Quel « business model » pour retrouver la santé ?

La Rédaction
-

Industrie

© Photo D.R.

Selon que vous serez optimiste ou pessimiste, la santé de l’industrie vous paraitra excellente ou catastrophique?: crise mondiale des sub-primes et licenciements à Monaco en 2008, embauches dans le textile en 2011. Disparition de Biotherm en 2009 mais arrivée d’un horloger suisse de haut niveau ou d’un spécialiste du cloud computing. Effectifs divisés par deux chez Theramex ou Mecaplast, mais retour du succès grâce à des innovations… Bilan de santé et remèdes.

Par Florence Canarelli.

Produits de beauté Lancaster qu’on ne présente plus, équipementier automobile Mecaplast d’envergure mondiale, (groupe Théa, un des leader français des soins en ophtalmologie) et Theramex, leader dans le traitement de la ménopause, devenu filiale du groupe pharmaceutique Israélien Téva, leader mondial des médicaments génériques… Ce sont toujours, malgré la crise, les fleurons de l’industrie monégasque. Mais à quel prix?? Si l’on se fie aux chiffres les plus récents (2010), l’industrie représente 4,83 % du PIB global de Monaco, contre 4,84 % en 2009?: dans un contexte de crise, qui a occasionné une baisse de ce PIB, on peut dire que l’industrie reste très stable.
Cependant, sur 5 ans, la baisse en volume a été de 18 % (de 223,7 à 183 millions d’euros), bien que le secteur retrouve un peu de croissance en 2010 (+2,24%).
Et sur dix ans, les effectifs ont baissé de 19 % (2?933 salariés dans l’industrie en 2010), en particulier dans les plastiques (-58 %, essentiellement chez les équipementiers automobiles). Le nombre d’entreprises varie peu, toujours environ une centaine, même s’il augmente légèrement depuis 2006 (116 aujourd’hui), mais la grande majorité compte moins de cinq salariés. Une seule a plus de 250 salariés, et huit plus de 100, le gros des effectifs se trouvant dans le plastique (961), et dans la chimie-pharmacie (803 personnes). La productivité augmente?: en un an, le chiffre d’affaires (CA) par salarié augmente partout (de 13 % dans les plastiques par exemple).

Tertiarisation
En résumé, en 2010, c’est la reprise tranquille, tous les secteurs sont en progression (même si elle est faible, + 1 % pour chimie pharmacie, + 1,75 % pour les plastiques) ou stable (impression, édition, carton). L’export repart aussi, les secteurs qui embauchent étant la métallurgie et le textile. Comme l’analyse pour nous Serge Pierryves, directeur de l’expansion économique, « le secteur industriel est relativement stable, subit peu de variations. On observe une tertiarisation de l’industrie?: ces trois dernières années, on a compté – 30 % de surfaces industrielles mais + 24 % de surfaces de bureaux. Même si Monaco compte plutôt des centres de R&D et des sièges de direction et coordination, quelques activités de production étant maintenues, ou en partie seulement délocalisées (joint-venture). »
Du coup, si on la pensait mal en point ou sur le déclin, l’industrie monégasque s’accroche encore. Pour preuve?: depuis quelques mois, le ministre d’Etat Michel Roger a entamé une série de rendez-vous avec les acteurs industriels de la place. Objectif?: valoriser les filières et susciter l’installation de nouveaux investisseurs et de nouvelles activités en principauté. Reste à savoir si cela suffira à sauver, à terme, cette branche importante de l’économie monégasque.

Historique d’une crise

Entre les entreprises qui partent et celles qui arrivent, licencient ou ré-embauchent, recherchons les causes des mésaventures récentes de l’industrie.

Par Florence Canarelli.

Manque de surfaces, usines en étages, cherté des locaux… Les problèmes de l’industrie sont récurrents et irrémédiables. A quoi pourrait s’ajouter, vu du côté des patrons, « le SMIC de 31,3 % plus élevé qu’en France, sans flexibilité ni exonérations, les retraites de 30 à 40 % plus élevées ». Un « moins » concurrentiel?? Cependant, n’oublions pas la mondialisation et ses conséquences?: le 15 septembre 2008, la faillite de la banque Lehman Brothers due à la crise des subprimes déclenchait une tempête financière et une crise mondiale, ressentie à Monaco comme le prouve la baisse de son chiffre d’affaires global en 2009 sur un an de 16,5 à 13 milliards. Retour sur le passé…

