En quête du passé

Milena Radoman
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Annales monégasques

Le dernier numéro des Annales monégasques vient de sortir en kiosque. Au menu, entre autres?: les 10 ans de l’euro monégasque et les relations entre le Saint-Siège et Monaco.

«On parle toujours de l’histoire de Monaco des cent cinquante dernières années, depuis la création de Monte-Carlo. C’est oublier que la Principauté a sept siècles d’histoire?! », constate Thomas Fouilleron. Et c’est justement le défi du nouveau directeur des archives du palais princier comme des Annales monégasques de faire un focus sur des pans méconnus — voire complètement oubliés — de l’histoire du pays. Créées par l’ancien conservateur Franck Biancheri en 1977, les Annales explorent ainsi les archives princières réunies en dépôt depuis 1882. Et renouent avec la tradition de la fin du XIXème siècle de publier des documents du palais. « A l’époque du mécénat scientifique impulsé par Albert Ier, Gustave Saige et Léon-Honoré Labande avaient eu notamment pour mission de balayer les vieilles légendes de parenté lointaine des Grimaldi avec les rois de France — en l’occurrence, Grimoald, le frère de Charles Martel — inventées au milieu du XVIIème siècle. A la suite du traité de Péronne, il y avait une volonté de franciser l’origine des princes de Monaco », explique Thomas Fouilleron, qui envisage de faire basculer les archives dans le XXIème siècle. En proposant bientôt une version numérique des Annales.

De seigneur à prince
Dans le dernier numéro (le 36ème) de cette revue historique, diffusée à 1?500 tirages, on grimpe ainsi lestement dans la machine à remonter le temps. L’année 2012 sonnant les 10 ans de l’euro, et donc de l’euro monégasque, les Annales monégasques en ont profité pour dresser le bilan de quatre siècles du droit de battre monnaie affirmé en 1612 à Monaco. L’occasion de se replonger dans une période capitale pour Monaco et de savourer le coup de maître de Honoré II. En quelques années, le seigneur de Monaco devient prince après avoir ajouté de son propre chef ce titre reconnu plus tard (en 1633) par le roi d’Espagne Philippe IV. C’est à ce moment qu’il affirme son droit régalien de battre monnaie et frappe ses premiers florins et pistoles d’or. Un atelier monétaire est alors établi dans le palais. Dans cet article, on apprend comment les princes ont lutté pour conserver ce droit souverain, si l’on excepte bien évidemment la période d’annexion de Monaco à la France sous la Révolution française. Le droit de monnayage n’étant rétabli qu’en 1861…
En 2012, Monaco devait accueillir le pape Benoit XVI. Au stade de la fabrication des Annales monégasques, le comité de rédaction ne pouvait deviner que cette visite papale tant attendue serait repoussée. Tant pis. Des documents d’archives traduits du latin, langue diplomatique par excellence, mettent en exergue les liens entre le Saint Siège et Monaco de la fin du XIVème siècle au début du XVIème.
Autre curiosité de la revue?: alors que Monaco, longtemps à la traîne au niveau des statistiques (le calcul de PIB date de 5 ans à peine et la création de l’IMSEE de 2011?!), les Annales reviennent sur les recensements effectués à Monaco pendant l’époque révolutionnaire. On y retrouve les mouvements de populations, les changements de patronymes et bien évidemment, le nom des vieilles familles de la Principauté. L’occasion, enfin de rappeler qu’à la Révolution, Monaco avait été rebaptisé Fort-d’Hercule…

Les Grimaldi en 1?000 pages
Docteur en histoire et chercheur spécialisé dans la monarchie monégasque, Thomas Fouilleron a logiquement remplacé Régis Lécuyer à la tête des archives du palais princier lorsque ce dernier est parti à la retraite. Le directeur a publié une thèse consacrée aux Grimaldi de Monaco, des Lumières au printemps des peuples. Un ouvrage de 1?000 pages préfacé par le prince Albert qui est éditée par Honoré Campion. Tarif?: 180 euros.

journalistMilena Radoman