Extension en mer?: Fontvieille ou Larvotto??

Milena Radoman
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le prince Albert

© Photo Gaetan Luci/Palais Princier

Rio+20, réforme des retraites, ASM-FC… Lors d’un point presse informel, le prince Albert s’est prononcé, le 12 juin, sur de nombreux sujets d’actualité. Et a annoncé les deux pistes d’urbanisation en mer examinées aujourd’hui par le gouvernement?: Fontvieille II et le Portier.

Pour se développer économiquement, Monaco n’a pas le choix?: il faut pousser les murs?! « Nous avons besoin de 300?000 à 350?000 m2 supplémentaires chaque décennie pour répondre à la demande, que ce soit en logements, en bureaux ou en équipements », rappelle le prince Albert. Et dans cette quête d’espace, l’urbanisation en mer est toujours d’actualité. Côté mer sans doute. Après la suspension fin 2008 du projet d’extension au Portier, imputée à la crise, les regards s’étaient tournés vers Fontvieille. « La superficie de l’extension pourrait être comprise entre 5 et 8 hectares, conditionnée par les limites de profondeur liées aux différentes techniques envisageables et à la prise en compte de contraintes diverses (courantologie, environnement…) », a récemment expliqué le conseiller de gouvernement pour l’Equipement Marie-Pierre Gramaglia lors d’une conférence de presse. Avant d’ajouter?: « Il en résulterait une capacité de construction variable en fonction des scénarios mais vraisemblablement inférieure à 350?000 m² ».

Extension difficile à Fontvieille
Mais aujourd’hui, le prince Albert ajoute une autre possibilité?: « Une extension à l’ouest de la Principauté, prolongeant le terre-plein de Fontvieille, reste difficile car les fonds atteignent très vite 40 mètres de profondeur. Elle exige des techniques très coûteuses. C’est pourquoi nous réfléchissons également à une extension au Larvotto. » Cette urbanisation n’aurait rien à voir avec celle abandonnée fin 2008. « Le projet serait beaucoup plus modeste, de l’ordre de 5 hectares, avec un impact environnemental qui devrait être peu important. » Pour mémoire, c’est dans un contexte de tempête financière et économique, où de nombreux pays plongeaient dans la récession, que ce projet du Portier, estimé entre 5 et 10 milliards d’euros (la fourchette indiquée a toujours été très large?!), avait été abandonné. Mais au-delà de la situation économique, c’est aussi l’impact environnemental de cette urbanisation au Portier qui avait poussé Albert II dans ces retranchements. Une étude d’impact des travaux d’urbanisme sur le littoral méditerranéen, menée par les « meilleurs experts du monde », devait alors être réalisée. Visiblement, cette étude, dont les conclusions n’ont jamais été communiquées officiellement, n’a pas exclu définitivement le Portier comme zone « constructible »….

Choix en 2013
Larvotto ou Portier, c’est en 2013 que le prince Albert fera son choix. Et que l’on saura si oui ou non cette extension se fera. On sait déjà en tout cas, de source gouvernementale, qu’un groupement international va conduire une mission d’étude approfondie, aboutissant à un avant-projet sommaire (APS) des différentes solutions techniques et de leurs implications sur le plan financier, urbain et environnemental. Un cahier des charges sera élaboré dans ce cadre. Reste là aussi à savoir si cette opération fera l’objet d’un appel d’offres. Voire d’un financement public-privé…

Economie?:
« Une nouvelle vision pour la SBM »

On le sait. L’objectif de l’Etat monégasque est de retrouver l’équilibre budgétaire d’ici 3 ans pour enfin renouer avec des excédents. Pas facile en période de crise. Il s’agit donc de booster l’attractivité du pays pour attirer de nouveaux secteurs d’activité, en excluant les industries lourdes et polluantes. Pour le chef de l’Etat, les derniers chiffres de la Société des bains de mer sont plutôt rassurants. Du moins côté hôtellerie. Pour la période comprise entre le 1er avril 2011 et le 31 mars 2012, le chiffre d’affaires s’élève ainsi à 372 millions d’euros contre 362 millions en 2010/2011. Et c’est le secteur hôtelier qui tire son épingle du jeu avec un chiffre d’affaire qui augmente de 6 %. « Je reste optimiste mais l’activité jeux m’inquiète », analyse le prince, pour qui, là aussi, il faut mettre de l’huile dans la machine. « Tout en gardant son rôle social, la SBM doit pouvoir affronter un environnement extrêmement concurrentiel. Et cela passe par une nouvelle vision. La crise économique n’épargne pas le secteur du jeu. » Et le prince de défendre le plan de relance et de redressement de la direction fortement critiqué par la plupart des syndicats de la société?: « Ce plan comporte plusieurs dizaines de chantiers à mettre en place, qui nécessitent une mobilisation impérative de tous les secteurs, de la direction, des cadres et des personnels. Il faut l’aborder de manière constructive ».

Nouvelle tarification des bus?:
« L’impact psychologique de cette mesure a été mal évalué »

La hausse des tarifs des bus de la Principauté suscite toujours la polémique. Face à cette augmentation de 1 à 2 euros du ticket de bus, depuis le 1er juin, la même question revient dans la bouche des usagers. Cette politique tarifaire des transports en commun est-elle vraiment cohérente pour un Etat qui se veut un modèle sur le plan environnemental?? Interrogé, le prince Albert ne s’est pas défilé. Réaffirmant la profondeur des ses engagements d’accroître et faciliter les transports en communs en principauté, il a admis à demi-mots que la hausse gouvernementale était exagérée?: « Après 5 années sans majoration, le gouvernement a décidé de procéder à une révision des tarifs. Il a fort mal évolué l’impact psychologique de cette mesure. » De là à faire marche arrière?? « J’ai demandé au gouvernement d’être particulièrement vigilant à l’avenir et d’adopter des mesures beaucoup plus appropriées. » C’est dit.