Dix ans déjà…
En 2001, l’industrie représentait 10 % du CA monégasque, 3?500 salariés, 7,6 milliards d’euros et 42 % des recettes de TVA. On parlait alors des atouts de la principauté?: « moins de charges sociales, pas de RDS ni de CSG »… Même si, avec l’avènement de l’euro, et Monaco étant hors CEE, son export se compliquait. L’Etat venait d’acquérir un grand espace de stockage au PAL de Nice pour 15 millions d’euros. Et 9 millions étaient investis dans l’immeuble domanial industriel du 6 Bd prince Albert (11?000 mètres carrés, sur sept niveaux).
Cette année-là, le secteur chimie-pharmacie-cosmétique employait encore 1?000 salariés (305 millions d’euros) et les plastiques 1?110 salariés pour un CA de 152 millions d’euros.
Les grandes entreprises leader, fleurons de l’industrie, se nommaient Monaco Telecom (500 salariés), Mecaplast (pièces plastiques pour l’automobile, 450 salariés), Eaton (électrovannes et pièces pour l’automobile, 370 salariés), Theramex (pharmacie, 335 salariés) ou Lancaster (cosmétiques, 330 salariés). Les entreprises attendaient avec impatience de nouveaux locaux qui devaient être construits sur les « délaissés SNCF » (30?000 mètres carrés de planchers industriels prévus) et un ambitieux projet de « Plateau Tercier » (un Sophia-Antipolis bis) était à l’étude. Et pourtant, certains se plaignaient déjà?: « De 1987 à début 2005, l’industrie a perdu la moitié de ses usines », a répété à plusieurs reprises, Danyel Bastelica, le secrétaire général du groupement des études et industries de transformation de Monaco (GEIT).

2008-2009, années noires pour l’industrie
Au premier semestre 2009, 605 personnes étaient mises au chômage technique, 500 intérimaires non reconduits et les grèves se multipliaient. « L’industrie vole en éclats », titrait la presse. « Produire à Monaco n’est plus viable », a pu dire Philippe Ortelli, le président de la fédération patronale. Que s’est-il passé??
En septembre 2008, Sofamo-Biotherm, filiale de L’Oréal, dépose le bilan (198 suppressions de postes). En octobre, 39 licenciements chez Theramex (pour un plan social commencé en 2007), et 8 chez Sacome-Conti, le fabricant de machines à café industrielles. En décembre, c’est au tour de l’équipementier d’électroménager Invensys de licencier 9 personnes et bientôt 8 autres, tandis que l’atelier de fabrication de bijoux Albanu annonce la fermeture de son site, licenciant 11 salariés (mais l’entreprise sera reprise par Jean-Philippe Claret). Le même mois, Plascopar délocalise en Tunisie, 13 salariés perdent leur emploi. Idem pour l’équipementier automobile Microtechnic?: 36 licenciements pour cause de délocalisation en Tunisie. En février 2009, l’équipementier automobile Borg Warner annonce une chute de 30 % de ses commandes. Résultat?: 20 licenciements. En mars, Theramex délocalise son service production, et en mai, Lancaster à son tour prévoyait un plan de licenciement d’une dizaine de personnes dans l’informatique.
Au point que, dès la fin 2008, le ministre d’Etat Jean-Paul Proust annonçait un exceptionnel plan de soutien à l’industrie, l’Etat garantissant 13 millions d’euros de prêts aux entreprises. Une aide au chômage technique, et une autre à l’investissement étaient également mises en place, ainsi que le paiement des jours chômés (177?750 euros pour le premier trimestre 2009). Des mesures arrivées trop tard?? Ou tout simplement, la marche irrésistible du monde??

