu’il ne défendrait pas obligatoirement devant l’assemblée le primitif 2013 qu’il a pourtant en partie élaboré. Côté calendrier, aucune hypothèse n’est exclue.
Parmi les autres personnalités dont les noms reviennent, on voit mal un retour aux affaires de l’ancien conseiller de gouvernement pour les finances Franck Biancheri, qui, après la liquidation de Monaco QD, s’est relancé dans le privé via trois sociétés. Et encore moins une arrivée de Pierre-André Chiappori, professeur à Columbia et président du conseil scientifique de l’IMSEE. Mais après tout, aujourd’hui, tout est possible. Il sera en tout cas difficile pour le prince de dénicher la perle rare qui puisse à la fois optimiser les recettes, réduire les dépenses publiques, convaincre des investisseurs étrangers de venir s’implanter à Monaco, gérer les relations avec l’OCDE et Bercy. Surtout en période de renégociation du compte de partage ou d’un accord fiscal avec l’Italie. A moins peut-être, comme cela avait déjà été décidé en 2008, de scinder le département de l’Economie et des finances en deux et de coiffer le portefeuille des relations extérieures d’un volet Affaires économiques internationales. On connaît le dicton : on sait toujours ce que l’on perd mais pas ce que l’on va trouver…

journalistMilena Radoman