52ème festival TV, le replay

Adrien Paredes
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Comme chaque mois de juin, acteurs et producteurs ont déserté les studios de tournage pour se rendre en principauté. Travelling dans la grand-messe de la télévision, 52ème du nom, qui se déroulait la semaine dernière au Grimaldi Forum.

Comme dans tout festival international, photographes et fans ont braillé de concert pour capter le regard des stars. Lors de la 52ème édition du festival de télévision, celui d’Eva Longoria a été le plus plébiscité. L’interprète de Gabrielle, une des héroïnes de Desperate Housewives, était des plus attendues. Et pour cause, après huit saisons, la série qui a fait ses adieux en mai aux Etats-Unis, va bientôt les faire en Europe. Fin du show oblige, les journalistes présents ont cherché la séquence émotion qu’ils pourraient retranscrire dans leurs propos recueillis d’Eva Longoria. En trois temps. D’abord une question sur le tournage du dernier épisode. « Nous étions tristes et amers. Mais c’était un magnifique moment avec beaucoup d’émotions. Nous avons pleuré après la dernière prise. La série a été un phénomène. On ne s’en rendait pas compte au début », a dit l’actrice. « Faut lui poser une question sur Kathryn Joosten (actrice de la série décédée peu après la fin du tournage de la dernière saison, N.D.L.R.), comme ça, on la fait chialer?! », a susurré une consœur parisienne. Elle en rêvait, un confrère anglais l’a fait. Eva Longoria a rendu hommage à l’actrice la gorge nouée mais pas de pleurs. Dernière tentative quand un autre journaliste lui a demandé son plus beau souvenir de la série. Après un « Oh my gosh?! » sorti du fond du coeur, une image est revenue à l’actrice. Celle du tournage du pilote où « elle espérait que le public regarderait au moins les treize épisodes de la première saison ». Point de larmes, Eva n’a pas craqué, contrairement à sa robe lors de la cérémonie de clôture.

Amour, gloire et beauté…
A part ça, Amour, gloire et beauté, la série cousine des Feux de l’Amour, a fêté son quart de siècle au Monte-Carlo Bay. Les acteurs de Scènes de Ménage ont joué les apprentis photographes. Ceux de Plus belle la vie ont toujours autant la cote. Francis Huster a rencontré les lycéens d’Albert?Ier. Des adolescentes se sont découvertes des cordes vocales au passage des comédiens de Vampire Diaries. Les projections publiques ont affiché complet. Jean-Marc Barr, le héros du Grand Bleu, a pris le canapé du photocall pour le sien. Vingt-cinq plus tard, il a retrouvé sa fiancée dans le film de Luc Besson, Rosanna Arquette, dont le jury a récompensé une fiction allemande, The Last Fine Day. Et Eva Longoria n’a pas pleuré non plus quand Desperate Housewives a remporté la Nymphe d’or de l’audience TV internationale. Replay disponible jusqu’en juin 2013.

Focus sur…

Autour d’une table ronde, les acteurs Bruno Salomone et Bruno Wolkowitch ainsi que le réalisateur Claude Lelouch se sont confiés, tout en anecdotes.

Bruno Salomone

Bruno Salomone, un Dingo à la télé

«J’ai écrit un livre sur le bonheur?! Il sortira à l’automne. » L’ouvrage ne sera pas signé par Bruno Salomone, bien que le comédien l’ait entièrement écrit, mais par Denis Bouley, le « père de famille bobo, à la cool et au chômage » qu’il incarne depuis quatre saisons dans la série humoristique Fais pas ci, fais pas ça sur France 2. Dans la cinquième, qui sera diffusée à partir de novembre, Denis Bouley se mue en coach personnel, d’où l’idée du livre. « C’est Confucius mais en n’étant pas Confucius, avec plein d’aphorismes débiles », s’amuse Bruno Salomone. Avec les autres acteurs, il est « un peu auteur » du programme et « prend son pied » à camper Denis Bouley. « Je suis assez proche de mon personnage même si je pense que j’ai plus mauvais caractère que lui », ajoute-t-il. Pas question cependant pour Bruno Salomone de passer à la réalisation?: « C’est pas mon truc de diriger les gens. En fait, la direction m’attire mais je ne connais pas la technique. La façon de dire Action, ça change tout ».

Premier Dingo européen
Avant Fais pas ci, fais pas ça, Bruno Salomone usait de son humour sur scène et à la télévision, en solo ou avec les Nous C Nous, où il a rencontré Jean Dujardin. « Jean est comme un frère de lait. Quand il a gagné l’Oscar, j’ai eu l’impression que c’était moi qui l’avait gagné. C’était un moment surréaliste, ça a énervé quelques acteurs français. Même avec ses récompenses, il réussit à être cool et parfaitement normal », dit-il avant de confier une dernière anecdote. « J’ai été le premier Dingo européen. Avant l’ouverture du parc Disneyland Paris, en 1992, nous avons effectué une tournée européenne. Les organisateurs avaient un château de la Belle au Bois Dormant démontable. Nous avons fait étape à Berlin. Là-bas, Michael Jackson est venu me serrer la main. » Qu’a-t-il retenu de ce premier rôle?? « Vous n’incarnez pas Dingo, c’est Dingo qui vous incarne?! »

Bruno Wolkowitch

Bruno Wolkowitch © Photo Monaco Hebdo.