Comment Theramex a retrouvé la santé
D’ailleurs, à titre d’exemple, si Theramex et Mecaplast ont perdu plus de la moitié de leurs effectifs, cela n’a rien à voir avec la Principauté… Où l’on découvre que les problèmes de Mecaplast sont liés à la crise mondiale dans le secteur automobile, et ceux de Theramex, à une mauvaise publicité autour de leur produit vedette.
Créé en 1971 à Monaco, Theramex fut longtemps un des leaders français du traitement de la ménopause… En 1999, à l’heure de son rachat par le groupe Merck, Theramex employait 500 personnes à Monaco pour un CA de 632 millions de francs et un taux de croissance de 14 %. Jusqu’à la polémique créée par deux études en 2002 et 2003, tendant à prouver que le traitement hormonal substitutif augmenterait les risques de cancer du sein. Le produit vedette de Theramex fut remis en cause, les ventes plongèrent de 40 % jusqu’en 2006. Après quatre plans sociaux, le département recherche est fermé et bientôt également la production, qui est délocalisée en 2008, l’effectif passe de 500 à 230.
Un nouveau directeur est nommé, en la personne de Christophe Hubert, qui arrive avec un nouveau « business model »?: Monaco garde le siège social et le laboratoire de développement des produits, intitulé désormais « unité innovation, développement, marketing et étude », qui a même recruté dix personnes en 2009.
Résultat, la conception d’une nouvelle pilule contraceptive contenant de l’estradiol naturel (Leeloo Gé, désormais remboursée) et un médicament destiné à prévenir les déficits en calcium responsable de l’ostéoporose. Plus récemment Theramex a été racheté par le groupe israélien Teva, numéro un mondial des médicaments génériques.

Mecaplast aussi
Longtemps première industrie monégasque, Mecaplast Group est devenu, depuis sa fondation en 1955 un équipementier automobile (pièces moteur et carrosserie) d’échelle mondiale. Si la saga de l’entreprise de Charles Manni est bien connue — une magnifique success story jusqu’en 2005, où le CA atteint son apogée — 820 millions d’euros — avec 8?000 salariés dans le monde, la crise qui touche l’ensemble de la filière automobile ne l’a pas épargné. Depuis lors, Mecaplast a connu une descente aux enfers?: cessions de sites, gel des salaires… et licenciement d’un millier de personnes dans ses filiales à l’étranger.
A Monaco, les effectifs ont fondu en dix ans de 450 à 166 salariés, mais l’entreprise garde ici son siège social et une unité de production. Depuis l’arrivée en janvier 2010 d’une directrice, Christine Bénar, Mecaplast Group remonte la pente?: en partie grâce à un prêt du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles, ainsi que de l’aide des banques et de l’État monégasque, qui a allégé ses charges et baissé le loyer de ses locaux de Fontvieille.
Mecaplast a pu ainsi poursuivre sa politique d’expansion, en achetant de nouvelles usines en Inde, Chine et Serbie… Présent dans 16 pays, le groupe fait un chiffre d’affaires mondial de 643 millions avec un effectif de 5?500 personnes. Et dispose à ce jour de 23 sites de production, 2 pôles d’expertises, 3 centres techniques, 12 antennes techniques internationales et 14 antennes commerciales.

Silvatrim

© Photo Silvatrim.

L’industrie a aussi des atouts

Tout n’est pas noir pour le chef d’entreprise industrielle?: charges salariales et patronales plus légères (-10 % par rapport à la France), et aussi?: aides du gouvernement sous formes de primes aux loyers, aides à l’export, financement de l’innovation, bonifications de prêts bancaires… Tour d’horizon des industries qui marchent avec le directeur de l’Expansion économique.

Par Florence Canarelli.

Atoms, très ancienne entreprise monégasque (fondée en 1945), emploie trente personnes à fabriquer des manettes, joysticks, commandes de trains, TGV, métro et tramway pour Alstom ou Bombardier… mais aussi dans le secteur aéronautique, pour Airbus (3 millions d’euros de CA). A Monaco, se fait la recherche et le développement, la création des composants, la fabrication d’un modèle et les tests. Le prototype est envoyé dans une filiale en Tunisie pour être fabriqué en série. Les produits reviennent ensuite à Monaco pour le dernier contrôle qualité, la facturation et la livraison aux clients. C’est, selon Serge Pierryves, « un bon exemple d’un modèle industriel qui marche, un modèle d’intelligence, d’adaptabilité, de prise en compte des contraintes ».