Retraites?:
Albert II enfonce le clou

«Le ton était ferme mais il fallait mettre le conseil national devant ses responsabilités. » Sur le dossier de la réforme des retraites, le chef de l’Etat assume son choix d’avoir convoqué une session extraordinaire de l’assemblée fin septembre, juste après que la majorité parlementaire ait émis des velléités de scinder le texte de loi et de différer son vote. Albert II explique sa démarche?: « Il ne s’agissait pas d’imposer le vote de la réforme coûte que coûte aux élus. Pour autant, dans le système institutionnel monégasque, il y a des lignes et il ne faut pas essayer de vouloir les bouger. » Interrogé sur son rôle institutionnel justement, le prince a donné sa vision des choses?: « Je suis là pour donner l’impulsion et faire avancer les sujets importants. » C’est dans un communiqué envoyé à la presse sans ambiguïté le 14 mai que le prince Albert avait sommé les élus de voter le texte gouvernemental à l’échéance prévue. En rappelant l’urgence de la réforme liée au constat de « l’incapacité du système de retraite monégasque, si rien n’est fait, à honorer ses engagements dans moins de vingt ans. »
Sur ce dossier, les relations avec l’assemblée semblent néanmoins apaisées. Sa dernière rencontre avec le président Robillon s’est « passée en bonne harmonie ». Le chef de l’Etat a d’ailleurs reconnu devant la presse le bienfondé de certaines critiques du président du conseil national, admettant que le texte n’est pas parfait et fera certainement l’objet d’amendements. Pour autant, Albert II enfonce le clou?: pas question de tergiverser. « Les élus ont largement le temps avant septembre d’examiner le projet de loi calmement et dans la sérénité », et ce, « même s’ils ont beaucoup de travail et déménagent dans un nouveau bâtiment »….

Rio+20:

«Je suis pessimiste »

A quelques jours du début du prochain Sommet de la terre, Albert?II ne cache pas ses doutes sur la réussite finale de Rio+20?: «Je suis pessimiste, lâche le prince, car faute d’un signe d’ouverture de grandes puissances comme les Etats-Unis, je ne vois pas comment nous parviendrons a obtenir un accord. » Un signe de découragement dans son engagement pro-environnemental?? Ça ne risque pas?: « J’ai du sang irlandais et les Irlandais comme les Monégasques se battent jusqu’au bout », plaisante le chef d’Etat qui compte porter le Message de Monaco sur la gestion durable des mers et des océans. « Il y a des frustrations et des déceptions de voir autant d’inerties liées à cette période de crise. Je comprends que les préoccupations des Etats soient plus tournées sur la résorption du chômage et le redressement économique mais il ne faut pas oublier que les technologies renouvelables sont aussi créatrices d’emploi. » La création d’une « économie verte » et d’un « cadre international pour un développement durable » sont d’ailleurs les principaux thèmes de ce Rio +20.
En dehors de son intervention en séance plénière, le chef d’Etat monégasque participera à des « side events » et aux réunions informelles qui se déroulent autour du Sommet de la terre. On peut même imaginer que le prince croise la route du nouveau président François Hollande au détour d’une allée. Une première rencontre informelle avant un voyage officiel à l’Elysée d’ici la fin de l’année??

ASM?:

« Une réunion mensuelle avec Rybolovlev »

L’ASM a beau avoir changé d’actionnaire majoritaire, les clés du club ayant été confiées à Dmitry Rybolovlev, le prince Albert a toujours son mot à dire sur sa gestion. « Je participe régulièrement aux réunions qui se tiennent avec M. Rybolovlev et ses principaux collaborateurs et je suis tenu informé des différents axes de développement du club. On m’a ainsi demandé mon avis sur l’entraîneur, Claudio Ranieri », explique-t-il. Un casting qui se comprend aisément.
Pour le suporter numéro 1 de l’ASM, Simone n’a pas démérité et a réussi ses premiers pas comme entraîneur. Mais Ranieri a une expérience incomparable qui peut permettre à l’ASM de viser les premiers rôles. En clair, si la direction n’a pas souhaité conserver Simone, ce n’était pas à lui d’insister sur ce point…
En fin de saison, Simone n’a pas été le seul à être débarqué. Son adjoint Frédéric Barilaro avait été remercié. Mais concernant le Monégasque, une issue semble pouvoir être trouvée. A l’heure où nous écrivions ces lignes, une réunion se tenait au club pour décider de son avenir au sein de l’ASM-FC. « Différentes options lui seront proposées pour qu’il reste au club. » L’entraîneur qui avait contribué à la victoire en Gambardella l’an passé pourrait donc opérer un comeback remarqué.

A Berlin en juillet
Le couple princier se rendra à Berlin du 8 au 11 juillet. Invité par le nouveau président de la république fédérale Joachim Gauck, Albert II rencontrera aussi le Ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble. Un déplacement qui devrait se dérouler dans un contexte moins tendu qu’en 2008. Le dernier voyage en Allemagne du prince avait eu lieu en pleine crise des fiducies du Liechtenstein. Accompagné de membres du gouvernement, il avait participé à une « réunion de crise », se rappelle Albert II.
Il l’a dit
Grand Prix électrique?: « Une première course d’encadrement de monoplaces électriques devrait avoir lieu à Monaco en 2014 »

journalistMilena Radoman