Bruno Wolkowitch à gauche

«Je ne veux plus faire de séries?! » La voix rauque de Bruno Wolkowitch a tranché. Il n’y retournera que « pour l’argent » si nécessaire. L’ex-flic de P.J. durant huit saisons concède même que « son banquier a été plus heureux que lui pendant le tournage de la série ». Lassé par le rythme de tournage des séries, l’acteur préfère les planches, où son salaire passe « du simple au dixième ». Ce n’est pas d’une série que Bruno Wolkowitch est venu parler à Monaco mais d’une fiction à succès, Les Hommes de l’Ombre, diffusée l’hiver dernier sur France 2. Un téléfilm dans lequel il incarne Simon, l’ex-conseiller en communication d’un président défunt, qui fabrique un candidat de toutes pièces pour une présidentielle anticipée. « Une deuxième saison n’est pas prévue à la base. Je ne suis au courant de rien. S’il y a une suite, j’irai par plaisir. Ce qui m’a plu dans le projet, c’est que je ne connaissais rien au sujet. J’aime exercer mon métier pour apprendre », dit-il en revendiquant des « convictions de gauche ». Justement, qu’aurait conseillé Simon à François Hollande?? « Posez la question à Dan Frank (le créateur de la série) », rit-il. « Nous avons tourné les Hommes de l’Ombre au moment où l’affaire DSK a éclaté. Le hasard a voulu que le soir de la présentation de la série, Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair, qui sont des amis de Dan Frank, étaient présents. A la fin, DSK est venu me féliciter pour mon interprétation en me disant que c’était très très proche de la réalité. Il m’a dit qu’il aurait beaucoup aimé avoir Simon comme conseiller en communication. Je lui ai répondu que j’aurais beaucoup aimé l’avoir comme président », raconte Wolkowitch.

« Fou de cinéma »
Et la discussion de partir sur un angle politique. « Avant d’avoir un président noir ou arabe, il faudra du temps. Mais concernant une présidente, je pense que les mentalités ont évolué », affirme l’acteur, qui a trouvé « con », l’affaire du tweet de la « première dame » de France, Valérie Trier-weiler, en faveur d’Olivier Falorni, le dissident PS qui vient de battre Ségolène Royal. « Il y a des problèmes plus importants à régler que ces bisbilles. Cela a éclipsé les ralliements de certains UMP au FN, ce qui est bien plus grave », poursuit-il. Bruno Wolkowitch s’arrête là. « Beaucoup d’artistes ouvrent leur gueule sur n’importe quoi. Or, ce n’est pas parce qu’on est médiatisé qu’on est plus intelligent ou plus expert sur tel ou tel sujet », constate-t-il. Une dernière chose à savoir sur le comédien?? « Je regarde très peu la télé, je préfère le théâtre et le cinéma […] Quand j’avais 13-14 ans, je regardais 300 à 400 films par an dans une salle du quartier latin à Paris. Je suis un fou de cinéma?! »

Claude Lelouch

Claude Lelouch © Photo Monaco Hebdo.

Claude Lelouch aime le direct

Claude Lelouch connaît bien Monaco pour y avoir tourné certains plans d’Itinéraire d’un enfant gâté avec Jean-Paul Belmondo. « On a tourné tous les plans au large du Larvotto et tous les plans de cirque durant le festival », se souvient-il. Le célèbre réalisateur était, cette année, président du jury URTI, qui récompense le meilleur documentaire d’auteur. « On a vu le pire et le meilleur », assure Claude Lelouch. Si le prix est revenu à « Sayome » de Nikos Dayandas, qui raconte la relation d’un marin grec et d’une japonaise, c’est un film suisse qui a retenu son attention. « Le film suit un juge pour mineurs. L’histoire montre à quel point la justice est fragile. Le juge explique que ce n’est pas rendre service aux mineurs de les incarcérer et pourtant il les envoie en prison. J’ai autant ri que j’ai été inquiet », note Lelouch. Que pense-t-il du genre documentaire, lui qui en a tourné un, D’un film à l’autre, consacré au bilan de sa carrière?? « C’est un genre formidable qui peut très vite devenir mauvais. Il ne faut pas être ennuyant. Moi-même je préfère commencer par la cour de récré que par la salle de classe. J’aime bien la culture à petite dose. Mais tout un film sérieux, je ne pourrais pas faire », rétorque-t-il. Et Claude Lelouch de préciser?: « Aujourd’hui, 7 milliards de personnes peuvent filmer. Les plus grands événements sont filmés par des amateurs. Il est temps de leur apprendre à filmer. C’est pourquoi je vais lancer une école de cinéma à Beaune ».