La haute horlogerie s’implante
Et le directeur de l’Expansion de citer plusieurs entreprises qui réussissent?: Silvatrim, numéro 2 des plastiques après Mecaplast, fabrique des « pièces d’aspect » (cadres des vitres, et autres profilés et enjoliveurs) notamment pour Mercedes, BMW et Land Rover. Dans le même secteur des équipementiers automobiles, Borgwarner Monaco qui appartient à un groupe mondial éponyme possède une compétence très spécifique au sein du groupe par son savoir faire dans le domaine de la conception et de la fabrication d’électrovannes haute pression destinées notamment à deux clients, Magnetti Marelli (Groupe Fiat) et Delphi. Asepta, entreprise restée familiale, leader pour l’hygiène des pieds avec la célèbre marque « Akilèine », souhaite plus que jamais poursuivre son développement en Principauté. Siamp Cedap fabrique des films de protection alimentaire (film transparent à l’intérieur des pots de yaourt) aussi bien que des systèmes de chasse d’eau vendus en France ou en Allemagne. Parmi les nouveaux arrivants, prenons l’exemple de GMF (groupe Franck Muller), dans le secteur de la haute horlogerie?: le « swiss made » se galvaudant, et souhaitant bénéficier de l’image de prestige de la Principauté, cet entrepreneur suisse a choisi Monaco pour y installer, sur mille mètres carrés dans un immeuble domanial, ses machines qui assemblent les boitiers de montres et un atelier d’horlogerie à l’ancienne pour le travail à la main. Pour l’instant, seules trois personnes sont venus de Suisse, le transfert se faisant lentement… Mais ce n’est sans doute qu’un début.
En conclusion, pour Serge Pierryves?: « Monaco ne dispose pas de la place nécessaire pour privilégier le développement de l’industrie à grande échelle. Cependant, il est nécessaire de maintenir une activité industrielle, créatrice d’emplois. Il y a ici un véritable esprit d’entreprise?: aux entrepreneurs de valoriser le « made in Monaco », et de trouver des solutions de délocalisations partielles de la fabrication, tout en gardant ici par exemple un service R & D lié à une petite unité de production ou un laboratoire de tests et de contrôles… Même si nous traversons aujourd’hui une période difficile, l’industrie sera pérenne si elle est créative, s’adapte, et trouve le bon modèle économique. »

Jean-Franck Bussotti

Jean-Franck Bussotti © Photo WSM-Colman

« L’aide aux loyers élevés réduite de 10 à 100 % »

Jean-Franck Bussotti, président de l’Union monégasque des industries et métiers de la métallurgie (UNIMET), tire la sonnette d’alarme pour conserver les emplois industriels à Monaco.

Propos recueillis par Florence Canarelli.

Monaco Hebdo?: Quels sont en 2012 les facteurs pénalisant les industries monégasques, dans une économie mondialisée??
Jean-Franck Bussotti?: Les facteurs externes sont liés à la non-appartenance à la CE, aux normes comme Reach, à la non-éligibilité aux appels d’offres financés par la BCE, au maintien en liste noire de Monaco par certains pays, et surtout à la concurrence de produits fabriqués en zones à bas coût de main d’œuvre, et à un Euro bien trop fort.
En interne, à l’inverse, le coût des bas salaires plombe nos industries. Beaucoup de pays n’ont pas de SMIC?; même en Europe, seuls 20 pays en ont un, mais jusqu’à 13 fois plus faible qu’en France, autant dire inexistant?! Or, à Monaco le SMICard empoche chaque mois 31,4 % de plus qu’en France, soit l’équivalent financier de la semaine des 29 heures?! Sans compter les jours fériés (1 semaine de plus). Avec les allocations familiales c’est 60 à 80 % de plus, soit la semaine des 22 heures?! Avec des retraites avoisinant le double?! Sans flexibilité ni exonérations, nos entreprises financent un système social qui est certainement – et de très loin- le plus généreux au monde.
Les loyers élevés ne se justifient que si la localisation génère ou catalyse les ventes?; ce n’est pas le cas des industries. En 2010 a été instituée une prime industrielle, et le gouvernement avait certifié vouloir conserver les industries et leurs emplois?; or, cette aide aux loyers élevés vient d’être réduite sans préavis ni concertation, de 10 à 100 % selon les cas. C’est un coup dur, et les filiales de grands groupes qui avaient budgétisé des montants plus élevés sont perplexes.
Ajoutons l’exploitation en étages, la difficulté à trouver des locaux, à recruter des personnels compétents, à les loger, les grèves incessantes de la SNCF qui achemine nos salariés, les problèmes de transports, l’impossibilité du télétravail…

M.H.?: Quels sont au contraire les atouts de la Principauté, aujourd’hui et à l’avenir?? Etes-vous optimiste??
J.F.B.?: Pour survivre, nos industries ont déployé des trésors d’ingéniosité qui forcent l’admiration. Nous avons des entreprises prestigieuses et diversifiées, des salariés fidélisés et un magnifique savoir-faire. Mais la concurrence mondiale est sévère. Il est vital d’éviter de leur infliger le moindre surcoût additionnel, sauf à entraîner des départs en chaîne et un grave déséquilibre de notre système social.

