Frédérique Vidal, de Monaco à Valrose

Adrien Paredes
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Frédérique Vidal

Frédérique Vidal présidente l'Université de Nice Sophia Antipolis © Photo UNSA

Frédérique Vidal, enfant du pays, a succédé le 19 avril dernier à Albert Marouani, à la présidence de l’Université de Nice Sophia Antipolis (UNSA). Interview.

Native de Monaco, Frédérique Vidal a pris la succession d’Albert Marouani, à la tête de l’Université de Nice Sophia Antipolis. Une nomination logique puisque la nouvelle présidente a gravi un à un les échelons à l’UNSA. Après avoir effectué sa scolarité en Principauté, elle obtient une maîtrise de biochimie à l’UNSA suivi d’un DEA à l’Institut Pasteur dans le domaine de la virologie moléculaire, puis un doctorat en sciences de la vie à Nice. Frédérique Vidal travaille un an pour la société Virbac avant de rejoindre définitivement l’université en 1995 comme maître de conférences. Puis elle devient directrice adjointe du magistère de pharmacologie et réussit le concours de professeur d’université en 2004. Entre 2005 et 2008, elle occupe la direction du département Sciences et Vie. Dans le même temps, Frédérique Vidal est nommée directrice adjointe de la faculté des Sciences de 2007 à 2009. Elle en prend la direction à partir de 2009 avant d’occuper la présidence de l’UNSA à partir d’avril 2012.

Monaco Hebdo?: Quelles vont être les nouveautés et priorités pour la rentrée prochaine??
Frédérique Vidal?: La rentrée 2012/2013 correspond à la mise en place de nouvelles habilitations de diplômes. Cela a été préparé pendant les deux dernières années. Nous allons mettre en place différents programmes d’investissements d’avenir pour lesquels l’université a été lauréate. Notamment le campus STIC (Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication) qui ouvre ses portes en septembre. L’institut méditerranéen du risque de l’environnement et du développement durable (IMREDD) va connaître sa première rentrée. Enfin, il y a le grand pôle santé qui va être mis en route.

M.H.?: L’UNSA, c’est une grosse machine??
F.V.?: C’est un grand établissement pluridisciplinaire et multi-sites. Nous recensons 27?000 étudiants. L’université doit continuer à rester dynamique dans son offre de formations. L’UNSA compte beaucoup d’excellents laboratoires de recherche. Elle a la particularité d’avoir des unités mixtes de recherche avec les EPST (établissements publics à caractère scientifique et technologique, N.D.L.R.) dans les trois champs?: sciences technologiques, sciences de la vie et de la santé et sciences humaines.

M.H.?: Qu’est-ce qui manque à l’UNSA pour être encore plus attractive??
F.V.?: Il manque encore de la visibilité. Il y a un effort à faire au niveau de la communication. L’université est encore perçue comme un endroit où on ne connaît pas les étudiants, où on n’assure pas leur suivi et où les amphithéâtres sont bondés. Depuis la réforme LMD, les choses ont changé. Nous avons un bureau qui a pour objet le suivi de l’insertion professionnelle des étudiants. Il y a un tutorat qui a été instauré entre les étudiants des différentes promotions. L’université a pris la mesure de l’insertion professionnelle des jeunes. Tout cela n’est pas encore suffisamment connu. Le public estime qu’à l’IUT, les étudiants sont mieux traités. Mais l’IUT, ça reste l’université. Le taux d’insertion professionnelle est de plus de 90 % à la sortie de l’UNSA. Une insertion qui correspond bien sûr au niveau de qualification. Les Master Pro, dans leur quasi totalité, ont au moins une offre d’emploi au moment de passer leur soutenance de mémoire. Les diplômes des doctorants ont besoin d’être valorisés. C’est plus compliqué pour les étudiants de certaines disciplines. Des formations de préparation à l’emploi ont été mises en place.

M.H.?: Le nouveau gouvernement entend rouvrir le dossier de l’autonomie des universités et donner moins de pouvoir aux présidents. Qu’en pensez-vous??
F.V.?: Je ne sais pas à quoi ça va conduire. Des assises régionales sont censées se tenir à l’automne pour préparer la future loi-cadre. Cependant, le monde universitaire est basé sur une notion de collégialité. Même si sur le papier, le président a tous les pouvoirs, l’université ne se dirige pas comme une entreprise. Outre les pouvoirs, nous avons aussi beaucoup de responsabilités. Les présidents s’appuient sur des conseillers pour prendre leurs décisions, ils ne la prennent pas seuls.

M.H.?: Quel est le budget de l’UNSA??
F.V.?: Il avoisine les 220 millions d’euros. Il est séparé en plusieurs volets. La masse salariale représente 80 % du budget.

M.H.?: La circulaire Guéant sur les étudiants étrangers a fait couler beaucoup d’encre. Elle a été abrogée il y a quelques semaines. C’est une bonne chose??
F.V.?: L’abrogation de cette circulaire est une excellente chose. L’enseignement supérieur est sans frontière. On ne se préoccupe jamais de la nationalité, de l’origine ou du statut social. Je trouve très bien qu’on retrouve cette souplesse. Nous comptons 20 % d’étudiants étrangers dans nos rangs, la moyenne nationale se situe autour de 12 %. Nous avons un partenariat fort avec certaines zones.

M.H.?: Quelle proportion d’étudiants de l’UNSA partent pour un semestre ou plus étudier à l’étranger??
F.V.?: Il y a beaucoup plus d’étudiants qui souhaitent venir à Nice que d’étudiants qui partent passer un semestre à l’étranger. C’est un peu surprenant.

M.H.?: Les épreuves du bac ont commencé. Quel conseil donnez-vous aux futurs bacheliers qui rejoindront les bancs de l’université??
F.V.?: Je leur conseille de prendre la mesure de ce qu’est l’enseignement universitaire. On a beaucoup de liberté et en même temps, on apprend à être responsable. Il faut qu’ils restent concentrés sur leurs études, qu’ils ne se découragent pas. Ce n’est pas parce qu’on a raté un semestre qu’on a raté ses études. L’université apporte une chose qui apparaît comme un ingrédient nécessaire à la vie professionnelle?: l’adaptabilité. Le passage à l’âge adulte est retardé quand on est en classe prépa, en BTS ou en IUT car on est davantage dans un format lycée.

M.H.?: Les classements, c’est important pour l’attractivité d’une université??
F.V.?: Pas au premier cycle car les étudiants recherchent un enseignement supérieur de proximité. Ils ont une certaine influence à partir du deuxième cycle, notamment pour les diplômes d’ingénieur. Les étudiants bien formés doivent être capables de chercher les critères de ces classements pour bien les analyser. Ces classements ont une importance pour l’attractivité au niveau international.

M.H.?: En tant qu’enfant du pays, auriez-vous imaginé un jour devenir présidente de l’UNSA??
F.V.?: Pas du tout. D’autant que dans ma jeunesse, je voulais être pasteure. (sourire) C’est une question d’opportunités. Monaco m’a beaucoup apporté en termes de construction personnelle. J’ai bénéficié d’un système éducatif d’excellente qualité, qui m’a donné un réel goût de l’effort. J’ai bâti sur du roc.

journalistAdrien Paredes