« Filmer un événement pendant 24h »
Sur la télévision actuelle, le réalisateur est partagé. Il affiche aussi un brin de nostalgie en rappelant que son père a acheté « le septième poste de télé en France en 1937 ». « J’aime le sport et les émissions télévisées en direct. J’aimerais pouvoir filmer un événement pendant 24h. Les émissions montées me font chier, déclare Claude Lelouch. Je déteste la télé quand elle fait du cinéma. Les feuilletons, c’est du cinéma avec moins de moyens mais ça permet de trouver des acteurs formidables pour le grand écran. »
Et le cinoche alors, qu’en dit-il, lui, le palmé cannois de 1966 pour Un homme et une femme?? « Le cinéma, c’est la vie en mieux?! Les personnages sont les mêmes que dans la rue mais en plus réussis », résume Lelouch.
Il fera bientôt son retour derrière la caméra avec Salaud on t’aime?! « Un film très personnel. Toute ma vie, j’ai été partagé entre des gens qui aimaient ou pas mes films. Le titre résume l’état d’esprit dans lequel je vis », affirme-t-il. Le pitch?: un homme qui essaye de réconcilier tout le monde. Avec au casting, « les amis, la famille ».

Laurent Puons

Laurent Puons © Photo DR

« Un potentiel de développement énorme »

Laurent Puons, directeur général du festival TV, revient sur la 52ème édition.

Monaco Hebdo?: Quel bilan tirez-vous de ce 52ème festival?? La première en tant que directeur général pour vous.
Laurent Puons?: Ça a été une très bonne édition. Les participants étaient très contents de venir au festival. Le contenu de l’événement était encore plus ouvert au public que les années précédentes, ce qui est important pour promouvoir la manifestation. Nous avons des présidents de jurys de qualité, à l’instar de Rosanna Arquette. On a eu un plateau relevé. C’est plutôt une réussite pour une première. Près de 300 médias étaient accrédités. Les retombées presse et les retours sont excellents. Je m’étais fixé une barre haute au niveau des objectifs. Je ne les considère pas atteints, il y a encore beaucoup de travail. J’ai entre les mains une manifestation dont le potentiel de développement est énorme, que je peux faire briller encore davantage Monaco.

M.H.?: Plusieurs stars de cinéma, comme Francis Huster, jouent pour la télévision. C’est une aubaine pour le festival??
L.P.?: C’est une opportunité unique de faire venir des stars du cinéma sur le festival. Il y en a de plus en plus qui jouent à la télévision. Donc, nous en aurons davantage à Monaco. C’est de bon augure pour l’avenir du festival.

M.H.?: De nombreuses séries renommées (Dr House, Desperate Housewives, Les Experts Miami) s’arrêtent cette année. C’est un coup pour le marché des séries télé??
L.P.?: En termes de séries télé, les Américains dominent nettement le marché. Ils ont un savoir-faire considérable. Les grosses séries qui s’arrêtent comme Desperate Housewives seront remplacées sans problème. Pour la succession, je pense notamment à Hawaii 5-0, qui est très bien tournée et comparable à du cinéma. Ou encore à Homeland, qui a été achetée récemment par Canal +, et Revenge qu’est venue promouvoir Eva Longoria. Mais il y en a d’autres. Dans les années à venir, ce qui arrive s’annonce énorme.

M.H.?: Un mot sur le succès des projections publiques.
L.P.?: On a fait le plein à chaque fois. C’est la première année que ça arrive. Il faut souligner que la communication du festival sur Facebook a été extrêmement efficace. Même pour la séance de dédicaces d’Amour, gloire et beauté, c’était plein à craquer. Le festival TV doit continuer à évoluer avec ces nouveaux outils de communication que sont Facebook et Twitter. Le succès public est au rendez-vous.

M.H.?: Votre regard sur Games of Throne, lancé par le festival en Europe en 2011 et qui est un succès planétaire??
L.P.?: Le but du festival est de rassembler ce qu’il y a de mieux à la télévision. Nous avons fait la promotion de Games of Throne avec Orange. Ça a été un succès phénoménal aux Etats-Unis et en Europe. Mais il y a aussi le facteur chance. Ce n’est pas parce qu’une série marche en Amérique qu’elle va faire aussi bien ici. Après, nous sommes regardants sur les séries qu’on nous propose. Il est préférable pour le festival de promouvoir des séries qui ont une chance de cartonner. En général, les Américains ne nous présentent pas les séries qui n’ont pas déjà marché chez eux.

M.H.?: Cette année, Megaupload et d’autres sites de streaming ont fermé. Est-ce favorable ou non au marché, dans la mesure où beaucoup de fans regardaient les séries sur ces sites??
L.P.?: Personnellement, je n’ai jamais téléchargé ou regardé de série en ligne. Ces sites ont été fermés mais on retrouve les vidéos sur Youtube avec la même qualité. Donc ça revient au même. Je peux comprendre le point de vue des producteurs qui payent cher pour développer leurs séries et qui ne veulent pas du téléchargement et du streaming. Toutefois, il y a du positif et du négatif. Une série en ligne, ça touche peut-être vingt personnes au lieu de dix.

journalistAdrien Paredes