M.H.?: L’industrie a-t-elle besoin d’aides de la part de l’état, ou doit-elle s’adapter, trouver le bon « business model »??
J.F.B.?: Nous avons déjà un sacré business model, faute de quoi les contraintes ci-dessus nous auraient balayés depuis longtemps?! Nous ne demandons pas d’aides, sauf une prime industrielle correcte. Monaco n’a pas de richesses naturelles, sauf son climat. Sa richesse économique, ce sont ses entreprises et ses hommes. Nous parlons d’attractivité?? Commençons par conserver ceux qui font déjà prospérer le pays. Après avoir tout fait pour le social, nous devons tout faire pour conserver nos entrepreneurs, nos entreprises et leurs emplois, en soutenant leur compétitivité.

La Venturi Fetish

Rachetée en 2001 par Gildo Pastor, la marque de voiture Venturi a pris depuis lors un virage stratégique vers l'électrique et n'a cessé d'innover?: lancement de la Fetish, une sportive 100 % électrique (dix exemplaires fabriqués chaque année à la main à Monaco), puis de l'Astrolab électro-solaire, etc. © Photo Venturi.

Mode et nouvelles technologies?; l’avenir de Monaco??

Comme on le sait, le gouvernement essaie d’attirer les « industries légères non polluantes, peu consommatrices de surfaces et qui génèrent de la valeur ajoutée comme le luxe, l’horlogerie ou la haute technologie ». Qu’en est-il en réalité??

Par Florence Canarelli.

A Monaco, le secteur des nouvelles technologies compte 80 sociétés, dont 29 affiliées à la Chambre monégasque du même nom. Sous ce terme, on regroupe Venturi (voitures électriques) aussi bien que Comodos (fabricant d’éoliennes), le plus gros bataillon étant cependant composé de sociétés de services informatiques (développement de logiciels, sécurité, internet essentiellement). Weezago par exemple est capable de diffuser depuis Monaco un même programme sur un parc d’écrans n’importe où dans le monde. Monaco Video Media sait faire de l’animation multi-écrans (la même image sur quatre écrans jumelés). Comodos, fondée tout récemment en principauté par Jérôme Méplon, conçoit, industrialise et distribue des éoliennes à axe vertical « Anemoos »?: installables facilement sur les toits des bâtiments en zones urbaines, elles sont composées de polymères recyclables, et viennent de recevoir, fin janvier 2012, le soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco. Comodos sera présente en mars au salon Ever sur les énergies renouvelables. L’installation d’une éolienne Anemoos sur le parvis du Grimaldi Forum doit être inaugurée par le prince Albert.
Rachetée en 2001 par Gildo Pastor, la marque de voiture Venturi a pris depuis lors un virage stratégique vers l’électrique et n’a cessé d’innover?: lancement de la Fetish, une sportive 100 % électrique (dix exemplaires fabriqués chaque année à la main à Monaco), puis de l’Astrolab électro-solaire, de l’Eclectic (petite trois places urbaine), du concept car Volage, ou de la Venturi Antartica (véhicule à chenille adapté aux températures polaires).
Et encore, conception de moteurs pour les Berlingo de la Poste française en 2005, création des Venturi global challenges dans l’Utah aux états-unis (où la Venturi Jamais Contente a dépassé la barre des 500 km/h), une usine de montage construite dans la Sarthe en 2010 (30 personnes), le rachat de Voxan (motos de construction française), et la création en 2011 d’une nouvelle entité de recherche dans l’Ohio… A Monaco, se trouve le Bureau d’Etudes Techniques, où travaillent 30 ingénieurs, en collaboration avec le designer Sacha Lakic.

Un secteur textile… à la mode?!
A Monaco, le textile ne délocalise pas et même, embauche en 2011?: ses effectifs restent autour des 170 salariés, avec un très bon résultat en hausse continue à l’export. A titre de comparaison, en 2005 par exemple, une quinzaine d’entreprises répertoriées dans le textile faisaient un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros (8,7 à l’export), avec 173 salariés (dont 138 femmes). Aujourd’hui, un des fleurons de cette industrie est toujours Bettina, installée à Monaco depuis 1954, avenue Crovetto frères, et dirigée par Philippe Prud’homme, 44 ans. Classée en 2005 parmi les 20 meilleurs ateliers du monde, Bettina fabrique du tissu en maille pour le segment du très grand luxe, avec comme principal client Hermès ou encore Chanel… et quelques autres du même niveau. En cinq ans, l’entreprise a embauché trente personnes et presque doublé son CA (104 personnes, pour un CA de 6,9 millions d’euros en 2010), après une année difficile en 2007 (CA de 2,9 millions). Tout se fait à Monaco, depuis la recherche du meilleur fil, le développement des collections, le tricotage, le montage et les finitions, le conditionnement… Les ouvrières travaillent à la main, sur des machines semi-automatisées, pour des produits hautement sophistiqués comme récemment un blouson maille et peau signé Hermès. Etonnant exemple d’une entreprise qui réussit à garder la fabrication à Monaco — ce qui s’explique par le créneau choisi du très haut de gamme, évitant ainsi la concurrence des Etats émergents ou des pays de l’est.

Réseau commercial
Banana Moon est la deuxième entreprise florissante du secteur textile?: un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros de CA, 3?000 dépositaires et deux millions de maillots vendus chaque saison dans le monde. L’entreprise — fondée en 1984, de la rencontre entre Daniel Flachaire, son épouse Véronique avec une styliste américaine Nat Maori — est toujours basée à Fontvieille, sur 2?500 mètres carrés, où elle emploie 50 salariés dans ses ateliers de coupe, de style, de sérigraphie, de couture, son réseau commercial et son show-room.
Par contre, les grosses quantités sont fabriquées en Tunisie, les stocks sont à Dole dans le Jura. Pour ses désormais célèbres maillots de bain de style californien, Banana Moon a gardé son objectif de qualité, depuis la fibre lycra jusqu’aux encres aux normes européennes.
Citons encore Bienfay, également une vieille entreprise monégasque qui fabrique toujours des vêtements professionnels — uniformes pour les grands hôtels et les bateaux de luxe de la Riviera.

Jean-Philippe Claret

Jean-Philippe Claret © Photo D.R.

Jean-Philippe Claret, la tête dans les nuages…

Né à Grenoble en 1958, Jean-Philippe Claret a suivi un classique cursus d’ingénieur en informatique suivi d’un MBA. Après vingt ans d’expérience chez Hitachi puis EMC, il fonde Inforca, sa première entreprise spécialisée dans la sécurité des réseaux informatiques en 2001 en France, puis s’installe à Monaco en 2005, où il devient le spécialiste du « cloud computing » (stockage de données électroniques). Bientôt nommé président de la Chambre des nouvelles technologies, il crée encore en 2008 Compliance (service client autour du stockage de données) puis en mars 2009, il rachète à un ami Albanu, le fabricant de bracelets porte-bonheur en poils d’éléphants. Avant de créer Confidencia. La loi sur le numérique — qui vient d’être votée en juillet 2011 — réglemente en effet désormais le e-commerce et légalise la signature électronique (article 25), ouvrant la voie vers la dématérialisation des documents… bancaires par exemple. D’où son projet de stylo électronique qui devrait être signé bientôt avec une grande banque?: muni d’une mini-caméra et relié à l’ordinateur par port usb, ce stylo permettra au client de la banque de signer de sa main le document papier, signature qui sera transférée directement dans l’ordinateur du banquier, premier pas vers la véritable signature électronique. Dans quelques années, le client ne signera plus que sur une tablette PC, comme déjà le propose DHL pour ses livraisons par exemple.
L’avenir, selon Jean-Philippe Claret, est également au coffre fort électronique, un espace privé accessible avec mot de passe où tout un chacun pourra stocker ses documents personnels. Un service qui pourrait être payant pour les entreprises, et gratuit pour le particulier… Ceci est actuellement en cours de discussion avec Monaco Telecom, entreprise avec laquelle Inforca travaille depuis un moment.
Avec sa « box », Monaco Telecom offre déjà la location d’un espace virtuel où stocker ses données, et même, aux entreprises qui le souhaitent, un local physique où installer ses serveurs, facturé au mètre carré utilisé. « Ces technologies permettront à terme de supprimer le papier?: outre l’aspect écologique et économique, imaginez la place gagnée quand on sait qu’une banque monégasque du boulevard des Moulins utilise 120 mètres carrés pour stocker ses données sur papier?! »

journalistLa Rédaction